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Présidentielle américaine : l'incorrigible

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« L'incorrigible Donald mène une campagne improvisée et paranormale : cherchant l'attention médiatique à tout prix, il carbure aux controverses, aux théories du complot et aux insultes personnelles gratuites », écrit Frédérick Gagnon.

PHoto Carlo Allegri, Reuters

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Frédérick Gagnon

Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et directeur de l'Observatoire sur les États-Unis

Hillary Clinton affronte deux républicains en vue de la présidentielle du 8 novembre : le candidat Trump et l'incorrigible Donald.

Le candidat Trump a présenté ses plans sur l'économie (à Detroit) et sur le terrorisme (à Youngstown) ces derniers jours. Menant une campagne des plus traditionnelles, il respecte le plan de ses conseillers, récite des discours préemballés défilant sur un télésouffleur, se concentre sur les enjeux et offre des détails concrets sur les politiques susceptibles de « redonner sa grandeur à l'Amérique ».

L'incorrigible Donald mène une campagne improvisée et paranormale : cherchant l'attention médiatique à tout prix, il carbure aux controverses, aux théories du complot et aux insultes personnelles gratuites, déclarant que le droit de porter une arme sera utile pour se protéger contre Clinton, que les élections américaines sont « truquées » ou que John McCain n'est pas un vrai héros de guerre.

L'incorrigible a gagné l'investiture républicaine, mais il devra laisser plus de place au candidat Trump s'il souhaite battre Clinton.

L'incorrigible a effectivement du mal à élargir la coalition qu'il a forgée durant les primaires. Il se targue d'avoir mobilisé des milliers de nouveaux électeurs, séduits par sa volonté d'expulser les immigrants mexicains, de freiner l'arrivée de musulmans aux États-Unis ou encore de rompre avec l'attitude « politiquement correcte » de ses adversaires.

Mais il exagère les appuis dont il a fait l'objet durant les primaires républicaines, où plus de la moitié des participants (55 %) souhaitaient un autre chef de parti que lui ! Qui plus est, l'incorrigible a seulement remporté 23 % de tous les suffrages exprimés durant les primaires républicaines et démocrates.

Clinton a à peine fait mieux, avec 28 % d'appuis, mais elle a été plus habile pour unifier son parti lors des conventions nationales de juillet, fusionnant ses idées avec celles de Bernie Sanders, alors que l'incorrigible continue à alimenter les froids avec les Ted Cruz, John Kasich, Paul Ryan et autres républicains de ce monde.

Le résultat est actuellement catastrophique pour Trump : seulement 83 % des électeurs républicains promettent de l'appuyer le 8 novembre, alors que 92 % des électeurs démocrates indiquent qu'ils voteront pour Clinton.

QUALIFICATIONS PRÉSIDENTIELLES

Le style incorrigible de Trump entre également en contradiction avec l'une des questions essentielles aux yeux des électeurs à l'approche du 8 novembre : quel candidat possède le plus les qualifications et les qualités requises pour gouverner le pays ?

À la convention démocrate, Michelle Obama, Barack Obama et le vice-président Joe Biden ont marqué des points auprès des électeurs en affirmant que l'incorrigible ne serait pas un « président modèle pour nos enfants », « ne sait pas de quoi il parle » et « n'a pas le tempérament nécessaire pour mener le pays ».

Trump leur a rapidement donné raison, s'obstinant à répondre aux critiques de la famille du capitaine Khan, ce militaire américain musulman mort au combat en Irak. Les sondages illustrent que s'attaquer de la sorte aux vétérans relevait presque du suicide politique : 75 % des Américains jugent que Trump a erré dans ce dossier, et 65 % estiment désormais qu'il n'a pas le tempérament d'un président.

CONCOURS D'IMPOPULARITÉ

En suscitant continuellement la controverse, l'incorrigible détourne en outre l'attention des faiblesses de la candidature de Clinton. La démocrate détient certes huit points d'avance dans les sondages nationaux, mais elle n'a pas tellement meilleure réputation que Trump : 53 % des électeurs ont une opinion défavorable d'elle, contre 62 % pour le républicain.

Il n'est ainsi pas rare d'entendre les Américains dire que leur choix le 8 novembre consiste à voter pour la « moins mauvaise » option entre Trump et Clinton.

Or, depuis trois semaines, l'incorrigible s'est constamment tiré dans le pied au lieu d'attaquer Clinton, exposant ses propres lacunes et donnant même l'occasion aux démocrates d'évoquer le risque de lui confier les codes nucléaires (63 % des électeurs estiment que Trump n'a pas une bonne compréhension des relations internationales alors que seulement 27 % pensent la même chose à propos de Clinton).

En nommant Stephen Bannon, directeur du site conservateur Breitbart, à la tête de son équipe il y a quelques jours, Trump croit pouvoir relancer sa campagne. Le passé de Bannon porte cependant à croire que l'incorrigible Donald continuera à prendre le dessus sur le candidat Trump.

En effet, Bannon est reconnu pour son style tout aussi corrosif que celui de Trump. Il y a toutefois un changement à prévoir : Bannon déteste viscéralement Clinton et incitera sans doute le républicain à recentrer l'attention sur les faiblesses de la démocrate (en insinuant par exemple que Clinton a des ennuis de santé l'empêchant d'occuper la présidence).

Une telle stratégie aidera peut-être Trump à redresser le navire et à semer certains doutes dans l'esprit des électeurs quant à une éventuelle présidence Clinton. Mais l'avance accumulée par la démocrate dans la plupart des États clés de l'élection au cours des dernières semaines (surtout en Virginie, en Pennsylvanie et en Floride) illustre que l'incorrigible est peut-être déjà en train de jouer ses dernières cartes.

* L'auteur est également professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal.

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