Cherche rein désespérément

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Après sept années d'un combat quotidien contre une insuffisance rénale chronique, le verdict est tombé pour Jacques Mayer : la dialyse ou la transplantation d'un rein.

PHOTO FOURNIE PAR L'AUTEUR

Jacques Mayer

L'auteur est un retraité de Saint-Pacôme
, au Kamouraska.

Après sept longues années d'un combat quotidien titanesque contre une insuffisance rénale chronique et traîtresse, sept années pendant lesquelles je m'étais imposé une diète pénible et draconienne, le verdict tomba, glacial et terrifiant: dialyse ou transplantation d'un rein. J'étais vaincu par le destin implacable. L'adjectif chronique s'était changé subitement en terminale avec toutes les connotations morbides qui y sont rattachées.

«Si vous trouvez un donneur, faites-le nous savoir et nous verrons si vous êtes compatible. Si c'est le cas, nous procéderons. Vous êtes également inscrit sur la liste des récipiendaires potentiels d'un rein cadavérique.» Ce fut donc la recommandation précise et lapidaire du néphrologue. En attendant ce rein providentiel, il me faudra vivre accroché à une machine. Seule consolation toute mince, je peux subir ce traitement chez moi. Joyeuse perspective pour ma femme qui devra être présente pendant les manipulations variées exigées par cette technologie. Un grand pan de sa liberté qu'elle chérit par-dessus tout s'effondrerait.

Il faut savoir que la dialyse n'est pas la panacée universelle. Rien ne pourra jamais remplacer un rein. Rien. La dialyse est tout juste une méthode palliative, un espoir, mais toujours une prison aux règles sévères et contraignantes sans ignorer les préparatifs chirurgicaux qui font frissonner, comme l'agencement d'une fistule combinant une artère avec une veine afin d'arrimer mon corps à cet instrument pour épurer mon sang empoisonné.

Nécessité faisant loi, une fois le moment de rage et de colère passé, je me suis donc mis à la tâche : comment trouver un donneur mort ou vivant? Mon imagination fertile aiguisée par ce désir insensé de ne pas dépendre d'un hémodialyseur déchaîna un torrent d'idées. J'ai donc décidé de partager les résultats de mes démarches farfelues avec tous ceux que cela pourrait intéresser. Sachez, toutefois, que la dérision a parfois du bon et permet de traverser des périodes difficiles et délétères.

Première source d'approvisionnement, ma famille. Évidemment. J'ai regardé mes proches avec un oeil neuf. Ils étaient subitement transformés en comptoirs ambulants de pièces détachées. J'éprouvais sans doute le même sentiment qu'un cannibale qui salive d'envie en présence d'un missionnaire naïf, replet et souriant venu le convertir. Il le voit débité en tranches juteuses dans une marmite posée sur un feu de bois et dont se dégage un fumet délicieux qui attise l'appétit. Mais oserais-je demander à l'un d'entre eux de se priver de ce précieux organe? Jamais!

J'ai donc décidé d'écumer les rubriques nécrologiques des journaux régionaux à la recherche de la perle rare. Je regardais avec une passion d'entomologiste les photos des défunts, supputant les chances qu'ils soient morts en bonne santé. Renseignements pris, cette idée folle était parfaitement idiote, car les reins devraient être prélevés le plus rapidement possible.

Il ne restait plus qu'à acheter un rein. Mais où? À qui s'adresser? La mafia? Les Hells Angels? Des courtiers internationaux du trafic «humain»? En Inde? En Iran? Le marché des condamnés à mort chinois ? Mais il fallait aussi trouver un chirurgien capable de faire la transplantation dans un sous-sol anonyme. Tout cela était trop rocambolesque pour que je m'y attarde.

Hélas, je n'ai plus qu'à me résigner à me faire dialyser et à attendre ce coup de téléphone qui me convoquera à l'hôpital. Mais quand?

De grâce, bonnes gens, ne soyez donc pas égoïstes: signer votre carte de don d'organes. Vous ne gagnerez peut-être pas le ciel, mais vous bénéficierez d'une certaine immortalité à travers mon corps. Merci pour moi et tous les autres qui ont un besoin cruel de votre don le plus précieux, celui de la vie.




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