La révolution selon Muhammad Yunus

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José Andres est un grand chef qui a fait connaître les tapas aux États-Unis, a popularisé la cuisine moléculaire et enseigne aujourd'hui la physique culinaire à Harvard. Bientôt, il pourrait diriger une école de cuisine... en Haïti.

But de l'opération: former des cuisiniers qui pourront gagner leur vie en vendant des plats pas chers, préparés avec des produits locaux. Tout le monde y gagnerait: les nouveaux chefs, qui y trouveraient un gagne-pain, les agriculteurs qui auraient plus de débouchés pour leurs produits, et les clients qui pourraient bien manger, à peu de frais.

Si ce projet a des chances de voir le jour, c'est grâce à Muhammad Yunus, inventeur du concept du microcrédit et Prix Nobel de la paix 2006.

Dans les années 70, Muhammad Yunus a fondé la banque Grameen pour donner accès au crédit à ceux qui n'en avaient pas. Les pauvres. Et les femmes. Depuis, cette banque a distribué près de 10 milliards de dollars de prêts. Le concept a essaimé partout, y compris dans le monde développé. À la faveur de la crise économique, le réseau Grameen compte déjà cinq succursales aux États-Unis!

Muhammad Yunus, lui, s'est lancé dans une nouvelle bataille: celle en faveur de l'économie sociale, seule façon, selon lui, de sortir le capitalisme du cul-de-sac dans lequel il s'est embourbé. Seule façon, aussi, de donner aux plus pauvres les outils pour sortir vraiment de l'indigence.

Son objectif: convaincre la communauté internationale d'investir entre 10 et 20% de l'argent consacré à l'aide internationale dans un fonds qui financerait des entreprises socialement rentables dans les pays pauvres.

C'est un fonds de ce genre qui permettrait de financer son école culinaire en Haïti. «Nous n'avons eu que des réponses positives, il ne reste que des détails juridiques à régler», assure l'économiste de 70 ans, qui est de passage à Montréal ces jours-ci à l'invitation de l'Université McGill.

Le pape du microcrédit jongle avec des dizaines d'autres projets. À l'écouter parler, on a le sentiment qu'il n'y a rien à son épreuve. Il a convaincu la compagnie Adidas de créer des chaussures à un dollar pour des gens qui n'en ont pas. La compagnie Danone, elle, a produit un yogourt nutritif et pas cher pour les mal nourris du Bangladesh, son pays natal.

Muhammad Yunus voit grand. Il a déjà un autre projet pour Haïti: convaincre de grandes chaînes de magasins, comme Walmart, d'y faire fabriquer des vêtements.

Cet homme qui a étudié aux États-Unis, et qui est sorti du carcan économique traditionnel quand la famine a frappé le Bangladesh, porte un regard critique sur l'aide internationale telle que pratiquée aujourd'hui. Parfois, elle peut faire plus de mal que de bien. En Haïti, par exemple, on a tué l'économie locale en distribuant gratuitement des aliments produits ailleurs.

«L'aide internationale n'a pas évolué depuis les années 60, alors que le monde a changé», déplore Muhammad Yunus, qui prône une sorte de révolution tranquille dans ce secteur.

L'un de ses principaux arguments en faveur de l'entrepreneuriat social, c'est que l'argent qui y entre se «recycle». Tandis qu'un dollar dépensé en charité est dépensé, et ne revient jamais...

Son approche se heurte à quelques résistances. À droite, des gens qui ne croient pas trop que l'entreprise privée puisse être mue par d'autres motivations que le profit. À gauche, des gens qui pensent que les gouvernements doivent résoudre tous les maux. Muhammad Yunus leur répond: «Au lieu de descendre dans la rue pour changer les gouvernements, intervenez là où il y a des lacunes.»

Muhammad Yunus parcourt inlassablement la planète pour convaincre les gouvernements de créer un Fonds d'entrepreneuriat social où serait versé jusqu'à 20% de l'argent de la coopération internationale. Le premier à avoir donné suite à son appel est le Japon. À quand le Canada?

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