Chronique

Syrie : la guerre sans fond

Tous ceux qui ont pu quitter Alep sont... (Photo ARAM AL-MASRI, Agence France-Presse)

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Tous ceux qui ont pu quitter Alep sont partis, soit pour regagner les quartiers contrôlés par le régime de Bachar al-Assad, soit pour se masser à la frontière turque. Les quartiers de cette ex-deuxième ville de la Syrie subissent une offensive sans précédent.

Photo ARAM AL-MASRI, Agence France-Presse

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On pense avoir vu le pire, mais la guerre syrienne n'a pas de fond. Au cours des dernières semaines, le conflit s'est encore intensifié, particulièrement à Alep, ex-deuxième ville de la Syrie, celle où battait le coeur économique du pays et qui ressemble de plus en plus à un champ de ruines.

Et ce n'est pas fini. Pilonnés par la Russie et par le régime syrien, les quartiers d'Alep aujourd'hui contrôlés par des groupes rebelles subissent une offensive sans précédent. Offensive qui pourrait, à terme, changer le cours de cette guerre.

Si Bachar al-Assad, aidé par l'aviation russe, devait reprendre le contrôle d'Alep et du corridor d'une cinquantaine de kilomètres qui le relie à la frontière turque, il couperait une importante voie de ravitaillement des rebelles. Sa victoire serait à la fois stratégique et symbolique, selon Miloud Chennoufi, professeur au Collège des forces royales à Toronto.

En attendant, tous ceux qui ont pu quitter Alep sont partis, soit pour regagner les quartiers contrôlés par le régime, soit pour se masser à la frontière turque où croupissent quelque 100 000 réfugiés. Pendant ce temps, les civils restés à Alep s'attendent au pire. Une vidéo de la BBC montre comment ils se préparent à subir le siège du régime.

« Ce siège a en fait déjà commencé », note Miloud Chennoufi. Cette semaine, les civils pris en otage par ce conflit ont pu recevoir de l'aide humanitaire. Mais combien de temps avant qu'Alep ne ressemble à une autre ville assiégée, Madaya, où des gens crèvent littéralement de faim ?

Au-delà de la crise humanitaire, le conflit syrien s'est de plus en plus internationalisé au cours des derniers mois - surtout depuis l'entrée en scène de la Russie, en septembre dernier.

Aujourd'hui, ce pays exsangue sert de théâtre à quatre conflits superposés. Le premier est mené par la Russie qui a sauvé le régime syrien vacillant et qui veut se repositionner comme une puissance dominante au Moyen-Orient.

La deuxième guerre oppose la Turquie aux Kurdes, qui gagnent du terrain dans le nord de la Syrie. Une avancée inacceptable pour le régime d'Ankara qui, sous prétexte de combattre les djihadistes du groupe État islamique, bombarde en fait les positions kurdes. Et qui évoque le scénario d'une opération au sol menée conjointement avec l'Arabie saoudite.

La troisième ligne de tension oppose l'Iran chiite à l'Arabie saoudite sunnite, qui se disputent leurs zones d'influence dans la région.

Le quatrième conflit, lui, est plus récent. Il oppose Ankara à Moscou, depuis que l'armée turque a abattu un bombardier russe qui avait survolé son espace aérien, en décembre.

Les relations entre la Russie et la Turquie se sont envenimées depuis. Il y a une semaine, Moscou a dépêché un navire lance-missiles en Méditerranée. « La Russie déploie sa force et ses moyens militaires en vue d'une guerre contre la Turquie », affirme l'analyste russe Pavel Felgenhauer, dans le journal Novoïe Vremia. Ce qu'il décrit comme une préparation militaire pourrait n'être qu'un exercice de prévention. Mais on est clairement dans une logique de confrontation.

Pour résumer cet écheveau de conflits parallèles, disons que l'armée turque prétend combattre l'EI en bombardant les Kurdes. Que la coalition russo-syrienne pilonne les derniers rebelles soutenus par l'Occident sous prétexte de combattre l'EI - en faisant au passage des ravages chez les civils. Et que les États-Unis ne savent plus où donner de la tête, entre la Turquie, leur alliée au sein de l'OTAN, et les Kurdes, leurs alliés dans la lutte contre l'EI.

«Pour ajouter à l'horreur : les récentes attaques contre des hôpitaux soutenus par Médecins sans frontières, où des dizaines de civils ont perdu la vie, et qui privent des dizaines de milliers de personnes de soins hospitaliers.»


Ces attaques sont trop fréquentes et systématiques pour ne pas être délibérées, dénonce la présidente de MSF, Joanne Liu, selon qui la Syrie est devenue une « machine à tuer » où « l'impensable est devenu pensable, et où l'inacceptable est devenu acceptable ».

Pour l'instant, on n'est pas aux portes de la troisième guerre mondiale, soutient Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient à l'Université d'Ottawa. Le conflit s'est exacerbé, mais c'est toujours le même conflit - il n'a pas changé de nature.

Mais qu'arrivera-t-il le jour où les soldats turcs et saoudiens entreront en Syrie ? Le jour où les tensions russo-turques déboucheront sur des affrontements armés ? Le jour où Alep tombera entièrement aux mains du régime ?

Selon une estimation citée cette semaine par le Guardian, pas loin d'un demi-million de Syriens ont péri dans ce conflit. Cinq ans après les premières manifestations anti-Assad, tout indique que la Syrie n'a pas fini d'agoniser sous le regard impuissant du monde.

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