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Le royaume ermite de Stephen Harper

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Non, le titre de cette chronique ne réfère pas à la Corée du Nord, que l'on a habitude de comparer à un moine reclus, fermé aux bruits du monde.

Ce pays aura bientôt un compagnon au rayon des États ermites: le Canada, qui tourne de plus en plus le dos à la communauté internationale. Et qui règle ses désaccords en affirmant haut et fort que, dorénavant, il va jouer tout seul dans son coin.

Notre premier coup d'éclat isolationniste date de 2009, quand le premier ministre Stephen Harper avait préféré inaugurer un Tim Hortons plutôt que d'assister au premier discours de Barack Obama devant l'Assemblée générale de l'ONU.

Cette absence remarquée a été suivie par une série de gestes du même genre. À la fin de 2009, le Canada a été si mauvais joueur à la conférence climatique de Copenhague qu'il y a récolté son premier «prix fossile» ! Deux ans plus tard, il a quitté le protocole de Kyoto, montrant à la face du monde qu'il avait bel et bien mérité ce prix.

En septembre 2012, Stephen Harper a refusé de prendre la parole devant l'Assemblée générale de l'ONU, alors qu'il séjournait à New York.

Il y a deux semaines, une nouvelle incartade s'est ajoutée à cette série de retraits internationaux, quand le Canada a décidé de quitter, en catimini, la Convention sur la lutte contre la désertification.

Passons sur le caractère inélégant de ce divorce unilatéral. C'est par un journaliste que la nouvelle est parvenue au secrétariat de la Convention, à Bonn. «C'est un peu comme se lever de table avant la fin d'un repas, le Canada a vraiment eu l'air fou», dit Karel Mayrand, spécialiste de la lutte contre la désertification qui travaille au bureau québécois de la Fondation David Suzuki.

Ottawa a justifié son geste en reprochant à cette convention de coûter trop cher pour ce qu'elle rapporte. Sur les 350 000$ de la contribution annuelle canadienne, à peine 18% sont consacrés à des projets concrets, affirme le ministre John Baird. Bref, un gros gaspillage.

Sauf que la Convention sur la lutte contre la désertification n'est pas une ONG destinée à financer des projets, souligne Karel Mayrand. C'est plutôt un lieu de rencontre entre 194 (pardon, 193!) États pour coordonner leurs efforts visant à contrer un phénomène qui fait des ravages partout - y compris au Canada.

Parlez-en aux agriculteurs des Prairies, régulièrement frappées par des sécheresses dévastatrices! Ailleurs dans le monde, le Canada est souvent appelé à voler au secours de populations terrassées par des famines qui auraient pu être prévenues si les terres cultivées ne se transformaient pas progressivement en déserts. Bref, le problème nous concerne, à bien des égards.

Pourtant, il y a deux semaines, Ottawa a dit: c'est assez. Du coup, il s'est privé d'une voix à une table où se prennent les décisions au sujet de ce phénomène important. Nous avons épargné 350 000$ pour avoir le droit... de nous taire.

La Convention sur la lutte contre la désertification fait partie d'un «trio» d'organisations de l'ONU destinées à contrer les changements climatiques. Elle a été adoptée pour «vendre» la démarche internationale à une Afrique récalcitrante, rappelle Karel Mayrand.

En tirant sa révérence, le Canada inflige donc une nouvelle gifle aux pays africains, qui n'en sont pas à un camouflet près. Est-ce bien sage pour un pays qui a de gros intérêts, entre autres miniers, sur ce continent? Pas sûr.

En fait, la seule chose qui puisse expliquer ce retrait absurde, qui a été décrié par des diplomates canadiens de tous les horizons politiques, c'est l'allergie que les conservateurs de Stephen Harper semblent éprouver devant tout ce qui vient de l'ONU. Surtout quand il est question de réchauffement climatique.

Cette crispation idéologique va-t-elle maintenant s'étendre aux deux autres conventions climatiques, comme celle sur la diversité biologique, dont le secrétariat est logé à Montréal?

Chose certaine, cette automutilation diplomatique contribue à esquinter l'image internationale du Canada, déjà passablement amochée merci.

La désertification en chiffres

44%

Pourcentage des terres cultivées de la planète qui se trouvent dans des régions arides.

31%

Pourcentage de la population mondiale vivant sur ces mêmes terres arides.

500

Millions d'hectares de terres en Afrique qui sont touchés ou en voie de dégradation.




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