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Haïti selon Fantino

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En visite pour la première fois à Haïti, le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, a été choqué par les déchets qui jonchent les rues de Port-au-Prince. La République dominicaine voisine est tellement plus propre!

Ce contraste a conduit M. Fantino à conclure que l'aide canadienne à Haïti est inefficace, que tous les nouveaux projets de développement doivent être gelés et que, en attendant, la perle des Antilles a intérêt à se prendre en main. Comment? En attelant ses milliers de chômeurs à une vaste corvée de ménage.

Je caricature à peine. C'est, en gros, ce que le ministre a déclaré à mon collègue Hugo De Grandpré, dans une entrevue qui a semé la consternation, autant par son ton que par son contenu.

D'abord le ton: M. Fantino a profité de sa toute première visite chez l'un des principaux bénéficiaires de l'aide humanitaire canadienne pour lui faire porter la responsabilité de ses problèmes. C'est, pour le moins, inélégant.

C'est aussi injuste: après tout, les quelque 250 millions de dollars d'aide que le Canada verse chaque année à Haïti sont canalisés soit vers les organisations internationales, soit vers des ONG canadiennes, souvent arrimées à des partenaires locaux. Le gouvernement haïtien, lui, ne reçoit presque rien. Si l'argent des contribuables canadiens est mal utilisé,  une partie du blâme doit forcément retomber sur le Canada.

L'analyse du ministre Fantino est aussi incroyablement simpliste. «S'il y avait des solutions faciles pour régler les problèmes d'Haïti, il y a longtemps qu'on les aurait trouvées», dit François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire. Les Haïtiens forment une société complexe, qui porte les stigmates d'une histoire impitoyable et d'une série de catastrophes dévastatrices. Un tel pays ne se reconstruit pas en une session parlementaire, souligne François Audet.

Imaginons, d'ailleurs, que des centaines de milliers d'Haïtiens sont déployés dans les rues de la capitale pour les nettoyer. Où donc jetteront-ils les déchets? La ville compte bien quelques dépotoirs improvisés que fouillent des cochons à la recherche de restes de nourriture - mais ce n'est sûrement pas à ce genre de traitement que pensait notre ministre. Alors, où?

***

Mais l'aide à Haïti est-elle vraiment si inefficace? C'est vrai que le pays ne s'est pas encore relevé du terrible séisme qui l'a secoué il y a trois ans. Mais, en même temps, les choses bougent. Lentement, mais elles bougent.

Quand je l'ai rencontré, l'an dernier, le rédacteur en chef du Nouvelliste, Frantz Duval, venait de réintégrer les locaux du journal, qui avaient été détruits par le séisme. Deux ans après le tremblement de terre, il ne voyait pas encore beaucoup de signes positifs à l'horizon.

Quand je lui ai parlé, hier, Frantz Duval s'est montré beaucoup plus optimiste: «Aujourd'hui, il y a beaucoup de chantiers, on reconstruit des ministères et des écoles; la première pierre du futur parlement a été posée.»

Selon lui, depuis un an, Haïti a accompli des progrès «significatifs». Il y a même moins de ces déchets qui choquent tant quand on débarque pour la première fois à Port-au-Prince. Une entreprise locale ramasse les innombrables bouteilles de plastique que les gens jettent dans la rue pour les envoyer au recyclage. N'en déplaise au ministre Fantino, c'est un bel exemple de prise en main...

Haïti revient de loin. Et le chemin à parcourir pour qu'il ressemble à sa coquette voisine est immense. Mais en ce moment, le pays avance dans la bonne direction. Est-ce le meilleur moment pour le punir? Il y a des tas de raisons pour repenser la manière dont nous aidons Haïti. Mais pour ça, il faut s'appuyer sur des analyses sérieuses, pas sur la mauvaise impression laissée par la première visite d'un ministre néophyte.

En passant, c'est justement pour se «prendre en main», selon le désir du ministre Fantino, qu'Haïti tente de faire revenir les touristes sur ses magnifiques plages. Air Transat doit bientôt lancer ses premiers forfaits vacances haïtiens. Au lieu d'encourager cette initiative, Ottawa a choisi ce moment précis pour appeler à la prudence les voyageurs qui songent à aller à Haïti. Au lieu d'aider, on met des bâtons dans les roues. Pour la cohérence, il faudra repasser.

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Commentaires (5)
    • Monopaul ne te laisse pas obnubilé par un nationalisme primaire ou par un quelconque privilège du pouvoir pour prendre à contre pied les déclarations de Mme Fantino ,qui ne fait que dire les réalités sans fare.Ce que ,bien sûr ,nos "pays amis "nous cachent, et leurs ONG qui nous envahissent comme des vautours.Ils reprennent de la main gauche ce qu'ils donnent de la main droite.
      Mme Fantimo m'avè'w

    • On a les gouvernements qu'on mérite! En Haïti comme ailleurs. Et, bien entendu, les ministres qu'on mérite. Il y en a qui ont la décence de s'informer sur l'histoire du pays avant d'y mettre les pieds. D'autres préfèrent y aller sans préparation pour mieux découvrir par eux-mêmes leur vérité. Ils utilisent donc certaines des techniques chères à la police: fouiller partout, jusque dans les poubelles, pour trouver des indices. Il y a peut-être un autre type d'ambassadeurs, ceux qui n'ont pas appris à se taire quand ils n'ont rien d'intelligent à dire. À tout événement, ce qui s'est passé a au moins la vertu d'inciter des gens informés, et de bonne foi, à rétablir les faits quant à l'efficacité de l'aide internationale. L'opinion de Frédéric Boisrond dans la Presse du 10 janvier est, à cet égard, intéressante à lire. Car s'il est toujours beau de mettre à jour "les effets", il peut être intéressant à l'occasion d'en rechercher "les causes".

    • Monsieur Fantino a raison! Je vous invite à la frontière entre Dajabon et Ouanaminthe pour le constater. En fait, il dit tout haut ce que tous les Haitiens de la diaspora se disent entre eux. La majorité des critiques viennent des gens immunisés qui roulent en VUS climatisés à Port-au-Prince parmi les amoncellements de détritus et qui traversent la frontière chaque jeudi pour une fin de semaine de 4 jours dans un resort en RD. Beaucoup de gens de la diaspora utilisent les aéroports dominicains pour éviter Port-au-Prince. Il faut arrêter de se mettre la tête dans le sable et prendre le taureau par les cornes. Monsieur Fantino n'a pas donné un coup fatal au malade, car un pays ne meure jamais! Il lui a servi un électroc choc. Comme beaucoup de Canado-Haitiens, je vote depuis plusieurs décennies pour des partis politiques qui savent cacher leurs positions sur Haiti pour continuer à avoir mon vote. Merci monsieur Fantino! Je crois profondément dans les vertus de l'humiliation.

    • Premièrement, il n'y a pas de gel des fonds, le Canada continu d'envoyer des fonds pour les projets en cours. Il y a un gel des nouveaux projets, ce qui est une nuance très importante. Je hais profondément ce gouvernement, mais malheureusement je suis 1000000% en accord sur ce sujet.
      La section voyage de MAECI n'est pas là pour mettre les bâtons dans les roues comme vous dites mais bien pour informer des risques et risque dans ce pays est énorme.
      Ce pays a fêté son 200e anniversaire cette année et ils ne sont pas plus organisé que ça! Ça suffit! Ils se sont fait volé des milliards par leur premier ministre qu'ils accueillent presque à bras ouvert. Aide toi et le ciel t'aidera! Je n'ai pas de problèmes à aider, mais aider pour rien, ça jamais...

    • Bonjour Mme Gruda. "L'analyse du ministre Fantino est aussi incroyablement simpliste." Voila ce que vous avez écrit. Vos arguments sont, excusez moi de l'écrire, tout aussi "simplistes".
      "C'est, en gros, ce que le ministre a déclaré à mon collègue Hugo De Grandpré," je crois simpliste de se fier à une entrevue pour batir une argumentation.
      250 millions sont versés à Haiti, "Le gouvernement haïtien, lui, ne reçoit presque rien" peut importe qui reçoit l'argent, ce qui importe pour les Canadiens c'est de savoir où vont les millions et à quoi servent ils?
      "Où donc jetteront-ils les déchets? " N'est ce pas simpliste de se poser cette question si élémentaire, va t on juger de l'efficacité d'un pays par la méthode de s'y prendre pour éléminer leur déchets. Voyez en Indes, des milliers de citoyens pauvres vivent des déchets. Est ce cela être efficace?
      "...des progrès «significatifs». Il y a même moins de ces déchets qui choquent" Doit on féliciter ce grand succès?
      "les choses bougent. Lentement, mais elles bougent." le pays est mal géré depuis des dizaines d'années, lentement c'est vraiment lentement.
      "Une entreprise locale ramasse les innombrables bouteilles de plastique ...un bel exemple de prise en main..." Quel succès!
      "la première pierre du futur parlement a été posée.» Quel succès après trois ans.
      "le pays avance dans la bonne direction" Je crois entendre un ministre fédéral canadien qui dit qu'il y a du progrès, on est dans la bonne direction.
      Sans rancune.

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