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Qu'est-ce qui fait courir le Qatar ?

Pays minuscule de 2 millions d'habitants mais riche,... (Photo Fadsi al-Assaad, Reuters)

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Pays minuscule de 2 millions d'habitants mais riche, le Qatar - et sa capitale, Doha (photo) - veut exercer son influence sur le monde.

Photo Fadsi al-Assaad, Reuters

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C'est l'histoire d'un pays dont les citoyens n'ont pas besoin de travailler pour vivre. S'ils en ont envie, ils trouveront facilement un boulot bien payé dans la fonction publique ou une grande société. Sinon, ils pourront se débrouiller grâce à une rente de 3000$ par mois.

Quand un couple s'y marie, il reçoit un lopin de terre, 60 000$ pour construire sa première maison et 15 000$ pour la meubler.

Qu'ils occupent ou non un emploi, les habitants de ce pays ne paient ni taxes ni impôts. Un jour, le gouvernement a entrepris de faire installer des parcomètres dans les rues de sa capitale. Il a vite changé d'idée: les frais de stationnement lui auraient apporté des revenus inutiles.

Ce pays a éliminé sa dette il y a 10 ans. Et depuis, l'un de ses grands défis est de trouver comment dépenser ses surplus budgétaires de 50 milliards de dollars par an.

Ce pays existe vraiment. C'est le Qatar qui, avec ses 29 000 millionnaires et des revenus de plus de 100 000$ par habitant, s'est hissé au rang d'État le plus riche de la planète.

Pays minuscule qui compte 2 millions d'habitants, mais seulement 250 000 citoyens en bonne et due forme, les seuls à profiter de ce filet social tissé de pétrodollars.

Mais le Qatar ne se contente plus de jouir tranquillement de la bonne fortune de son sous-sol. Il veut aussi exercer son influence sur le monde.

Et c'est l'histoire de l'ascension d'un poids plume transformé en superpuissance régionale que racontent les journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot, dans leur essai Qatar, les secrets du coffre-fort.

Tout en aimant faire parler d'eux, les dirigeants qataris fuient les médias comme la peste. «C'est un vieux réflexe bédouin qui les pousse à se mettre sous la tente», analyse Georges Malbrunot.

Pour cerner le mystère de ce «confetti qui se prend pour un empire», les deux journalistes ont pu compter sur un cousin de l'émir Hamad bin Khalifa al-Thani et de son premier ministre, Hamad bin Jassem al-Thani. Mais aussi sur une cinquantaine de personnalités qui ont frayé de plus loin ou plus près avec la famille régnante.

Ils en tirent un portrait en demi-teintes, qui ne diabolise pas la troïka dirigeante (le premier ministre, l'émir et son épouse favorite, Moza). Mais qui ne banalise pas pour autant le pouvoir sans précédent que celle-ci tient entre ses mains.

Tout a commencé en 1995, quand l'ex-émir Khalifa a été renversé dans un coup d'État fomenté par son propre fils, Hamad. Celui-ci a entrepris de moderniser le Qatar en construisant routes, quartiers chics, et musées à la douzaine. En 2003, le Qatar fonde la chaîne Al-Jazira, qui le place sur la carte du monde.

Sur le plan diplomatique, le Qatar joue les médiateurs: il peut entretenir des relations aussi bien avec les talibans qu'avec Israël. Mais les soulèvements populaires de 2011 l'amènent, pour la première fois, à s'engager dans des conflits. D'abord en Libye, où il appuie les insurgés contre Kadhafi. Puis en Syrie, où il se range aussi, activement, du côté des rebelles.

Et enfin, un peu partout dans le monde arabe, où il soutient les Frères musulmans qui émergent comme la nouvelle puissance après la chute des dictateurs.

Qu'est-ce qui fait donc courir le Qatar? Le goût du pouvoir? Le désir de répandre sa vision de l'islam?

Selon Georges Malbrunot, la profonde motivation de l'émir du Qatar, c'est son besoin de «peser», d'exercer son influence. Le livre le présente comme un homme doué d'un fabuleux instinct politique, capable de saisir les opportunités au vol. Un musulman conservateur, mais pas dogmatique, qui doit rassurer une population bien plus conservatrice que lui. Cette Coupe du monde de football qui se tiendra au Qatar en 2020, par exemple, la majorité des Qataris n'en voient pas l'intérêt.

Le Qatar traverse une période délicate. Son nouveau militantisme est un «boomerang qui peut lui revenir à la figure», dit Georges Malbrunot. Déjà, la chaîne Al-Jazira, n'a plus l'aura qu'elle avait: son jupon de propagandiste des révoltes arabes dépasse trop.

Tout comme dans la fable de la grenouille qui voulait devenir plus grosse que le boeuf, les ambitions du riche émirat risquent un jour de se retourner contre lui.

***

Le Qatar fascine et fait peur. À preuve, les nombreux livres publiés à son sujet. Parmi les titres les plus récents: L'énigme du Qatar, Le Qatar aujourd'hui, Qatar, les nouveaux maîtres du jeu.

Et puis, le petit dernier, Le vilain petit Qatar, plus alarmiste que l'essai de Chesnot et Malbrunot. Et qui mérite de loin le prix du meilleur titre dans le genre.




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