Gaza, le Hamas et l'ONU

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Un jour de bombardement à Gaza, Mukhaimer Abu Saada a voulu joindre par Skype un ami juif en Israël. Fascinée, sa fille de 6 ans voulait absolument assister à la conversation. Pour voir à quoi ressemblent les Israéliens.

Tout ce que la fillette en connaît, ce sont les F16 qui sèment la mort, ou les drones qui survolent Gaza avec un bruit menaçant. Et elle n'est pas la seule. Plus de 50% des habitants de la bande de Gaza ont moins de 18 ans. Ils n'ont aucun souvenir de l'époque où leur enclave n'était pas encore hermétiquement fermée et où des milliers de Gazaouis allaient chaque jour travailler en Israël. La vaste majorité d'entre eux n'a jamais quitté ce petit bout de terre qui longe la Méditerranée sur 40 km, et ne dépasse pas 12 km dans ses parties les plus larges.

«La jeune génération voit les Israéliens comme des tueurs et des criminels», dit Mukhaimer Abu Saada, politologue qui, à 48 ans, fait partie des «vieux», ceux qui ont déjà côtoyé leurs voisins juifs et qui les voient donc comme des êtres humains. «Nous sommes une minorité», constate-t-il avec tristesse.

Depuis que les colons juifs se sont retirés de la bande de Gaza, en 2005, le gouvernement israélien interdit à ses citoyens d'entrer sur ce territoire. La coupure est complète. De part et d'autre du mur, elle pousse à la diabolisation de ceux qui vivent de l'autre côté. Et à Gaza, elle crée un terreau parfait pour les mouvements les plus radicaux. Le Djihad islamique. Les différents groupes armés. Et le Hamas.

Établi dans la bande de Gaza dans les années 80, le Hamas a longtemps boudé les élections palestiniennes, parce qu'elles équivalaient à reconnaître, de facto, le processus de paix avec Israël.

Sentant tourner le vent en sa faveur, le mouvement islamique a décidé de mettre fin à ce boycottage. Une décision payante puisqu'il a remporté les législatives de 2006. Un succès politique qui a été suivi par des représailles internationales et par une guerre fratricide avec le Fatah, parti du président Mahmoud Abbas.

Les deux frères ennemis ont fini par se partager les territoires palestiniens. Le Fatah règne en Cisjordanie. Et le Hamas contrôle Gaza.

Le Hamas est sorti plus fort de la... (PHOTO AHMED ZAKOT, REUTERS) - image 2.0

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Le Hamas est sorti plus fort de la guerre éclair de la semaine dernière entre Israël et les groupes armés de la bande de Gaza.

PHOTO AHMED ZAKOT, REUTERS

Aujourd'hui, le Hamas n'est plus réticent à jouer le jeu électoral issu des accords de paix avec Israël. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il adhère à la solution proposée par ces accords: la création d'un État palestinien aux côtés d'Israël.

Toute la rhétorique du Hamas et des groupes armés présents dans la bande de Gaza tourne autour d'un objectif: débarrasser la Palestine de l'État juif.

N'y a-t-il pas des voix plus soft au sein de ce mouvement? Si, mais elles se trouvent à l'extérieur des territoires palestiniens, explique Mukhaimer Abu Saada. À commencer par son chef en exil, Khaled Mechaal.

Hier, celui-ci a appuyé la démarche du président Mahmoud Abbas, qui présentera demain sa demande de reconnaissance de la Palestine comme État observateur permanent à l'ONU. Pourtant, souligne l'analyste gazaoui, le Hamas était traditionnellement opposé à cette démarche, qui équivaut à reconnaître, indirectement, l'existence du voisin israélien.

Mukhaimer Abu Saada n'est pas naïf: il sait que, au fond de leur coeur, même les plus modérés parmi les «hamassistes» souhaitent éliminer Israël. Mais ils estiment que ce n'est pas possible et sont prêts à accepter cette réalité.

«Il n'y a pas de modérés au sein du Hamas. Il n'y a que des pragmatiques», opine Gershon Baskin, pacifiste israélien qui sait de quoi il parle: il est l'un des rares, sinon le seul Israélien à avoir ses entrées chez les leaders du Hamas.

Il a joué un rôle-clé dans les négociations qui ont mené à la libération du soldat Gilad Shalit. Et peu avant l'opération Pilier de défense, il tentait de négocier un cessez-le-feu avec le Hamas.

Gershon Baskin, donc, est convaincu que le Hamas ne reconnaîtra jamais nommément Israël. Le mieux que l'on puisse espérer, c'est qu'il accepte une trêve de longue durée. Espoir fragile quand on sait que les différentes brigades qui prolifèrent dans la bande de Gaza sont bien décidées à se réarmer.

Pendant les huit jours de guerre, Israël a endommagé la majorité des tunnels de contrebande entre la bande de Gaza et l'Égypte. Samedi, des excavatrices s'affairaient déjà à les réparer. Dans deux ou trois semaines, le trafic pourra y reprendre. Y compris celui des armes...

À court terme, Israël et la communauté internationale sont condamnés à composer avec le Hamas, qui s'est imposé comme un interlocuteur incontournable après la guerre de la semaine dernière.

Mais à moyen terme, le Hamas est tout au plus un partenaire pour une accalmie. Pas un partenaire pour une paix durable.

Le meilleur moyen de lui couper l'herbe sous pied, c'est encore d'encourager les voix palestiniennes vraiment modérées. Dont celle du président Mahmoud Abbas. Qui fera demain sa grande demande à l'ONU.

La France et l'Autriche ont déjà annoncé leur intention de voter pour. Israël y est farouchement opposé. Tout comme les États-Unis et le Canada.

La guerre éclair de la semaine dernière a laissé une bonne partie de l'opinion palestinienne avec l'impression que l'on obtient davantage avec des roquettes que par le dialogue. En appuyant la démarche de Mahmoud Abbas, on enverrait aux Palestiniens le message contraire. Franchement, c'est la moindre des choses.

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