L'électrochoc grec

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En votant massivement pour le parti d'extrême gauche Syriza, les électeurs grecs ont montré la porte aux deux partis qui les gouvernent depuis 40 ans. Ils ont porté au pouvoir un mouvement d'inspiration marxiste, un précédent dans l'histoire moderne de l'Europe. Et ils ont ouvert la porte au premier gouvernement européen à s'opposer farouchement aux politiques d'austérité en vigueur depuis cinq ans.

C'est un puissant électrochoc politique, autant pour la Grèce que pour toute l'Europe. Loin de provoquer la panique, ces résultats ont pourtant été accueillis favorablement par des médias réputés, que l'on ne peut absolument pas soupçonner de communisme...

«Les élections à Athènes doivent marquer le début d'une nouvelle politique: l'Union européenne doit effacer une partie des dettes grecques», écrit l'hebdomadaire allemand Spiegel.

En voulant desserrer le carcan qui étrangle son pays, le leader de Syriza, Alexis Tsipras, fait preuve de «réalisme», contrairement aux projections «fantaisistes» des tenants de l'austérité, renchérit le chroniqueur du New York Times Paul Krugman.

Même son de cloche dans le très sérieux Financial Times. Dans un article paru en novembre, celui-ci reprochait aux partis centristes de faire dériver l'Europe vers «l'équivalent économique de l'hiver nucléaire». Et qualifiait la gauche radicale de bien plus raisonnable...

Hier, le journal financier dressait le portrait du futur premier ministre grec, Alexis Tsipras, en rappelant qu'il avait été le leader le plus modéré des révoltes étudiantes de 1990. Que son pragmatisme lui avait permis de négocier un compromis avec le gouvernement de l'époque. Et qu'il n'est donc pas exclu qu'il fasse preuve de souplesse cette fois encore...

En fait, Syriza a déjà mis de l'eau dans son ouzo, en abandonnant ses idées les plus radicales. Il n'est plus question d'effacer la dette de la Grèce, mais bien de l'alléger. Plus question non plus de quitter la zone euro. Le parti qui s'apprête à gouverner la Grèce veut plutôt venir rapidement en aide aux populations les plus fragiles, qui ont durement payé la facture de l'austérité.

Exemple: Syriza veut hausser le salaire minimum, augmenter les aides sociales et les pensions de retraite, réduire les impôts des petits salariés, aider financièrement les PME. Des réformes qui vont dans le sens de ce qu'a déjà entrepris Rena Dourou, la nouvelle gouverneure de l'Attique (grand Athènes), élue au printemps 2014 sous les couleurs de Syriza.

Mais où diable Alexis Tsipras trouvera-t-il l'argent pour financer cette injection de fonds? Notamment dans les poches des plus riches: Syriza compte lutter contre l'évasion fiscale, sport pratiqué avec enthousiasme par les élites grecques...

Ce plan est-il réaliste? Peut-être pas. Mais il a l'avantage de ne pas avoir encore été essayé. Alors que l'austérité, elle, a déjà raté son coup. Comme le rappelle Paul Krugman, les tenants du régime draconien imposé à la Grèce présumaient que le choc des compressions serait rapidement absorbé, que le déficit et la dette commenceraient à fondre et que l'économie se remettrait en marche, après quelques soubresauts.

La grande rigueur budgétaire a plutôt fait fondre le produit intérieur brut (PIB) de la Grèce. Si bien que la dette représente aujourd'hui 174% du PIB, contre 109% en 2008!

Pendant ce temps, le taux de chômage, lui, a explosé, passant de 7,8 à 26,4%. Tandis que la production industrielle, déjà famélique, se dégonflait de 35%. Pris à la gorge, les Grecs ont cessé de consommer. Où donc l'État allait-il trouver l'argent pour rembourser sa dette?

Si la troïka qui a volé au secours de la Grèce en 2010 - Banque centrale européenne, Commission européenne et FMI - avait été réaliste, «elle aurait reconnu qu'elle lui demandait l'impossible», écrit Paul Krugman. Il n'est pas le seul. Un autre Prix Nobel de l'économie, Joseph Stiglitz, estime lui aussi que les politiques d'austérité imposées comme solution à la débâcle budgétaire ont lamentablement échoué.

En d'autres mots, des tas de gens tout ce qu'il y a de plus respectables estiment que la recette n'a pas fonctionné, et qu'il est temps d'essayer autre chose.

Oui, c'est vrai, les Grecs n'ont qu'eux-mêmes et leurs dirigeants à blâmer pour le bourbier dans lequel ils se sont retrouvés il y a cinq ans, comme le rappelle le politologue Frédéric Mérand, de l'Université de Montréal. Vrai aussi que le régime d'austérité qui leur a été imposé venait avec une bouée de sauvetage: un chèque de 250 milliards d'euros.

Sauf que la médecine de cheval n'a pas fonctionné. Et qu'en votant dimanche, les Grecs ont à la fois rejeté l'austérité et leurs élites, responsables de leur dérive. Peut-être le pays est-il vraiment prêt à changer?

Évidemment, même forte de la légitimité démocratique, la Grèce ne peut pas changer unilatéralement les règles du jeu. Ce qui nous attend donc, c'est une longue et laborieuse négociation. À l'issue imprévisible.

Avec une possibilité de contagion vers d'autres pays frappés par les régimes d'austérité. En premier lieu: l'Espagne, où le parti anti-austérité, Podemos, est le favori des sondages pour les législatives de l'automne prochain. À suivre, donc.

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