La lente reconversion

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En février, les ventes des manufacturiers canadiens ont diminué de 3,3 %, annulant les gains accumulés en janvier

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Rudy Le Cours
La Presse

Les données publiées hier sur les ventes des manufacturiers canadiens en février de même que les déficits budgétaires abyssaux annoncés jeudi par les provinces pétrolières d'Alberta et de Terre-Neuve-et-Labrador (T.-N.-L.) font ressortir que la reconversion structurelle en cours de l'économie canadienne sera lente et laborieuse.

En février, les ventes des manufacturiers canadiens ont diminué de 3,3 %, annulant les gains accumulés en janvier. Heureusement, la poussée des mois d'automne n'est pas encore compromise. Toutefois, les difficultés de l'économie américaine observées durant l'hiver suggèrent que leurs fournisseurs canadiens n'étaient pas au bout de leurs peines quand sévissait le froid mordant.

La relance du secteur manufacturier n'est donc pas acquise, d'autant que les effets de la baisse des investissements privés non immobiliers depuis plus d'un an ne se ressentent pas encore pleinement.

Ce qui est bien palpable en revanche, ce sont les ravages du choc pétrolier sur l'économie et les finances publiques des provinces productrices.

Jeudi, l'Alberta et T.-N.-L. ont présenté leurs budgets : respectivement 10,4 milliards de déficit ou 3,3 % de l'économie de la province des cheiks aux yeux bleus, et 2,2 milliards de déficit, soit 7,3 % de la taille de l'économie de la province atlantique.

Les agences de notation de crédit ont peu apprécié. DBRS, a réduit la note de Terre-Neuve à A (low), la plus faible accordée à une province canadienne, et dépouillé l'Alberta de son triple AAA pour un AA (high). En décembre, S & P avait aussi changé son AAA pour un AA+. Moody's s'est contentée de placer les provinces sous surveillance.

Pour une deuxième année d'affilée, l'Alberta s'enfonce dans une récession sévère tandis que la reprise de la production réelle de T.-N.-L. sera modeste.

Toutefois, si les finances publiques se détériorent à ce point, c'est à cause de l'effondrement des prix du brut qui entraîne la chute de la valeur de l'activité économique, ce qu'on appelle le produit intérieur brut nominal. Le PIB nominal est la meilleure estimation de la taille de l'assiette fiscale.

Dans les deux provinces, cette assiette s'est dégonflée de plus de 10 % en 2015 et doit encore ratatiner cette année.

Leurs gouvernements ont choisi de prendre le taureau par les cornes. À T.-N.-L, les libéraux nouvellement élus sabrent les dépenses et augmentent le fardeau fiscal pour contenir l'hémorragie. Si la stratégie réussit, un retour à l'équilibre devient possible en 2022-2023. Les hypothèses budgétaires sont prudentes, mais on postule une augmentation du prix du brut durant la période de projection.

Ayant un peu fait la cigale durant les années de vaches grasses, la province s'est endettée et peut difficilement ouvrir les vannes au moment où elle en aurait le plus besoin.

On augmente donc l'impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés, la taxe sur l'essence, la taxe de vente, tout en mettant en place un impôt spécial dédié à la diminution du déficit. Du côté des dépenses, on choisit entre autres choses d'augmenter le ratio d'élèves par classe au primaire et au secondaire tout en diminuant l'aide à l'enseignement supérieur.

Une démarche emreinte d'austérité

Bref, au bout de cette démarche empreinte d'austérité, la province sera peut-être à flots, mais l'embarcation sera redevenue la coquille de noix qu'elle était avant l'exploitation de ses ressources offshore, grâce à l'aide du gouvernement de Brian Mulroney qui n'avait pas hésité en pleine récession à financer Hibernia, un projet titanesque à l'époque.

Reste à voir si, et comment, Ottawa épaulera cette fois-ci la province qui peine à gérer le développement de ses vastes chantiers hydroélectriques au Labrador.

En Alberta, la donne est tout autre. Le gouvernement néo-démocrate limite ses compressions au gel des salaires des députés et du personnel politique ainsi qu'à quelques fusions d'organismes. On ne touche pas au budget de la santé, même si l'enveloppe est la plus élevée par habitant. Cela est d'autant plus curieux que l'Alberta compte la plus faible proportion de gens de 65 ans et plus : 11,6 %, contre 16,1 % pour la moyenne canadienne et 17,6 % au Québec.

Edmonton n'augmente pas davantage le fardeau fiscal après les augmentations de l'impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés, l'an dernier. On introduit quand même une nouvelle taxe sur le carbone qui fera passer de 9 à 19,7 cents la taxe sur le litre d'essence d'ici janvier 2018. (Au Québec, cette taxe est de 19,2 cents, mais 3 cents de plus à Montréal.)

À la différence de St. John's, Edmonton n'entend pas dédier le fruit de la taxe sur le carbone à la réduction des déficits qu'elle compte accumuler jusqu'en 2024. Il servira à alléger la fiscalité des PME, à développer les transports en commun, à stimuler la formation et l'innovation dans les technologies vertes.

Bref, l'Alberta emprunte la voie tracée par Ottawa : elle s'endette pour investir dans son avenir.

Cela lui sera sans doute reproché, mais force est de constater que sans dette nette en amorçant son année fiscale, elle peut aisément se le permettre.




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