Un curieux amalgame nationaliste

La famille Bombardier-Beaudoin détient 13 % du capital de...

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La famille Bombardier-Beaudoin détient 13 % du capital de Bombardier et contrôle 52 % des votes.

Rudy Le Cours
La Presse

Il est de bon ton ces jours-ci de faire un curieux amalgame. Il sert à critiquer Ottawa qui exige de Bombardier qu'elle modifie sa structure d'actionnariat en contrepartie d'une injection de capital payée par les contribuables canadiens.

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Annoncé à la fin de 2017, le mariage St-Hubert et Harvey’s a été consommé récemment avec l’inauguration d’un établissement St-Hubert pourvu d’un mini-comptoir Harvey’s dans l’arrondissement de Saint-Laurent. 

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Montréal, Québec : Photo Bernard Brault,La Presse07/05/2014 Cirque du soleil, chapiteau Vieux Port Spectacle Kurios Mini Lilli, une lilliputienne venant de Russie. (POUR ARTS, LA PRESSE + IPAD & LAPRESSE.CA) REF : #675976

En gros, le raisonnement qui a toutes les allures d'un sophisme va comme suit : maintenir les actions à vote multiple dans une entreprise, c'est assurer qu'elle soit contrôlée par une famille de chez nous et, par conséquent, qu'elle ne passera pas en des mains étrangères.

Les actions à vote multiple sont aptes à pérenniser le contrôle d'une famille sur une entreprise. Ce n'est pourtant aucunement la garantie que l'entreprise va rester dans le patrimoine économique d'une société, encore moins qu'elle pourra relever les défis renouvelés par un environnement économique en mutation continuelle.

Si une famille qui contrôle une entreprise choisit de s'en défaire, la seule façon de conserver sa propriété dans le patrimoine d'une collectivité, c'est de lui trouver un acheteur conséquent au sein de cette collectivité.

Et même là, l'affaire n'est pas acquise. Qu'on pense seulement aux Rôtisseries St-Hubert que la Caisse de dépôt et placement était décidée à acquérir tout comme le groupe MTY. Le propriétaire Jean-Pierre Léger a préféré vendre plutôt à l'ontarienne Cara.

D'autres grandes entreprises familiales, perçues comme des fleurons nationaux, sont cédées régulièrement à des intérêts étrangers. Pensons au Cirque du Soleil, il y a un an.

Si la famille qui contrôle une entreprise choisit de la vendre, il sera difficile de l'en empêcher. Les actions à droit de vote multiple n'y pourront rien, en pareil cas.

Le cas de la famille Chagnon est très éloquent en la matière. En 2000, elle choisit de vendre Vidéotron à la famille Rogers qui contrôle le câble en Ontario, malgré le fait qu'une convention d'actionnaires la lie à la Caisse de dépôt pour ce type de décision stratégique. La Caisse a été forcée d'organiser à la hâte une surenchère en s'associant à Quebecor, ce qui a porté la transaction à 5,4 milliards en argent sonnant. La vente à Rogers se serait faite par échange d'actions avant tout.

L'offre de Rogers n'incluait pas TVA, celle de Quebecor-Caisse, que si ! Pourtant, l'entreprise contrôlée par la famille Péladeau contrôlait déjà TQS.

On pourra débattre infiniment des bienfaits de cette transaction sur les intérêts du Québec. Chose certaine, elle a grevé pendant des années le rendement de la Caisse dont on a vivement critiqué l'interventionnisme nationaliste, à l'époque.

Une entreprise d'ici cédée à des intérêts étrangers ne périclite pas pour autant.

Pensons à la Bourse de Montréal, qui avait plus de 125 ans quand elle a été acquise par celle de Toronto (TSE). Elle a continué de prospérer dans les produits dérivés avant que le consortium Maple, formé par des intérêts financiers à majorité québécois, ne bloque une prise de contrôle amicale de TSE orchestrée par la Bourse de Londres.

Pensons à la sainte Flanelle que le financier américain George Gillett a nettoyée des mites que la famille Molson y avait laissé proliférer.

Pour la petite histoire, il est amusant de rappeler que la nouvelle génération des Molson a pu racheter le club de hockey en s'associant notamment à Luc Bertrand, l'artisan du consortium Maple...

Bref, la meilleure assurance que les intérêts du Québec soient défendus, c'est l'engagement de ses citoyens nantis envers leur communauté.

La Coalition canadienne pour la bonne gouvernance, cofondée par les Québécois Claude Lamoureux et Stephen Jarislowsky et qui regroupe de grands investisseurs institutionnels, dont la Caisse, se montre très réservée en matière d'actions à droit de vote multiple.

Tout en nuances, elle recommande que les premiers appels publics à l'épargne ne comportent qu'une seule catégorie d'actions. Pour les actions déjà émises, elle propose qu'une action ne puisse comporter plus de quatre votes. Cela suppose que l'actionnaire de contrôle doive détenir 20 % du capital pour rester majoritaire.

La famille Bombardier-Beaudoin en détient 13 % seulement et contrôle 52 % des votes. Elle devient un frein objectif à l'entrée de capital votant, si elle entend s'accrocher au contrôle absolu de l'entreprise fondée par Joseph-Armand.

Bombardier peut rester en mains canadiennes, québécoises même, sans contrôle familial ni actions à droit de vote multiple. Les Bourses de Toronto et de Montréal en sont la preuve éloquente.

Certes, on peut craindre des prises de contrôle hostiles de fleurons corporatifs facilitées par des fonds spéculatifs ou vautours, comme cela s'est produit avec les géants du nickel Inco et Falconbridge.

Ottawa peut s'inspirer de la proposition de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP). Pour voter, un investisseur devrait être détenteur d'actions depuis un an, comme il faut vivre dans un pays un certain temps avant de pouvoir participer aux élections.




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