Israël-Gaza: l'escalade

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Récapitulons. Depuis un an, les pluies de roquettes se sont intensifiées sur le sud d'Israël, voisin de la bande de Gaza. Ces roquettes étaient lancées parfois par le bras armé du Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle ce territoire palestinien enclavé à l'intérieur d'Israël. Et parfois par des factions plus radicales.

Si elles n'ont tué personne, du moins jusqu'aux trois victimes d'hier, c'est que ces armes bricolées et approximatives s'abattent sur des villes dotées d'un système de protection bien rodé. La menace pèse lourdement sur la vie des gens qui vivent dans cette région. La tension nerveuse est insupportable. Mais il n'y a presque jamais de victimes.

Au cours des dernières semaines, cette tension a monté d'un cran. Il y a eu encore plus de roquettes. Israël a répondu par des attaques sporadiques contre Gaza. Jusqu'à cette action d'éclat, mercredi: l'assassinat d'Ahmed Jabari, chef de «l'armée» du Hamas. Et une campagne de bombardements aériens qui, au moment d'écrire ces lignes, avaient déjà fait une vingtaine de victimes, dont au moins huit civils.

Le Hamas a répliqué en tirant des missiles de plus longue portée, qui ont frôlé Tel-Aviv: du jamais vu depuis 20 ans. L'armée israélienne a rappelé 30 000 réservistes, ce qui fait planer l'ombre d'une intervention terrestre. C'est un scénario familier, celui de l'escalade.

Les événements des derniers jours soulèvent une grande question: pourquoi maintenant? Le journal israélien Haaretz révèle que des négociations en vue d'un cessez-le-feu se poursuivaient depuis quelques semaines et qu'Ahmed Jabari y était associé. Pourquoi ne pas avoir donné une chance à ces pourparlers? Quelle urgence y avait-il à lancer les F-16 au-dessus de Gaza précisément cette semaine?

Eh bien, c'est en grande partie parce qu'il y aura des élections en Israël dans deux mois. Et que le gouvernement sortant estime qu'il se donne des chances de gains politiques en faisant étalage de sa force.

Je ne suis pas la seule à le dire. Des tas de gens, en Israël, évoquent ce calcul et rappellent que ce ne serait pas une première. L'opération Raisins de la colère, contre le Liban du Sud, a été déclenchée en avril 1996. Des élections ont suivi en mai. Puis il y a eu Plomb durci, tragique offensive contre la bande de Gaza, en décembre 2008. Quelques semaines avant les élections de février 2009. Et maintenant, il y a Pilier de défense...

«La plupart des politiciens présument qu'un programme sécuritaire rendra service au Likoud et à Nétanyahou», écrit le commentateur Yossi Verter dans le journal Haaretz, en faisant référence au premier ministre sortant et à son parti.

«S'il n'y avait pas eu d'élections, le gouvernement n'aurait pas été aussi sensible aux complaintes des habitants du sud du pays», opine le politicologue israélien Yossi Alpher.

«Les élections sont un facteur capital, le Likoud fait campagne sur la question de la sécurité», souligne Rob Blecher, expert de la région pour l'International Crisis Group.

D'autres facteurs s'ajoutent peut-être à ce calcul assez cynique, merci. En décembre, Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, doit retourner devant l'ONU demander une reconnaissance de l'État palestinien. «Ce n'est pas anodin que le durcissement israélien survienne précisément à ce moment», avance la politicologue Marie-Joëlle Zahar. Une façon de saboter sa démarche, en quelque sorte.

Des questions se posent aussi sur la stratégie du Hamas. Pourquoi a-t-il intensifié ses attaques contre Israël? Cherche-t-il à gagner des points parmi les Palestiniens? À tirer le tapis sous les pieds de Mahmoud Abbas, qui appartient au mouvement rival, et plus modéré, du Fatah? Ou alors, essaie-t-il de tester l'amitié des Frères musulmans qui dirigent la «nouvelle» Égypte? Créer un terrain qui les brouillera définitivement avec Israël?

Tout ça, ce ne sont que des conjectures. Une chose est sûre: des calculs opportunistes se profilent en arrière-plan d'une mécanique meurtrière qui, une fois lancée, sera difficile à arrêter. Et qui risque de causer des dizaines, voire des centaines de morts. C'est à pleurer.

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