La protection consulaire à géométrie variable

Le journaliste canadien Mohamed Fahmy a tenu une... (Photo Chris Wattie, Reuters)

Agrandir

Le journaliste canadien Mohamed Fahmy a tenu une conférence de presse, hier à Ottawa, demandant au gouvernement canadien l'adoption d'une « charte de protection » qui assurerait un traitement équitable à tous les détenteurs d'un passeport canadien, le jour où ils se retrouvent aux prises avec la justice d'un pays étranger.

Photo Chris Wattie, Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

William Sampson a passé deux ans et sept mois en cellule d'isolement à Riyad où il a été torturé et forcé d'avouer qu'il s'était livré à des actes de terrorisme.

Maher Arar a été emprisonné et torturé en Syrie pendant plus d'un an, au début des années 2000.

Omar Khadr a atterri à Guantánamo en 2002, à l'âge de 15 ans, pour en sortir une décennie plus tard, marqué à jamais par le traitement inhumain qu'il y a subi.

Plus récemment, le journaliste Mohamed Fahmy a croupi pendant plus de 400 jours dans une prison égyptienne, sous des accusations bidon, avant d'être libéré avec une épaule définitivement endommagée en guise de séquelle.

Tous ces hommes ont en commun leur citoyenneté canadienne, le cauchemar qu'ils ont vécu dans une prison du bout du monde et le sentiment d'avoir été trahis et abandonnés par leur gouvernement.

Et ce ne sont que les cas les plus médiatisés, la pointe d'un iceberg d'indifférence et d'incompétence consulaire qui se poursuit encore aujourd'hui pour plusieurs autres citoyens du pays.

Pour éviter la multiplication de ces cas d'abandon à l'étranger, Mohamed Fahmy et Amnistie internationale demandent à Ottawa de réformer ses lois et d'adhérer à une « charte de protection » qui assurerait un traitement équitable à tous les détenteurs d'un passeport canadien, le jour où ils se retrouvent aux prises avec la justice d'un pays étranger.

Le point central du projet, c'est que la protection consulaire ne soit plus exercée de façon opaque et discrétionnaire, mais qu'elle devienne obligatoire et transparente, explique le secrétaire général de la section anglaise d'Amnistie internationale Canada, Alex Neve.

Si une telle charte avait été en vigueur au début des années 2000, Ottawa n'aurait pas pu laisser tomber un adolescent incarcéré dans un système de justice parallèle à Guantánamo, « sous prétexte qu'il n'aimait pas sa famille », note Alex Neve. Le gouvernement canadien n'aurait pas non plus pu traiter à la légère le cas de Mohamed Fahmy, dans son souci de ne pas irriter le nouveau régime militaire au pouvoir au Caire.

Actuellement, le gouvernement canadien a le choix d'aider ou non ses citoyens coincés à l'étranger, en vertu d'une « prérogative royale », confirme l'ancien diplomate canadien Gar Pardy, qui appuie le projet de charte et qui a suivi plusieurs de ces cas de négligence consulaire au fil des ans.

Il signale que sous le règne de Stephen Harper, le Canada a cessé de revendiquer systématiquement la clémence pour ses citoyens condamnés à mort par une justice étrangère. Et qu'il a carrément tourné le dos aux Canadiens condamnés à la peine capitale aux États-Unis.

Le projet de charte veut mettre fin à ce système arbitraire, soumis aux aléas de la politique. Il veut enchâsser le droit à l'aide consulaire dans les lois canadiennes. Il veut aussi le rendre plus constant, notamment en ce qui a trait à la peine capitale.

Le projet de charte propose aussi de soumettre l'aide consulaire à une supervision indépendante. De garantir la protection de Canadiens détenteurs d'une double citoyenneté. Et d'élargir cette protection aux résidents permanents du Canada et à leurs proches - ce qui inclurait un cas comme celui de Raïf Badawi, ce blogueur saoudien condamné à 1000 coups de fouet, dont la famille vit au Québec.

Attention : le Canada ne néglige pas TOUS ses citoyens emprisonnés à l'étranger. Il lui arrive de faire des pieds et des mains pour en faire libérer certains, tout en ignorant les autres. On ne sait jamais pourquoi. C'est un système de deux poids, deux mesures, sans aucun mécanisme de reddition de comptes.

Le jour où vous atterrissez dans une prison à l'autre bout de la planète, vous n'avez qu'à croiser les doigts dans l'espoir que votre sort touche une fibre sensible à Ottawa.

Certains de ces cas sont fortement médiatisés. D'autres tombent complètement sous le radar des médias. Dans tous les cas de figure, l'opinion publique suit une histoire après l'autre, avec plus ou moins d'empathie. Sans remettre en question le système à géométrie variable qui dicte la réaction d'Ottawa. Dès qu'un cas est réglé, on passe à un autre appel.

Selon Gar Pardy, d'autres pays sont plus prompts et plus efficaces à voler au secours de leurs citoyens, notamment l'Allemagne et les États-Unis. Peter Greste, journaliste australien qui a été détenu avec Mohamed Fahmy, a été relâché sept mois plus tôt que son compagnon d'infortune, après l'intervention vigoureuse du premier ministre Tony Abbott en personne. Jamais le Canada n'a agi à un si haut niveau. Quand je l'ai joint au Caire, au printemps 2015, Mohamed Fahmy m'avait dit espérer entendre un jour la voix de Stephen Harper au bout du fil. Cet appel n'a jamais eu lieu.

Autrement dit, le Canada peut faire mieux. Beaucoup mieux. Et la « charte de protection » proposée hier est un excellent point de départ.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer