Pendant ce temps, au Venezuela

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Il y a 10 jours, Air Canada a suspendu ses vols vers le Venezuela en raison de l'agitation civile qui perturbe ce pays et des problèmes de sécurité qui en résultent.

Cette décision laisse penser qu'après presque deux mois de manifestations et plus d'une trentaine de morts, le pays entier est à feu et à sang.

C'est loin d'être le cas. Oui, c'est vrai que les opposants les plus radicaux dressent encore des barricades ici et là. Des manifestations ont lieu presque chaque nuit dans certaines villes de l'ouest du Venezuela, celles qui ont donné naissance à la crise actuelle. Et des protestataires pacifiques brandissent toujours leurs pancartes lors de rassemblements hebdomadaires dans certains quartiers de Caracas.

Mais on est loin de l'agitation sociale massive comme le Venezuela en a connu dans le passé. Même au plus fort de la crise, les plus grandes manifestations n'attiraient pas plus de 100 000 personnes dans la capitale, signale l'analyste politique Dimitris Pantoulas, que j'ai joint hier à Caracas. «À l'échelle du Venezuela, ce n'est pas énorme.» Mais surtout, depuis quelques semaines, la contestation s'essouffle.

Comment expliquer cette évolution? Par le mélange de répression modérée et d'ouverture au dialogue qui a permis au successeur de Hugo Chávez de naviguer à travers la crise et de résister aux appels à la démission.

Dans un premier temps, les «tables de dialogue» auxquelles il a convié ses opposants n'étaient qu'un «écran de fumée sans substance», selon Dimitris Pantoulas.

Mais avec le temps, l'opposition a réalisé que ses appuis avaient des limites. Que les manifestations violentes étaient massivement rejetées. Tandis que le président lui-même réalisait que l'affrontement ne pouvait pas durer indéfiniment. En d'autres mots, résume Dimitris Pantoulas, des deux côtés de la table, on a compris qu'il fallait négocier.

Le dialogue ne fait que s'amorcer, les tensions sont encore fortes et tout peut encore basculer. Mais au moins, on voit le bout du proverbial tunnel.

La question économique

Les Vénézuéliens ont pourtant plein de raisons d'être mécontents. Ils font face à une inflation galopante: l'an dernier, les prix ont augmenté de 56%. Ils font aussi face à des pénuries récurrentes des biens indispensables. L'insécurité est généralisée, le niveau de violence est parmi les plus élevés de la planète. C'était d'ailleurs le déclencheur du mouvement de contestation, qui a commencé dans un campus universitaire à la suite du viol allégué d'une étudiante.

Mais malgré ces défaillances au royaume du «socialisme du XXIe siècle», le modèle instauré par Hugo Chávez jouit encore d'un fort appui dans la population, particulièrement chez les classes populaires.

Chávez a réduit les inégalités économiques, tandis que son successeur a légèrement redressé la situation économique, en ramenant la croissance économique à trois pour cent, précise Graciela Ducatenzeiler, politologue et spécialiste de l'Amérique latine à l'Université de Montréal.

Son collègue de l'Université McGill, Philip Oxhorn, souligne que la moitié de la population soutient fortement le gouvernement actuel. Et que les divisions qui fracturent le pays ne sont ni ethniques ni linguistiques, mais économiques et sociales: «Ce sont les riches contre les pauvres.»

Ce qui a aussi joué en faveur du gouvernement, ce sont les divisions au sein même de l'opposition entre le radical Leopoldo López, qui appelle à la destitution du président Nicolás Maduro. Et le candidat défait à la dernière présidentielle, Henrique Capriles, qui vise plutôt les prochaines élections.

Face à la contestation, le successeur de Hugo Chávez a réagi en arrêtant quelques figures de l'opposition, incluant M. López, tout en serrant la vis aux journaux, dont les plus critiques ont de la peine à s'approvisionner en papier, ce qui équivaut à une forme de censure indirecte.

Mais de l'avis unanime des analystes, le gouvernement n'a pas sorti l'artillerie lourde et a déployé une répression soft.

Finalement, le Venezuela présente un cas de figure bien différent de l'Ukraine, où un gouvernement complètement coupé de la population n'avait pas hésité à tirer à balles réelles sur des manifestants pacifiques dès les premières semaines de contestation. Et n'a jamais ne serait-ce que fait semblant d'écouter leurs doléances.

Autre différence de taille: le Venezuela a la chance de ne pas partager sa frontière avec un voisin qui veut lui arracher un bout de territoire sous prétexte de sauver une minorité.

Tout peut encore arriver. Mais après presque deux mois d'affrontements, il y a une perspective de sortie de crise. Et de l'avis unanime de tous les analystes, les avions peuvent atterrir sans risque à l'aéroport de Caracas...

Pour la petite histoire: en suspendant ses vols vers le Venezuela, Air Canada réagissait aussi à un conflit d'ordre économique avec Caracas. Un conflit qui touche également d'autres transporteurs aériens, qui ont pourtant tous maintenu leurs vols vers ce pays.




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