Le mot en a

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Le secrétaire d'État John Kerry en visite en Israël dans le cadre des négociations de paix, le 6 janvier.

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C'est un mot de neuf lettres qui commence par un a, et qui a causé de grosses turbulences de Washington à Jérusalem, cette semaine.

D'autres indices? Dans sa langue d'origine, l'afrikaans, le mot signifie: séparation. C'est, bien sûr, l'apartheid.

Commentant l'échec prévisible de la toute dernière série de négociations israélo-palestiniennes, le secrétaire d'État John Kerry a réitéré son appui à la solution des deux États au Proche-Orient. Car hors de cette solution, Israël se trouve confronté à un choix impossible. Ou bien il devra intégrer la population palestinienne, et il finira par perdre son caractère juif. Ou bien il finira par établir un régime d'apartheid où les Palestiniens deviendront des citoyens de seconde classe.

Je paraphrase un peu, ici, le commentaire où John Kerry a lâché le «mot en a», et qui a été diffusé par le site d'information Daily Beast, dimanche. Horreur, se sont exclamées des organisations comme la Ligue anti-diffamation américaine et l'AIPAC, principal lobby de la droite pro-israélienne aux États-Unis.

Le brouhaha a été tellement fort que John Kerry s'est excusé dès le lendemain, affirmant que s'il pouvait remonter le temps, il n'aurait jamais utilisé ce terme controversé. Mais ce qu'on comprend de ses excuses, c'est qu'il aurait trouvé d'autres mots pour dire exactement la même chose. Soit que si ça continue, Israël fonce tout droit vers le mur. Et que le jour où il devra choisir entre son caractère juif et son caractère démocratique n'est plus très loin.

Il n'y a là rien d'incroyablement révolutionnaire. C'est une réalité démographique dont sont conscients bien des Israéliens. Leur pays abrite une population de près de 8 millions, dont environ 2 millions d'Arabes. La Cisjordanie, elle, compte 2,6 millions d'habitants. Avec un taux de fécondité plus élevé, l'ensemble du territoire comptera bientôt plus d'Arabes que de Juifs. Et encore, c'est sans compter les 1,7 million de Palestiniens de la bande de Gaza.

Aujourd'hui, les Palestiniens de Cisjordanie n'ont pas le droit de voter aux élections israéliennes. Ils jouissent d'une autonomie limitée sous occupation israélienne. Les colons juifs de Cisjordanie, eux, circulent sur des routes séparées, bénéficient de droits de passage exclusifs et peuvent élire leurs députés à la Knesset.

La barrière de séparation d'Israël près du point... (PHOTO MAJDI MOHAMMED, ARCHIVES AP) - image 2.0

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La barrière de séparation d'Israël près du point de contrôle de Kalandia, en Cisjordanie, entre Ramallah et Jérusalem.

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Cette discrimination ne peut être tolérable que si elle est transitoire et que le projet d'État palestinien reste dans les cartons. Mais le jour où il sera mort et enterré, Israël devra se brancher. Absorber les territoires palestiniens et traiter également tous ceux qui y résident. Ou maintenir un régime discriminatoire où certains citoyens seront «plus égaux» que les autres.

Encore une fois, cette question n'appartient pas à John Kerry. Le choix entre «toute la terre sans État juif», ou «un État juif sans toute la terre» fait partie des dilemmes originels d'Israël. La droite au pouvoir en Israël se conduit comme si elle voulait l'un et l'autre à la fois. Ce qui conduit forcément à un régime ségrégationniste.

Le reste n'est qu'un débat sémantique. Que signifie exactement le mot apartheid? Selon le Petit Larousse, c'est le «régime de ségrégation systématique des populations de couleur en Afrique du Sud».

Si on prend cette définition à la lettre, Israël n'est pas l'Afrique du Sud, et les Palestiniens ne sont pas des «populations de couleur». Donc, techniquement, il n'y a pas d'apartheid.

Mais si on lit plutôt la définition dans son sens général, et qu'on applique le mot apartheid à tout système de ségrégation systématique d'une population par une autre, eh bien, l'apartheid, il est déjà là...

C'est en tout cas ce que constate quelqu'un qui a bien connu ce régime détestable: l'archevêque sud-africain Desmond Tutu. «Quand je visite la Terre sainte, je vois des choses qui font écho aux choses que j'ai connues sous l'apartheid», a-t-il dit dans une interview au Huffington Post. Avant de statuer que personne ne peut lui nier le droit de ressentir ce qu'il ressent devant les choses qu'il voit...




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