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Légalisation du cannabis : respirons par le nez

Un des grands mérites du rapport d'experts commandé... (PHOTO ALAIN ROBERGE, archives LA PRESSE)

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Un des grands mérites du rapport d'experts commandé par le gouvernement Trudeau est de nous apprendre ce qu'on ne sait pas encore sur le cannabis, estime Paul Journet.

PHOTO ALAIN ROBERGE, archives LA PRESSE

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Légaliser le cannabis sera aussi compliqué que prévu. Le rapport d'experts commandé par le gouvernement Trudeau apporte presque autant de questions que de réponses.

Un de ses grands mérites est de nous apprendre ce qu'on ne sait pas encore. Cela devrait injecter un peu de modestie dans le débat sur les deux volets les plus controversés, l'âge minimal pour consommer et la conduite avec les facultés affaiblies.

Ce que l'on sait pour l'âge : le cerveau se développe jusqu'à environ 25 ans, et durant cette période, la consommation est plus nocive.

Ce que l'on ignore : dans quelle mesure la légalisation encouragerait la consommation ou réduirait d'autres risques pour la santé, par exemple en contrôlant le taux de THC* et la qualité.

Ce que l'on sait pour la conduite : le cannabis réduit les aptitudes motrices. Ce qu'on ignore : à partir de quel taux sanguin le risque devient trop grand (le THC n'affecte pas tout le monde de la même façon et il peut rester dans le sang bien après que ses effets soient ressentis, ce qui rend le test plus difficile à interpréter que l'ivressomètre).

Les recherches doivent bien sûr se poursuivre. Elles servent de point de départ à la réflexion, mais elles ne donneront pas la réponse finale - on n'interdit pas tout ce qui peut nuire à la santé. Il faudra passer de la médecine à la politique, en évaluant quel régime minimiserait les différentes conséquences négatives, par exemple en termes de santé et de sécurité publique.

Le débat sur l'âge minimal en constitue un bon exemple. Le rapport recommande 18 ans (les provinces pourraient toutefois le hausser). Les conservateurs craignent que les moins de 25 ans s'endommagent le cerveau, mais ils oublient un fait têtu : la prohibition ne les empêche pas de fumer du cannabis ! On pourrait dire la même chose pour le pot au volant.

Où se trouve alors l'équilibre ?

Si l'âge minimal est trop élevé, on encouragera le marché noir, avec ses nombreux coûts sociaux.

On enverrait aussi un message contradictoire sur l'âge de la majorité - à 18 ans, on serait assez mature pour voter et boire, mais pas pour fumer ? Par contre, il est vrai que la légalisation du cannabis pourrait en banaliser les dangers. C'est pourquoi il faudrait lancer à l'avance une vaste campagne de sensibilisation honnête - l'alarmisme la décrédibiliserait.

Pour trouver le modèle de vente, on peut apprendre des erreurs des États du Colorado et de Washington. Interdire la pub aux jeunes pourrait être inefficace, car il est difficile de déterminer ce qui cible un mineur plutôt qu'un majeur. Peut-être faudrait-il plutôt contrôler la promotion de façon générale. Aussi, les emballages devraient préciser le taux de THC avec une mise de garde, et peut-être sans afficher de marque commerciale.

Il est trop facile de souligner tous les désavantages de la légalisation en ignorant ceux de la prohibition, cet échec lamentable. Le puritanisme et la naïveté ne font pas de bonnes politiques. Il faudra en sortir, de préférence en respirant par le nez.

* Le THC, ou tétrahydrocannabinol, est le principal ingrédient psychoactif du cannabis.




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