La fin des frappes

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Ottawa peut-il se retirer de la mission de combat en Irak et en Syrie tout en « décongelant » l'amitié canado-américaine, refroidie par une décennie de règne Harper ?

À première vue, c'est un peu comme essayer de résoudre la quadrature du cercle. Après tout, les États-Unis sont à la tête de la coalition d'une vingtaine de pays qui mène des frappes aériennes contre le groupe État islamique (EI) depuis un peu plus d'un an. Le départ d'un partenaire de poids, annoncé avec éclat le lendemain d'un changement de régime, ne peut que provoquer quelques grincements de dents à Washington.

Sauf que... la participation canadienne à cette offensive anti-EI n'est, en réalité, pas si importante que ça. Depuis le début de la mission, les 6 CF-18 canadiens ont réalisé un peu moins de 150 raids, contre 6800 pour l'ensemble de la coalition. Faites le calcul : on est dans les 2 %.

Sur le plan militaire, le Canada représente un poids plume au sein de la coalition. Il n'est d'ailleurs pas le seul dans cette catégorie : 90 % des bombardements sont menés par l'armée américaine.

Oui, le président Obama sera déçu par le retrait canadien, reconnaît Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient à l'Université d'Ottawa. « Mais ce ne sera pas la fin du monde. » Ces frappes-là, à la rigueur, l'armée américaine aurait pu les mener toute seule...

L'important, selon les experts, c'est que le Canada demeure au sein de la coalition qui chapeaute cette offensive. En d'autres mots, l'appui dont Washington a besoin, ici, est plus politique que matériel.

Or, politiquement, rien dans le programme libéral n'indique que le Canada quittera la coalition elle-même. Ce qui changera, c'est son rôle sur le terrain, où il misera davantage sur la formation de combattants kurdes, plutôt que sur les bombardements.

Le Canada a déjà déployé 70 instructeurs militaires dans le Kurdistan irakien. Si l'on s'en tient à leurs intentions déclarées, les libéraux donneraient plus de moyens à ce volet de l'engagement canadien. Ce qui n'est pas une mauvaise idée, selon Errol Mendes, professeur de droit international à l'Université d'Ottawa : « Nous devrions faire ce que nous faisons le mieux. » Et la formation militaire fait partie de ces domaines d'expertise, selon lui.

Bref, on est loin d'un non retentissant comme celui de Jean Chrétien lorsqu'il avait refusé de se joindre à la désastreuse guerre contre Saddam Hussein en Irak.

Il s'agit plutôt d'un petit recul, qui serait largement compensé par un retour du Canada sur la ligne de front d'une autre bataille : la lutte contre les changements climatiques. En ce domaine, le gouvernement de Stephen Harper a tenu le rôle d'un saboteur, se mettant à dos bien des pays, y compris les États-Unis...

Revenons à notre rôle en Syrie et en Irak, où la question de fond reste celle-ci : les frappes aériennes sont-elles efficaces ?

Qu'a donc accompli la coalition anti-EI en 14 mois de bombardements ? Son plus grand fait de gloire est d'avoir aidé les Kurdes syriens à chasser l'EI de la ville syrienne de Kobane, près de la frontière avec la Turquie. Pour le reste, en Syrie, après avoir perdu Kobane, les djihadistes ont réussi à prendre contrôle de Palmyre. Pas plus de succès en Irak, où les forces gouvernementales ont pu regagner Tikrit, mais ont perdu Ramadi aux mains des djihadistes.

Même si leur avancée sur le terrain a pu être freinée, durant la première année de frappes, « le pouvoir des groupes djihadistes et salafistes s'est accru en Irak et en Syrie », constate l'un des meilleurs spécialistes de la région, Peter Harling, de l'International Crisis Group.

L'évaluation du succès de la mission anti-EI dépend, en fait, de nos attentes, nuance Thomas Juneau. « Les frappes fonctionnent dans la mesure où leur objectif est modeste, et qu'elles visent non pas à éliminer l'EI, mais à stopper sa progression. »

Les experts conviennent d'une chose : la guerre contre le groupe État islamique ne peut être gagnée uniquement par des moyens militaires. Tant qu'on ne trouvera pas une réponse politique au sentiment d'aliénation des sunnites irakiens et à la guerre civile syrienne, l'EI disposera d'un terreau de recrutement illimité. Terreau qui sera enrichi chaque fois qu'une frappe internationale tuera des civils.

Les solutions faciles, ici, n'existent pas. Mais si le Canada pouvait apporter sa contribution à la recherche d'une solution politique, il jouerait un rôle bien plus utile qu'en larguant quelques bombes.

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