La marmite de Jérusalem

  • Des centaines de personnes ont envahi les rues de Jérusalem pour prendre part à une marche funèbre à la mémoire des victimes. (PHOTO GALI TIBBON, AFP)

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  • Deux terroristes palestiniens ont franchi le seuil de la synagogue à l'heure de la prière matinale. Armés d'une hache, d'un couteau de boucher et d'un pistolet, ils ont tué cinq personnes et en ont blessé plusieurs autres. (PHOTO AMMAR AWAD, REUTERS)

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  • Des employés municipaux ont nettoyé les traces de sang à l'entrée de la synagogue où a été perpétré l'attentat. (PHOTO AMMAR AWAD, REUTERS)

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  • De jeunes Palestiniens ont manifesté leur appui aux deux assaillants en brandissant des haches, nouveau symbole de la résistance armée. (PHOTO IBRAHEEM ABU MUSTAFA, REUTERS)

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Ça fait quatre mois que Jérusalem bouillonne à petit feu. Avec la terrible attaque d'hier, la marmite risque maintenant d'exploser.

L'attentat s'est produit à l'heure de la prière matinale, dans une importante synagogue d'un quartier de l'ouest de la ville, à forte concentration ultra-orthodoxe.

Deux assaillants palestiniens ont surgi dans le lieu de prière, armés d'une hache, d'un couteau de boucher et d'un pistolet. Ils ont laissé derrière eux une scène de massacre. Victimes étendues sur le sol, enveloppées dans leur châle de prière. Traînées de sang sur le sol, les murs et les livres saints.

«La dimension religieuse de ce conflit est dangereuse et explosive.»

Yoram Cohen
chef du Shin Beth, le service de sécurité intérieure israélien

Les images qui ont déferlé sur les réseaux sociaux donnent froid dans le dos. Avec leur lourde charge symbolique, elles ne peuvent qu'intensifier les tensions qui déchirent la ville depuis l'été.

Mais aussi brutale et choquante soit-elle, cette attaque ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans la foulée d'une escalade dont la responsabilité incombe en grande partie au gouvernement israélien et aux courants ultra-orthodoxes qui l'influencent.

Ce gouvernement a toléré, et parfois encouragé, des provocations menées sur deux fronts: celui de l'urbanisme et celui de la religion. Au cours des derniers mois, Israël a annoncé plusieurs projets de construction dans les implantations juives de l'est de la ville, tandis que des colons juifs poursuivaient leur percée au coeur du Jérusalem arabe.

Parallèlement, les pressions se sont multipliées pour changer l'équilibre ultradélicat qui détermine l'accès aux lieux saints de la vieille ville. Actuellement, les juifs ont accès au mur des Lamentations, mais n'ont pas le droit de prier sur l'esplanade des Mosquées qui le surplombe. Des juifs ultra-orthodoxes défient ce statu quo et réclament le droit de prier sur cette grande place revendiquée à la fois par les juifs et les musulmans. Ces pressions trouvent leur écho à la Knesset, le Parlement israélien, où des députés réclament que ces règles du jeu soient modifiées.

Le premier ministre Benyamin Nétanyahou est opposé à ces démarches. Mais pressé par des membres de son propre parti, il ne le clame pas assez haut et fort, constate le journaliste israélien Gideon Levy.

L'attaque d'hier a été revendiquée par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation nationaliste non religieuse. Les islamistes du Hamas l'ont accueillie avec enthousiasme et de jeunes Palestiniens ont manifesté hier en brandissant des haches, nouveau symbole de la résistance armée.

En dépit de ce déprimant festival de récupération politique, la série d'attaques qui ont coûté la vie à une dizaine d'Israéliens depuis juillet ne répond à aucun commandement central. Il s'agit d'actes individuels, et donc forcément imprévisibles. C'est ce que le New York Times décrit comme une «intifada sans chef.»

Benyamin Nétanyahou a reproché hier au président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, d'avoir «incité à la violence» qui a frappé Jérusalem hier. Cette accusation est sans fondement. Et ce n'est pas un militant pacifiste israélien qui le dit, mais bien Yoram Cohen, chef du Shin Beth, le service de sécurité intérieure de l'État hébreu.

Ce dernier a rencontré un comité parlementaire, hier, dans la foulée de l'attentat. Selon un compte rendu de cette rencontre publié par le journal Haaretz, Yoram Cohen s'est montré très affirmatif: selon lui, Mahmoud Abbas «ne soutient pas le terrorisme et ne mène pas son peuple vers le terrorisme, ni ouvertement ni en secret».

Le chef du Shin Beth a aussi confirmé que les deux hommes responsables de l'attaque d'hier n'avaient aucun dossier criminel et n'appartenaient à aucune organisation politique connue. En d'autres mots, qu'il s'agissait de deux électrons libres nourris par un climat général de tensions exacerbées.

Toujours selon Yoram Cohen, cette crise a commencé avec l'assassinat d'un jeune Palestinien, début juillet, au lendemain de l'enterrement de trois jeunes étudiants israéliens, dont le kidnapping et l'assassinat avaient servi de déclencheur à la dernière guerre de Gaza.

Avec les nombreuses tentatives de changer les règles du jeu qui régissent l'accès aux lieux saints de Jérusalem, le cocktail est devenu explosif, a aussi constaté le chef du Shin Beth, qui a enjoint aux politiciens israéliens de ne plus jeter d'huile sur le feu en se rendant sur l'esplanade des Mosquées.

«La dimension religieuse de ce conflit est dangereuse et explosive», a-t-il fait valoir.

Encore une fois, cette analyse, doublée d'un rappel à l'ordre, émane du grand responsable de la sécurité israélienne en personne. Ce qu'il dit, en gros, c'est que les dirigeants israéliens ont une grande part de responsabilité dans l'actuelle flambée de violence. Bien plus que les leaders de l'Autorité palestinienne, qui font ce qu'ils peuvent pour calmer le jeu.

Cela n'enlève rien, bien sûr, à l'horreur de ce qui s'est produit hier matin. Ni aux appels à la violence émanant de groupes palestiniens radicaux. Seulement, ces explosions de violence récurrentes ne se produisent pas dans le vide sidéral. Mais dans une ville qui n'attend qu'une étincelle pour s'embraser.

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