Voter dans les extrêmes

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(MANCHESTER, New Hampshire) Quand il s'est présenté à son bureau de vote de Hudson, au New Hampshire, hier matin, Alex Rokowetz avait la ferme intention de voter à la primaire démocrate et d'accorder sa voix au candidat socialiste Bernie Sanders.

Mais au tout dernier moment, il a changé d'idée. Et il a voté pour le candidat républicain Donald Trump.

Eh oui : ce gestionnaire d'une société de télécoms hésitait entre Sanders et Trump. Entre le candidat de gauche qui promet d'abolir les droits de scolarité et d'implanter un régime universel d'assurance médicale et le milliardaire qui veut fermer les États-Unis aux musulmans et construire un mur à la frontière du Mexique.

Aux yeux d'Alex Rokowetz, ce n'était pas si contradictoire que ça. «En réalité, les deux hommes ont pas mal plus de points en commun qu'on pense», m'avait-il dit au rassemblement en faveur de Bernie Sanders où je l'avais rencontré, lundi.

Dans cet État où plus de 40 % des électeurs n'affichent aucune affiliation partisane et peuvent participer aux primaires du parti de leur choix, Alex Rokowetz n'est pas le seul à avoir oscillé entre ces deux candidats des extrêmes. En chemin vers Manchester, la métropole du New Hampshire, j'ai entendu à la radio d'autres voix exprimer la même hésitation.

Insatisfaits du climat politique actuel, ces électeurs refusent de camper leur choix en fonction de critères idéologiques. «Dans leur esprit, ce n'est pas la droite contre la gauche, ce ne sont pas les progressistes contre les conservateurs, ce sont plutôt les élites contre le peuple», explique Dante Scala, politologue à l'Université du New Hampshire.

Selon lui, Sanders et Trump se rejoignent quand il s'agit de dénoncer l'emprise que les grandes sociétés et les différents lobbys exercent sur le système politique américain. «Seules leurs solutions diffèrent.»

Alex Rokowetz a donc passé la journée de lundi à faire son «magasinage» politique entre ces deux électrons libres qui, chacun à leur façon, promettent de mettre fin à l'oligarchie qui étrangle la démocratie américaine.

Dans l'après-midi, il a écouté Bernie Sanders promouvoir sa «révolution politique» et se targuer des dons modestes, 27 $ en moyenne, qui lui ont permis de récolter près de 100 millions de dollars pour financer sa campagne électorale.

Et en soirée, il a entendu Donald Trump vilipender la Chine, le Mexique et les terroristes qui s'infiltrent parmi les réfugiés, avant d'assurer qu'il ne doit rien à personne étant donné qu'il a fait campagne en puisant dans ses propres poches.

À la fin de la journée, le coeur d'Alex Rokowetz balançait encore. « Ce que j'aime chez les deux, c'est qu'ils viennent de l'extérieur du système. Alors qu'avec les autres candidats, peu importe qu'ils soient républicains ou démocrates, il n'y a jamais rien qui change. »

Quand je l'ai joint au téléphone, hier midi, Alex Rokowetz m'a confié s'être réveillé avec la ferme intention de voter pour le sénateur socialiste du Vermont. Pour certaines de ses idées, bien sûr. Mais aussi pour bloquer la route à Hillary Clinton, qu'il juge indigne de confiance.

Alors pourquoi ce virage à 180 degrés, au moment de tracer sa croix sur son bulletin de vote ? Parce qu'à la toute dernière minute, Alex Rokowetz a choisi d'écouter son coeur. Et que son coeur penche surtout du côté de Donald Trump.

«Trump est énergique, distrayant, drôle. J'aime sa façon de communiquer, même si, parfois, je n'aime pas ce qu'il dit...»

