La culture du refus

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Alain Dubuc
La Presse

J'ai écrit une chronique, il y a cinq ans, quand l'explosion des prix du pétrole a provoqué un boom économique en Alberta, où je disais ceci: «Beaucoup de Québécois trouveront leur sort bien injuste. Et se mettront à rêver. Pourquoi pas nous? Et si nous avions nous aussi du pétrole... Eh bien, s'il y avait du pétrole ou du gaz naturel au Québec, on peut être certain d'une chose?: avec les attitudes qui s'expriment au Québec, avec les forces de résistance au développement énergétique, il serait carrément impossible d'exploiter cette ressource et pas une goutte de pétrole ne réussirait à sortir du sous-sol québécois.»

 

Ça ressemble pas mal à ce qui est en train de se passer. Est-ce que j'avais des dons prophétiques? Même pas! C'est tout simplement que je connais bien le Québec et la façon dont s'y développent les débats publics. Cette culture du refus s'est très bien exprimée dans un sondage CROP que nous avons publié il y a quelques semaines. Il révélait que 40% des Québécois estimaient que la découverte de gaz de schiste au Québec était une mauvaise nouvelle.

On peut se conforter en regardant le verre à moitié plein, le fait que 60% des gens trouvent quand même que c'est une bonne nouvelle. Mais que 40% des citoyens soient déçus que le Québec puisse compter sur une ressource naturelle essentielle, c'est énorme. Et cela constitue une importante minorité de blocage dans les débats publics.

Cette attitude négative s'explique par bien des choses. Une conscience environnementale, des réflexes «pas dans ma cour», l'impopularité du gouvernement Charest à qui on ne fait pas confiance pour gérer ce dossier délicat.

Mais il y a quelque chose de plus profond, qu'on a souvent vu à l'oeuvre: une résistance au développement, une méfiance du secteur privé, une opposition sourde à la dynamique de la création de la richesse, des traits culturels qui contribuent à expliquer nos retards économiques.

Je ne veux pas dire par là qu'il faudrait accepter le développement du gaz à tout prix. On doit s'opposer au développement sauvage, réduire les émissions de gaz à effets de serre, bannir des pratiques qui affecteraient la qualité de vie dans des régions habitées. Tout cela aurait dû mener les Québécois à aborder cet enjeu avec prudence, dans une logique de «oui, mais».

Ce qui s'exprime, c'est plutôt une culture du «non», soit une opposition franche, soit le désir de reporter les enjeux à un avenir indéterminé, qui est souvent une forme de refus. Tout cela s'est cristallisé autour d'une demande de moratoire, qui a pris valeur de symbole, qui est devenu une fin en soi. Le véritable enjeu, ce n'est pas qu'il y ait ou non un moratoire, mais que le développement du gaz ne soit autorisé que si on en connaît les impacts et si on peut proposer un encadrement acceptable.

Ce qui est fascinant, c'est qu'on a reproché au gouvernement Charest de manifester un préjugé favorable envers le développement de cette ressource. Comme si c'était un crime politique. En fait, c'est son devoir de prendre les gestes pour que cela soit possible, pour que le Québec puisse accroître son autonomie énergétique, pour qu'il puisse maintenir sa croissance économique. Si le gouvernement ne pousse pas, rien n'arrivera.

Dans cette logique du refus, il y a, à mon avis, une certaine dose d'immaturité collective. Les perspectives économiques et fiscales du Québec pour les années à venir n'ont rien de rassurant, comme vient de nous le rappeler un peu grossièrement le Conference Board. Jusqu'où le Québec peut-il dire non à une source de croissance économique et de revenus fiscaux? On ne doit pas tout sacrifier à l'autel de l'économie. Mais on ne peut pas non plus faire abstraction de ces enjeux.

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