Une très petite lueur d'espoir en Ukraine

Les négociations entre les dirigeants russe Vladimir Poutine... (PHOTO MYKOLA LAZARENKO, AFP)

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Les négociations entre les dirigeants russe Vladimir Poutine (à gauche), français François Hollande (2e en partant de la gauche), allemand Angela Merkel et ukrainien Petro Porochenko ont finalement débouché, hier à Minsk, sur un accord de cessez-le-feu en Ukraine qui devra maintenant faire ses preuves.

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Seize heures. C'est le temps qu'il aura fallu pour que les chefs d'État accourus au chevet de l'Ukraine finissent par arracher un accord de cessez-le-feu censé entrer en vigueur dimanche, à minuit.

«C'est une lueur d'espoir», s'est réjouie l'une des figures tutélaires de l'entente, Angela Merkel, au terme de cet accouchement difficile. Dans l'immédiat, cet accord apporte surtout un répit aux civils éprouvés par neuf mois d'un conflit qui a déjà fait plus de 5000 morts et plus de 800 000 déplacés. Et qui a atteint une intensité sans précédent depuis la reprise des combats, en janvier.

Mais à moyen terme, la lueur d'espoir n'est que ça: une flamme fragile, qui risque de s'éteindre au premier coup de vent.

«Le fait que la sécurisation des frontières vienne en dernier, ça dit tout.»

Dominique Arel
spécialiste de l'Ukraine à l'Université d'Ottawa

En gros, le cessez-le-feu prévoit l'implantation d'une zone tampon d'où les deux parties retireront leurs armes lourdes, la libération des prisonniers, une amnistie pour les combattants et une levée du blocus économique que Kiev a imposé aux régions séparatistes de l'est de l'Ukraine.

L'accord ne règle pas le coeur du conflit, soit le statut futur de ces régions séparatistes. Leurs dirigeants autoproclamés ont accepté de tenir de nouvelles élections, soumises aux lois ukrainiennes. En contrepartie, le gouvernement ukrainien a accepté de se lancer dans une réforme constitutionnelle visant une décentralisation des pouvoirs, d'ici la fin de 2015.

Mais ce n'est qu'une fois que cette étape aura été franchie que Kiev retrouvera le plein contrôle de sa frontière avec la Russie.

Aux yeux de nombreux analystes, ce délai, c'est le talon d'Achille de l'entente conclue à Minsk, hier. Tout peut arriver d'ici la fin de l'année. Et si la Russie devait en profiter pour armer les rebelles jusqu'aux dents, en attendant le prochain cycle de confrontations?

«Le fait que la sécurisation des frontières vienne en dernier, ça dit tout», s'inquiète Dominique Arel, spécialiste de l'Ukraine à l'Université d'Ottawa.

Autre point faible: ce sont les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui continueront de documenter la situation sur le terrain. Or, la mission de l'OSCE peine à remplir son mandat depuis le début de cette guerre. Son accès aux postes-frontière, notamment, est ultra limité. Et rien ne garantit qu'elle aura enfin les coudées franches dans les mois qui viennent.

Pour Serhiy Kudelia, «ukrainologue» à l'Université Baylor, au Texas, pour surveiller le maintien du cessez-le-feu, il aurait mieux valu faire appel aux Casques bleus de l'ONU. Dans les conditions actuelles, la trêve risque d'être violée à répétition, au risque de faire trébucher les négociations sur le fond du conflit. Et de déboucher sur une nouvelle escalade.

Autre point flou: quel territoire les rebelles conserveront-ils à l'issue de la négociation? Celui qu'ils contrôlaient en septembre? Où celui qu'ils ont conquis depuis l'offensive de janvier? Question potentiellement explosive...

Vladimir Poutine sort-il gagnant sur toute la ligne de cet ultime sprint de négociation? «Il a réussi à se présenter comme un pacificateur et à repousser la menace de nouvelles sanctions», analyse Serhiy Kudelia.

Mais le président ukrainien Petro Porochenko peut aussi mettre quelques gains diplomatiques et tactiques à son crédit. Pour la première fois, les séparatistes du Donbass ont fait référence à l'Ukraine comme s'il s'agissait de leur pays, fait valoir Mikhaïl Minakov, de l'institut Mohyla, à Kiev.

Selon lui, le gouvernement ukrainien vient surtout de gagner du temps. «Nous avons maintenant la possibilité réelle de geler cette guerre. Si l'OTAN acceptait de donner de la formation à l'armée ukrainienne, même avec un soutien très limité, ça pourrait changer le rapport de forces sur le terrain.»

Mais surtout, l'Ukraine peut maintenant espérer reprendre un peu son souffle et freiner sa débâcle économique. Sans oublier les milliers de vies sauvées.

Pour le reste, ce n'est que le tout début d'un processus de réconciliation imparfait et incertain. Il est possible que Vladimir Poutine ruse, possible que le plan de paix déraille dès que les observateurs auront le dos tourné.

Les accords de Minsk ne guérissent pas la plaie, ils ne font que stopper l'hémorragie. C'est un moindre mal. Mais cet accord bancal et plein de trous, c'est sans doute le mieux que l'on pouvait espérer en ce moment. C'est dommage, mais c'est ainsi.

Les points saillants de l'accord

1. Retrait des armes lourdes pour garantir une zone tampon de 50 à 140 kilomètres, selon le type d'armes. Libération des prisonniers et amnistie pour les combattants.

2. Retrait de tous les groupes militaires, mercenaires et équipement militaire étrangers, sous l'oeil des observateurs de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

3. De nouvelles élections auront lieu dans les régions rebelles de Lougansk et et de Donetsk, en vertu des lois électorales ukrainiennes. Une réforme constitutionnelle sera adoptée d'ici la fin 2015 pour déterminer le statut de ces régions.

4. L'Ukraine lèvera le blocus économique imposé aux régions contrôlées par les rebelles.

5. L'Ukraine pourra contrôler la frontière dans la zone de conflit, mais seulement après les élections locales et une réforme constitutionnelle.

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