Israël : boycotter les colonies

Roger Waters, fondateur de Pink Floyd, refuse ouvertement... (PHOTO LEON NEAL, ARCHIVES AFP)

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Roger Waters, fondateur de Pink Floyd, refuse ouvertement de chanter en Israël à cause des politiques de colonisation.

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Après des années de tergiversations, l'Union européenne (UE) s'apprête à décréter, cette semaine, de nouvelles directives d'étiquetage pour désigner les produits fabriqués dans les implantations juives en territoires palestiniens.

Concrètement, cela signifie que les cosmétiques de la société Ahava, fabriqués dans deux colonies juives jouxtant la mer Morte, ou encore les appareils servant à gazéifier l'eau produits par la firme Soda Stream à Maale Adumim, en Cisjordanie, ne pourront plus afficher l'étiquette made in Israël.

Cela signifie aussi que ces produits seraient soustraits aux tarifs préférentiels fixés par l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et Israël.

Cette décision survient alors que la campagne de boycottage économique et culturel ciblant l'État hébreu en général, et pas seulement ses «extensions» illégales en territoires palestiniens, a le vent dans les voiles.

Ça va de Roger Waters, fondateur de Pink Floyd, qui refuse ouvertement de chanter en Israël à cause de la politique de colonisation au PDG du groupe français Orange, qui envisage publiquement de couper ses liens avec son partenaire israélien, en passant par des dizaines de campus d'universités occidentales où la campagne BDS (boycottage, désinvestissement, sanctions) fait rage.

L'État hébreu voit donc dans la décision européenne un premier pas vers une politique de représailles qui pourrait cibler l'économie des colonies, mais aussi celle de tout le pays. Les réactions ont été à la mesure de ces appréhensions.

«Israël s'apprête à déployer tout un arsenal juridique pour protester contre des sanctions internationales qui ne visent, selon les dirigeants du pays, qu'à le "calomnier".»


Des dirigeants israéliens ont comparé les directives européennes aux campagnes de boycottage antisémite de l'Allemagne nazie. Voire au début d'une campagne visant la destruction du peuple juif.

Fidèle à son habitude, la droite israélienne brandit ce genre d'hyperbole pour discréditer toute critique de sa politique de colonisation.

En réalité, les directives attendues sont tout, sauf surprenantes. Le projet est dans l'air depuis une bonne décennie. L'étiquetage spécifique aux colonies a failli être adopté en 2012, mais le projet a été suspendu à la demande du secrétaire d'État américain John Kerry, qui ne voulait pas torpiller son initiative de négociations israélo-palestiniennes.

Trois ans plus tard, le dialogue de paix est plus mort que jamais, une vague de violence frappe Jérusalem, tandis que le gouvernement israélien accélère la construction dans les colonies.

Au printemps dernier, une quinzaine de ministres européens des Affaires étrangères, incluant ceux de la France et de la Grande-Bretagne, ont écrit à Federica Mogherini, haute représentante de l'UE pour la politique étrangère, lui demandant de remettre le sujet à l'ordre du jour. Plus récemment, le Parlement européen a demandé à la Commission européenne d'aller de l'avant avec les nouvelles directives.

Devant les protestations israéliennes, l'UE fait valoir qu'il y a une différence entre étiqueter et boycotter. Et que des consommateurs seront peut-être soulagés de se procurer des produits israéliens en sachant que ceux-ci n'ont pas été fabriqués dans les implantations illégales...

Nous sommes ici à la limite entre la diplomatie et l'hypocrisie. En réalité, le but de ces étiquettes, c'est de permettre aux consommateurs de ne pas acheter des produits fabriqués dans des territoires illégalement occupés par Israël. Pourquoi? Pour protester contre l'existence de ces colonies. Point à la ligne.

Le gouvernement israélien jongle actuellement avec une série de mesures pour limiter le mouvement de boycottage. Un projet de loi visant à priver de fonds les partis proboycottage au Parlement israélien vient d'être battu, pour des raisons techniques, pas sur le fond. Un autre projet de loi, qui devrait être examiné prochainement, prévoit fermer le territoire israélien à toute personne favorisant la politique de sanctions économiques - qu'elle vise tout le pays ou simplement les colonies.

Bref, Israël s'apprête à déployer tout un arsenal juridique pour protester contre des sanctions internationales qui ne visent, selon les dirigeants du pays, qu'à le «calomnier».

De quoi Israël a-t-il peur? D'abord, de l'impact économique de ces mesures. Il serait limité s'il ne touchait que les activités économiques des colons, dont les exportations n'équivalent pas à plus de 2,5% de toutes les exportations israéliennes vers l'UE.

En revanche, si le boycottage devait s'étendre, il pourrait avoir un impact économique substantiel, prévoit un rapport publié en février 2015 par le ministère israélien des Finances.

Cette étude, dont l'existence même montre à quel point la menace est prise au sérieux, évalue l'impact potentiel de quatre scénarios de sanctions. Et estime le coût d'un boycottage généralisé à 23 milliards par an, sans oublier les 36 500 emplois perdus...

Mais il n'y a pas que l'impact économique, bien sûr. Israël craint aussi l'impact politique d'une décision internationale qui dirait haut et fort que l'État hébreu n'inclut pas les colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Et que la poursuite effrénée de la colonisation n'est plus acceptable.

Message que l'on aimerait bien entendre, en passant, dans la bouche du nouveau ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion - après une décennie d'une politique canadienne ultra complaisante envers la droite israélienne.

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