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Il était une fois le Canada, facteur de paix et de stabilité internationale

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Jean Chrétien a été le premier ministre du Canada de 1993 à 2003.

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Jean Chrétien

Premier ministre du Canada de 1993 à 2003

Au milieu des années 40, le Canada devient membre fondateur de l'Organisation des Nations unies et participe à la rédaction de sa charte et de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Depuis, il s'est patiemment construit une réputation internationale exceptionnelle en développant notamment une approche multilatérale aux problèmes mondiaux.

En 1957, le rôle de l'ancien premier ministre Lester B. Pearson, alors ministre des Affaires extérieures de notre pays, lui a valu le prix Nobel de la paix pour avoir contribué à mettre fin à la crise du canal de Suez en proposant une force de maintien de la paix, les fameux Casques bleus. En 1965, le premier ministre Pearson m'a nommé son secrétaire parlementaire puis ministre deux ans plus tard.

Sous sa gouverne, le Canada réclame l'arrêt des bombardements sur le Nord-Viêtnam afin de permettre l'ouverture des négociations pour mettre fin au conflit. Par la suite, bien que certains conflits armés se soient révélés apparemment inévitables, le Canada avait pris l'habitude de se positionner du côté de ceux qui continuaient à leur chercher une issue pacifique. L'engagement militaire n'était concevable que sous mandat de l'ONU ou de l'OTAN comme ce fut le cas en 1990 en Irak ou quelques années plus tard en ancienne Yougoslavie.

Le gouvernement du premier ministre Pierre Elliott Trudeau fut un véritable chef de file de l'ouverture sur la Chine avec laquelle il établit des relations diplomatiques en 1970. Les États-Unis suivront peu après. Pierre Trudeau sera aussi parmi les premiers à appuyer la lutte de Nelson Mandela contre l'apartheid en Afrique du Sud.

Une lutte que le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney et le chef de la diplomatie canadienne, l'ancien premier ministre Joe Clark, ont poursuivie avec enthousiasme, en dépit de la position du gouvernement conservateur de Margaret Thatcher. Sur ce point précis, M. Mulroney n'a pas craint de s'opposer à notre allié du Royaume-Uni, dont il considérait à juste titre qu'il avait tort.

Notre pays a donc su affirmer à maintes reprises à la fois son indépendance et son attachement aux institutions internationales telles les Nations unies et l'OTAN pour un processus décisionnel légal et légitime en matière de relations internationales.

Cette approche nous a également menés sous mon mandat à jouer un rôle de chef de file dans le développement du traité d'interdictions des mines antipersonnel et dans la création de la Cour pénale internationale. Dans ce même esprit, nous avons aussi adhéré au protocole de Kyoto sur les changements climatiques.

En 2003, au grand dam de nos alliés américains et britanniques, nous avons refusé de nous engager dans la guerre en Irak parce que l'ONU a refusé son consentement à ce qui était une erreur maintenant reconnue presque universellement.

Puis, quelque chose d'inhabituel s'est passé. Quelque chose qui a probablement altéré notre réputation internationale pour longtemps. Pour la première fois de notre histoire, l'ONU nous a refusé un siège au Conseil de sécurité en 2010. L'année suivante, nous avons envoyé nos chasseurs-bombardiers combattre en Libye et nous sommes maintenant impliqués militairement en Irak et en Syrie. Après la campagne de Libye dont on sait maintenant les conséquences désastreuses, le gouvernement Harper a fait survoler le parlement par nos chasseurs-bombardiers en signe de victoire; un rituel normalement caractéristique de nations conquérantes et guerrières, un peu comme tirer des coups de feu en l'air.

Honte et tristesse

Aujourd'hui, en tant que Canadien, c'est avec un mélange de honte et de tristesse que j'observe la réaction froide et dure de notre premier ministre devant la tragédie des réfugiés en provenance de la Syrie et de l'Irak. Entre-temps, la chancelière allemande Angela Merkel s'est montrée à la hauteur du drame et le monde regarde la générosité de son pays avec la plus grande admiration. La même chose vaut notamment pour la Norvège, la Suède et la Finlande. Elles ont agi rapidement et avec diligence pour faciliter les procédures d'accueil aux réfugiés et non les compliquer davantage. Mais pas Stephen Harper, dont le détachement fait honte aux Canadiens et à notre pays aux yeux de la communauté internationale.

Si nous avions plutôt décidé d'utiliser nos ressources pour accueillir beaucoup plus de réfugiés fuyant le groupe armé État islamique, tel que je le recommandais dans une lettre ouverte il y a près d'un an déjà, nous aurions pu réduire la souffrance liée à ce drame d'une immense ampleur que des images insupportables viennent nous rappeler jour après jour.

Mais qu'est donc devenu le Canada, nation avancée et progressiste, facteur de paix et de stabilité dans le monde? C'est une question que l'on me pose régulièrement au cours de mes voyages aux quatre coins de la planète et qui suscite chez moi une grande tristesse.

En effet, je suis triste de voir qu'en moins d'une dizaine d'années, le gouvernement Harper a terni près de 60 ans de notre réputation de bâtisseurs de paix et de porteurs de progrès. Pendant toutes ces années, les chefs des gouvernements qui se sont succédé aux commandes du pays, qu'ils aient été libéraux ou progressistes-conservateurs, ont cherché à comprendre et influencer leurs pairs sur la scène internationale, y compris ceux avec lesquels ils étaient en désaccord. Ils n'ont pas cherché à les embarrasser ou à leur donner très publiquement des leçons de bonne conduite. Ils ont plutôt cherché patiemment à les convaincre dans le sens de valeurs que nous aimerions universelles, mais qui, de toute évidence, ne le sont pas encore.

Bien sûr, le dialogue n'a pas toujours fonctionné et parfois la guerre n'a pu être évitée, mais la décision de s'engager dans cette voie venait de la communauté des nations et non d'une poignée d'entre elles agissant en dehors d'un cadre auquel elles adhèrent pourtant en principe.

Les Canadiennes et les Canadiens devront bientôt choisir leur prochain gouvernement. Sur le plan international, je souhaite de toutes mes énergies qu'ils choisissent de se donner un gouvernement qui s'inscrit historiquement dans la grande tradition des bâtisseurs de paix à qui Lester B. Pearson a ouvert la voie que ses successeurs ont suivie jusqu'à l'arrivée de l'administration Harper.

Jean Chrétien

Premier ministre du Canada de 1993 à 2003

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