Un État, deux pays

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(Ohio) Poursuivant jusqu'à la dernière minute leur bataille acharnée pour l'Ohio, Barack Obama et Mitt Romney ont rassemblé des milliers de partisans hier à Columbus, capitale de cet État qui pourrait décider de leur avenir.

Les derniers sondages accordent une avance de 2,8 points au président en Ohio. Mais rien n'est encore acquis dans cet État à l'humeur politique changeante, dont les 18 grands électeurs ont l'habitude de faire pencher la balance du pouvoir.

Les deux candidats n'ont pas lésiné sur les moyens pour y remporter leur dernier sprint. Le rassemblement en faveur de Barack Obama a réuni 15 500 personnes à l'aréna Nationwide, dans le centre de Columbus. Chauffée par Bruce Springsteen, la foule faisait la vague avec les pancartes bleues arborant le mot Forward - le «Yes We Can» version 2012.

Barack Obama n'avait pas encore commencé à parler que des milliers d'électeurs pro-Romney remplissaient un vaste hangar près de l'aéroport, en périphérie de Columbus. Les deux événements avaient beau se dérouler presque en même temps et dans la même ville, le fait de passer de l'un à l'autre était comme changer de planète. Foule un peu plus jeune et nettement plus colorée chez Obama, assistance plus âgée, et presque exclusivement blanche, chez son adversaire. Mais surtout, des visions du monde diamétralement opposées de part et d'autre.

«Cette élection porte sur les droits des femmes, la santé, les 30 années de disparités croissantes dans la répartition des richesses», a lancé Bruce Springsteen, avant d'entonner Land of Hopes and Dreams.

À l'autre bout de la ville, c'est le groupe rock Marshall Tucker Band qui chauffait une assistance pas nécessairement plus riche - mais manifestement moins révoltée par les inégalités économiques qui divisent le pays.

«Nous avons besoin de riches, moi, j'ai toujours obtenu mes emplois chez des riches», m'a dit Gloria Wedermeyer, secrétaire à la retraite qui décrit Barack Obama comme un «communiste» qui livre une guerre sans merci aux nantis.

«Je ne veux pas que les riches paient pour les pauvres. C'est aux églises et aux organismes de charité de s'en occuper», a tranché Rhyan Messmer, étudiant de 18 ans qui aspire à devenir policier.

Grace Peterson est une secrétaire juridique à la recherche d'un boulot. Elle compte voter pour Mitt Romney parce qu'il ramènera les États-Unis vers les valeurs qui ont fait, selon elle, la grandeur de son pays. Des valeurs comme «la foi, la libre entreprise et les droits des enfants non nés».

C'est précisément la perspective de ce grand bond en arrière qui effraie les partisans démocrates qui chantaient avec Bruce Springsteen, hier. Plusieurs d'entre eux m'ont dit vouloir voter pour Barack Obama d'abord et avant tout pour barrer la route à Mitt Romney. Ils ont bien applaudi à tout rompre quand l'ancien gouverneur Ted Strickland a lancé: «Oussama ben Laden est mort, GM est vivant.» Ils ont crié de toute leur voix quand le maire de Columbus, Michael Coleman, a dit sentir l'odeur de la victoire.

Mais en discutant avec les gens, entre deux discours, il était difficile de ne pas constater que la ferveur, chez les pro-Obama, n'est pas la même qu'il y a quatre ans.

Prenez Sarah Zite, étudiante en communication. En 2008, elle avait mis tous ses espoirs dans Obama. Cette fois, elle lui accorde sa confiance un peu par défaut. Oui, il a fait de bonnes choses, comme permettre aux jeunes de profiter des assurances médicales de leurs parents. Mais il y a aussi tous ces projets d'exploitation gazière qui font peur à cette écologiste convaincue. «Je vote pour Obama, mais je vote surtout contre Romney.»

«Vous pouvez ne pas appuyer toutes mes décisions», a reconnu le président quand il s'est enfin adressé à ses partisans, en faisant écho à ce genre d'appui mitigé. «Mais l'enjeu de cette élection, ce ne sont pas seulement mes mesures, c'est aussi la confiance.»

Mitt Romney a lui aussi accusé Barack Obama de ne pas avoir tenu ses promesses sur le terrain de l'économie. «Il s'occupait plus de son programme libéral que de créer des emplois», a-t-il lancé, ce qui a soulevé une cascade d'applaudissements.

Au bout du compte, dans cet État où la reprise économique est encore très fragile, l'issue de l'élection dépend un peu de celui qu'on blâme pour ce qui ne va pas. Et de celui à qui on attribue le mérite de ce qui va un peu mieux. Une perception qui varie selon la planète politique qu'on habite.

OHIO

Grands électeurs: 18

Population: 11 536 504 habitants

Taux de chômage: 7 % (en septembre 2012)

Élection de 2008:

John McCain 47 %

Barack Obama 52 %

Groupes ethniques:

Blancs 81,1 %

Latino-Américains 3,1 %

Noirs 12 %

Ville la plus importante: Columbus, 787 033 habitants

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