Aveuglés par l'ignorance

Les personnes aveugles se déplacent avec un chien-guide... (PHOTO: ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les personnes aveugles se déplacent avec un chien-guide ou une canne blanche. Toutefois, certains semi-voyants ne recourent ni à l'un ni à l'autre.

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Gérald Cousineau

L'auteur est semi-voyant. Il réside à Montréal.

Au pays des aveugles, les semi-voyants sont rois... Passons sur cette royauté bien fragile. Je suis bien placé pour en témoigner puisque je suis moi-même handicapé visuel et, pour être plus précis, semi-voyant. Parmi les personnes ayant un handicap visuel, celles qui sont complètement aveugles forment une petite minorité, ce qui veut donc dire que les semi-voyants sont fortement majoritaires.

Il existe de nombreux handicaps visuels. Le mien s'appelle rétinite pigmentaire ou cécité nocturne et est assez répandu, hélas. D'origine génétique, la rétinite est donc là à la naissance et fait des siennes plus ou moins vite selon les personnes. Elle mène généralement à la cécité complète, mais encore là, progresse différemment d'une personne à l'autre. Dans tous les cas, on est handicapé visuel, c'est-à-dire aveugle ou semi-voyant.

Or, qui dit handicapé visuel dit souvent chien-guide ou canne blanche, du moins dans la tête des personnes voyantes. Ce n'est pas aussi simple. Les personnes aveugles se déplacent en effet avec un chien-guide ou une canne blanche. Toutefois, chez les semi-voyants, certains ne recourent ni à l'un ni à l'autre. Certains, mais pas tous. Pour ma part, j'utilise une canne blanche dans tous mes déplacements, histoire de ne pas buter contre les nombreux obstacles que l'on peut rencontrer sur les trottoirs. Et cette canne se révèle fort utile le soir ou la nuit, précisément au moment où la rétinite pigmentaire se fait le plus sentir.

Qui dit handicapé visuel dit aussi verres fumés. Non, ce n'est pas vrai que toutes les personnes handicapées visuelles, surtout celles qui sont aveugles, portent des verres fumés. Mes yeux étant très sensibles à la lumière, j'en porte par grand soleil, sinon j'ai des verres réguliers. Me voici rendu là où je voulais en venir.

Depuis un an, au hasard de promenades dans mon quartier, cinq personnes, de jeunes hommes, m'ont apostrophé avec des «T'es même pas aveugle!» ou «Menteur!», et la palme revient à celui qui, d'une voix de molosse, m'a lancé un «Hostie d'aveugle!», suivi un peu après d'un «Christ d'infirme!». Le civisme serait-il en perte de vitesse?

Si ceux qui m'ont apostrophé avaient justement fait preuve d'un minimum de civisme, ils auraient pu m'interroger tout simplement sur le fait que je ne corresponds pas au stéréotype de la personne aveugle. Et j'aurais pris plaisir à les renseigner ainsi que je le fais régulièrement avec des hommes et des femmes plus curieux et plus polis. Mais étrangement, ils ont choisi l'insulte. Confronté à une telle attitude qui se nourrit d'ignorance et d'une peur de la différence, je me console à la pensée que les enfants que j'ai rencontrés dans des écoles primaires ne devraient pas, une fois devenus adultes, proférer de pareilles âneries à l'égard de personnes qui sont handicapées assurément, mais qui sont d'abord et avant tout des êtres humains.

Il est désolant de devoir, en 2010, rappeler une semblable vérité.

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