Si les choses étaient simples

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Alain Dubuc
La Presse

Il n'y a pas de façon simple de résoudre les graves problèmes de finances publiques et les impasses dans le monde de la santé. Il n'y a pas une seule solution, mais bien plusieurs. Dans bien des cas, elles bousculent et font mal. Elles sont souvent compliquées.

Mais il y a toujours des gens qui rêvent de solutions simples et rapides. En général, ils se leurrent. Il faut les condamner, ces idées trop simples, parce qu'elles sont attrayantes et qu'elles perpétuent l'idée, foncièrement immature, qu'il y a toujours des façons de s'en sortir sans douleur.

J'ai hésité avant d'écrire cette chronique, parce que les idées trop simples que je veux critiquer sont celles de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. J'ai écrit, il n'y a pas longtemps, un texte assez sévère sur leur président, le Dr Gaétan Barrette. Revenir à la charge pourrait ressembler à de l'acharnement. Mais il est difficile de s'intéresser à la santé sans croiser le chemin du Dr Barrette, qui prodigue ses solutions sur toutes les tribunes et qui, à bien des égards, éclipse le discret ministre Yves Bolduc.

Dans une première série de publicités télévisées, la FMSQ proposait, sans s'identifier, diverses formes de taxation qui pourraient aider à résoudre l'impasse budgétaire. (eau en bouteille, redevances minières). Dans une deuxième phase de cette même campagne, le Dr Barrette, maintenant à visage découvert, présente sa stratégie.

«Plus de deux milliards de dollars de revenus additionnels par année. C'est la somme minimale, immédiate et récurrente que représentent les idées que nous vous avons présentées dans le cadre de notre campagne. Vous êtes nombreux à nous appuyer et à trouver que nos solutions ont du bon sens. Elles s'ajoutent aux dizaines de milliards de dollars proposés par d'autres, dont les économistes du gouvernement. Oui, on peut régler le problème des finances publiques. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement Charest. Il a l'embarras du choix pour son prochain budget.»

C'est simple, clair et attrayant. Mais c'est simpliste. Voici pourquoi. La stratégie proposée par la FMSQ repose uniquement sur un accroissement du fardeau fiscal, pour combler le déficit, mais aussi pour dégager une marge de manoeuvre, éviter les compressions budgétaires et satisfaire de multiples demandes, dont celles des spécialistes. Rien de plus facile que d'augmenter les taxes. Mais il faut penser aux conséquences.

Le problème? Si on exclut la voie des compressions, il faudra 11,3 milliards en revenus additionnels pour éliminer le déficit d'ici 2013-14. Il en faudra encore plus si on veut injecter des fonds additionnels, comme en santé. Quelque chose comme 13 ou 14 milliards. Le Québec est déjà l'endroit où la charge fiscale est la plus élevée en Amérique du Nord, et l'une des plus élevées du monde industrialisé. À 38,2% du PIB, le fardeau fiscal dépasse largement la moyenne de l'OCDE et du G7, autour de 35%. Avec la stratégie proposée, la charge passerait à 41-42%.

L'autre problème? Le Québec est la province où les dépenses publiques sont les plus élevées. Elles augmentent plus vite que sa richesse. Sans contrôle des dépenses, on accélérerait le phénomène. La part du secteur public dans l'économie augmenterait. Et la part du budget consacré à la santé, actuellement à 27%, augmenterait évidemment, d'autant plus que cette approche a pour but d'éviter de s'attaquer aux problèmes structurels de ce réseau.

Est-ce le modèle que l'on souhaite? Plus d'impôts et de taxes? Plus de gouvernement? C'est une approche populiste qui mène à un cul-de-sac. Les médecins spécialistes se reconnaissent-ils dans cette philosophie économique et sociale, ou s'agit-il d'une croisade personnelle de leur président?




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer