Sydney: comme à Ottawa...

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Les Australiens ont vécu hier une journée d'angoisse et de chaos qui n'est pas sans rappeler la terreur qui s'est abattue sur Ottawa, le 22 octobre dernier.

Un homme armé a séquestré pendant des heures des clients d'un café au coeur de Sydney, paralysant le centre financier de la ville et faisant planer la menace d'un carnage.

Comme Michael Zehaf Bibeau, l'homme a agi seul et se réclamait de l'islamisme extrême. Tout porte à croire que nous nous trouvons devant un autre de ces «loups solitaires» ayant choisi de suivre l'appel à frapper l'Occident lancé par le groupe État islamique (EI), au début de l'automne.

Ces attaques spontanées sont réalisées avec les moyens du bord et font relativement peu de victimes. C'est ce que le spécialiste de l'extrémisme islamiste Samir Amghar décrit comme un «djihad de pauvre». Ces néoterroristes sont des électrons libres, n'appartenant à aucun mouvement structuré. Leur atout: leurs actions sont imprévisibles et conséquemment, difficiles à neutraliser.

Man Haron Monis, l'homme à qui la police australienne attribue la prise d'otages d'hier, a un parcours très différent de celui de Michael Zehaf Bibeau. À 50 ans, il s'agit d'un homme d'âge mûr, qui est déjà apparu sur le radar des services de sécurité, notamment pour avoir envoyé des lettres d'insultes et de menaces aux proches de soldats australiens morts en Afghanistan. Une affaire qui a donné lieu à de longs démêlés devant les tribunaux.

Mais ses problèmes avec la justice ne tiennent pas uniquement à ses opinions politiques. Au printemps dernier, ce cheikh radical autoproclamé, qui gagnait sa vie comme «guérisseur», a été accusé d'agression sexuelle contre une cliente. Il a aussi été accusé de complicité dans le meurtre de son ex-femme.

Autre particularité: Man Haron Monis est originaire d'Iran et était au départ d'obédience chiite, avant d'embrasser la cause du groupe État islamique - qui pratique une forme extrême d'islam sunnite.

Mais les deux attaques ont plus de points en commun que de différences. Michael Zehaf Bibeau avait ciblé deux symboles du pouvoir canadien: l'armée et le parlement. En visant un café fréquenté par des banquiers et des avocats du «Wall Street» de Sydney, Man Haron Monis, lui, s'est attaqué au symbole du pouvoir financier.

Dans leur croisade suicidaire, les deux hommes ont aussi agi contre des pays ciblés nommément par l'EI, en raison de leur engagement militaire au sein de la coalition qui combat ce groupe qui sème la terreur en Irak et en Syrie.

L'Australie n'en est pas à sa première attaque. Elle a payé un lourd tribut humain lors des attentats de Bali, en 2002 et 2005. En septembre, peu après l'appel au djihad global lancé par l'EI, un jeune Australien s'est jeté sur deux policiers, en brandissant un couteau. Peu de temps après, la police arrêtait une quinzaine de personnes soupçonnées d'avoir voulu filmer une série de décapitations.

Ces événements ont poussé le gouvernement australien à hausser son niveau d'alerte terroriste. En octobre, l'Australie a également durci ses lois, interdisant à ses citoyens de se rendre dans des pays considérés comme des «foyers de terrorisme» sous peine de 10 ans de prison. On estime qu'environ 70 Australiens ont rejoint l'EI en Irak et en Syrie (contre 130 Canadiens).

Mais les lois sont impuissantes devant des apprentis terroristes qui concoctent leurs plans tout seuls dans leur salon. Et comme l'écrivait hier un chroniqueur du journal australien Herald Sun, «la terreur islamiste fait partie de notre quotidien, peu importe notre éloignement du reste du monde».

Enfin, tout comme le Canada, l'Australie est un pays d'immigration. Mais les relations avec la communauté musulmane, qui a connu une hausse fulgurante depuis une décennie, y sont autrement plus tendues. Âpre débat sur un projet de réglementation du port du voile intégral, qui a finalement été abandonné, agressions physiques, création récente d'un parti politique antimusulman: autant de signaux d'un malaise social susceptible d'alimenter les fantasmes guerriers de personnalités troublées en quête d'une vocation...

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