Alex Rokowetz,
électeur du New Hampshire
Alex Rokowetz, gestionnaire d’une société de télécoms, a... (photo tirée de LinkedIn) - image 3.0

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Alex Rokowetz, gestionnaire d’une société de télécoms, a voté pour le candidat républicain Donald Trump, hier au New Hampshire

photo tirée de LinkedIn

Si je vous parle du choix d'Alex Rokowetz, c'est parce que je crois qu'il en dit beaucoup sur l'état d'esprit d'une bonne partie de l'électorat du New Hampshire, mais aussi d'ailleurs aux États-Unis. Des gens qui ont l'impression que leur pays est dans une impasse, que l'économie s'enfonce, que leurs enfants vivront moins bien qu'eux. Et que seul un candidat de l'extérieur du sérail politique établi peut lui faire changer de cap.

Bernie Sanders leur promet de mettre fin à cette impasse en redistribuant la richesse des plus nantis. Donald Trump, lui, assure qu'il peut retrouver les emplois «volés par la Chine et les immigrants illégaux». Les deux répondent aux mêmes désillusions et au même sentiment d'impuissance.

«Au New Hampshire, les gens ont l'habitude de faire leur choix électoral à la dernière minute», note Craig Young, un retraité de l'enseignement croisé hier dans un bureau de vote de Manchester.

Démocrate, Craig Young a voté pour Hillary Clinton. Mais il n'en comprend pas moins les électeurs qui flirtent avec les solutions extrêmes.

«Ce qu'ils veulent, c'est du changement. Il n'y a rien qui bouge à Washington, alors ils sont prêts à tout pour brasser la cage.»

***

«Trump ! Trump ! Trump ! Trump !»

Quand CNN a annoncé la victoire du candidat milliardaire dans le camp républicain, à 20 h hier soir, ses partisans ont explosé de joie en scandant son nom. Certains étaient venus d'autres États - Indiana, Connecticut ou Massachusetts - pour célébrer la victoire prévue par les sondages.

Ils avaient patienté deux heures dans le froid avant de pouvoir entrer dans un hôtel de la banlieue de Manchester où les pro-Trump s'étaient rassemblés, hier soir.

«On est allés trop loin dans le socialisme, lui, il va diriger le pays comme une entreprise, et il sait comment y faire», s'est réjouie Pat Schermerhorn, entrepreneure immobilière de Lake George, dans l'État de New York.

Stephanie Brown, infirmière dans la vingtaine, appuie Donald Trump d'abord et avant tout dans l'espoir qu'il abolisse l'Obamacare, la réforme de l'assurance maladie adoptée par Barack Obama. «Les primes coûtent plus cher que jamais, j'ai vu des patients pleurer dans les hôpitaux, Donald Trump va arranger tout ça.»

Comme d'autres partisans de Trump, elle le soutient aussi à cent pour cent dans sa volonté d'ériger un mur entre les États-Unis et le Mexique, et de fermer la porte aux immigrants illégaux «qui profitent des programmes sociaux, volent et assassinent les gens».

Mais tous n'exultaient pas à la soirée pro-Trump, hier. Steve Lilly, ingénieur, et Janice Smith, thérapeute, avaient passé le week-end à faire la tournée des assemblées républicaines.

Leur appui va plutôt à Ted Cruz. Et c'est par curiosité qu'ils ont décidé de passer la soirée avec les partisans d'un candidat qui leur fait plutôt peur.

Ils lui reprochent surtout son ton agressif, sa façon d'insulter ses adversaires et ils se demandent comment il fera, advenant son élection à la présidence, pour communiquer avec d'autres chefs d'État.

Steve Lilly se dit d'autant plus inquiet qu'il prévoit que c'est bien Donald Trump qui remportera la primaire républicaine.

Le discours de victoire du gagnant de la primaire républicaine n'avait rien pour le rassurer. «Nous allons battre la Chine, nous allons battre le Japon et le Mexique, nous allons battre tous ces pays qui nous enlèvent notre argent», a lancé Donald Trump, soulevant de nouveaux cris de joie parmi ses partisans.

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