Le vrai Jean Charest

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Alain Dubuc
La Presse

J'ai écrit, il y a un an, presque jour pour jour, une chronique qui s'intitulait «Le bon et le mauvais Jean Charest». J'y décrivais la double personnalité de notre premier ministre, l'alternance des périodes où il est vif, énergique et en contrôle, et d'autres où il semble absent et léthargique.

Le sondage Léger Marketing publié cette semaine dans Le Devoir montre que la période de léthargie que l'on pouvait déplorer il y a un an s'étire dangereusement. Elle montre aussi que l'inaction a un prix. L'appui aux libéraux tombe de 37 à 32%, assez pour perdre les élections, le taux de satisfaction à l'égard du gouvernement Charest, à 24%, retrouve ses niveaux des mauvais jours, et Pauline Marois devance maintenant M. Charest comme celle qui, selon les répondants, ferait le meilleur premier ministre.

On peut sans le moindre doute attribuer ces résultats à l'insatisfaction des Québécois pour la façon dont le gouvernement libéral gère les dossiers qui leur semblent importants. Et si l'on creuse un peu, on découvre rapidement que ce qu'on lui reproche, ce ne sont ni des décisions impopulaires, ni des orientations idéologiques non consensuelles. S'il y a un fil directeur dans chacun des dossiers où le gouvernement s'est rendu impopulaire, c'est le flou et l'inaction. Cette passivité, on l'a vue à l'oeuvre – si l'on peut dire une telle chose – dans les quatre dossiers chauds de cet hiver.

Commençons par la construction. Les révélations et les rumeurs sur la collusion, les gonflements de prix, les pratiques criminelles, ont secoué l'opinion publique. La grande majorité des Québécois souhaitent une commission d'enquête sur cette industrie malade. Le gouvernement Charest a catégoriquement refusé, sans doute parce qu'elle le mettrait dans l'embarras. Mais sa réponse, des gestes ponctuels et des enquêtes de type policier, ne peut pas venir à bout de problèmes systémiques. La stratégie libérale a consisté à ne rien faire en comptant sur le fait que le temps arrangerait les choses. Ce n'a pas été le cas.

Même approche pour les accommodements raisonnables. Parce que le dossier est délicat et explosif, les libéraux ont choisi de faire le mort. Pas de balises, pas d'énoncé de politique, pas d'intervention coordonnée. Une absence de leadership qui contribue à l'inquiétude d'une population qui s'attend à ce que ses dirigeants dirigent.

Les choses sont plus compliquées en santé. Aucun gouvernement depuis deux décennies n'a réussi à éliminer les goulots d'étranglement. Mais on arrive au moment où il devient évident que des réformes en profondeur et des interventions énergiques ne peuvent être évitées. Qu'a fait le gouvernement Charest? Il a laissé un ministre faible et inexpérimenté affronter seul la tempête. Le résultat: un gouvernement à la remorque des événements qui, dans les faits, laisse un leader syndical populiste occuper l'espace public.

Dans la gestion de l'après-crise, on s'était réjoui du retour du premier ministre, qui a présidé un sommet économique. Mais on ne l'a plus entendu depuis sur la question. Les ministres Raymond Bachand et Monique Gagnon-Tremblay se contredisent sur la place publique. Des messages se multiplient pour nous préparer au fait que les réformes ambitieuses ne seront pas au rendez-vous. Encore là, flottement, flou et inaction.

En fait, avec le recul, mon analyse de l'an dernier était sans doute inexacte. M. Charest ne semble pas vraiment avoir une double personnalité, parce qu'il y en a une qui domine vraiment l'autre. Les apparitions du bon Jean Charest sont hélas trop rares et de courte durée. Le vrai Jean Charest, c'est bien davantage le premier ministre absent d'un gouvernement léthargique. Et c'est dommage. Parce que c'est de l'autre Jean Charest dont le Québec a besoin.




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