Nicolas Boukhrief: ce besoin de spiritualité

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Mettant en vedette Romain Duris et Marine Vacth, La confession est l'adaptation d'un roman de Béatrix Beck dont l'intrigue est campée dans une petite ville française au temps de l'occupation allemande. Une communiste athée, très sceptique, y défie un prêtre séduisant nouvellement arrivé, qui se distingue particulièrement par son éloquence. Pour Nicolas Boukhrief, réalisateur de Ma France, La confession est un film hors du temps.

Avez-vous le sentiment qu'à une époque où la religion est très discutée dans le discours public, votre film prend une résonance particulière?

Je ne saurais dire, car je porte ce film en moi depuis une quinzaine d'années. J'ai souvent soumis le projet à des producteurs, mais personne n'en a voulu, jusqu'à ce que je rencontre un producteur plus jeune, qui l'a épaulé avec enthousiasme. À mes yeux, cette histoire est plutôt hors du temps, mais ce producteur y a peut-être senti une résonance plus actuelle.

Il est vrai que nous traversons une époque particulière et qu'on s'interroge collectivement sur notre spiritualité. Il s'agit d'un film humaniste plutôt que d'un film d'église. N'étant pas catholique moi-même, je n'allais quand même pas emprunter cette approche, cela aurait été absurde!

Pourquoi votre envie de porter cette histoire au grand écran a-t-elle été si forte pendant 15 ans?

La lecture du roman fut pour moi une expérience intime. Il me semblait important de parler de spiritualité alors que l'ultralibéralisme sauvage dans lequel on évolue fait tout pour enlever cette notion afin de la remplacer par la consommation et la loi du marché. Et puis, je suis cinéphile depuis l'âge de 13 ans. Or, ce genre de questionnement a longtemps fait partie des thèmes qu'on abordait au cinéma. On n'a qu'à penser à des films comme Aguirre, la colère de Dieu, de Herzog, ou au Théorème de Pasolini. Ces films abordaient des thèmes passionnants qui, pourtant, se sont faits plus rares au cours des années 80 et 90. Et puis, cette histoire comprend tous les paramètres d'un grand mélodrame, en réunissant deux êtres que tout sépare dans une période trouble...

La vision cinématographique que vous aviez de ce roman a-t-elle beaucoup changé en 15 ans?

Bien sûr. Au départ, j'avais une vision très large, très spectaculaire, plus proche des clichés habituels. Je voyais mon film avec beaucoup de scènes de guerre, avec les Allemands, les avions, les bombardements et tout ça. Mais plus j'avançais, plus ma vision a mûri. Je me suis plutôt concentré sur le coeur de l'histoire en adoptant une approche beaucoup plus dépouillée. Comme j'ai déjà eu l'occasion de m'amuser en tournant des scènes d'action dans mes films précédents, Le convoyeur ou Gardiens de l'ordre notamment, je m'étais déjà libéré de ce fantasme. Je me suis donc ramené à l'essentiel.

Pour le réalisateur Nicolas Boukhrief, La confession est... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, archives La Presse) - image 2.0

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Pour le réalisateur Nicolas Boukhrief, La confession est un film hors du temps.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, archives La Presse

Avez-vous le sentiment que le film de Jean-Pierre Melville Léon Morin, prêtre, qui est aussi une adaptation du roman de Béatrix Beck, risque de porter ombrage à La confession en forçant le jeu des comparaisons?

Mon film n'est pas un remake du film de Melville, mais bien une nouvelle adaptation du roman de Béatrix Beck. Heureusement, la critique française a reconnu qu'il ne s'agissait pas d'un remake, même si elle était sceptique au départ. En France, nous avons un rapport un peu étrange avec les histoires qui ont déjà fait l'objet d'un film. On peut remonter les pièces classiques tant qu'on veut au théâtre, sans aucun problème, mais dès que l'on propose une nouvelle version d'une histoire déjà portée au grand écran, ça passe plus mal. Léon Morin, prêtre est quand même sorti en 1961, il y a plus de 55 ans!

Est-ce que le choix de confier le rôle à Romain Duris, tellement différent de Jean-Paul Belmondo, procède aussi du choix de faire une grande distinction avec le film de Melville?

Je n'étais pas du tout dans une logique de remake, mais je savais bien que les comparaisons seraient quand même inévitables. Belmondo est un acteur tellement concret, terrien, voire presque un peu voyou, que je ne pouvais pas choisir un acteur du même type. En faisant appel à un funambule comme Romain, la comparaison était désormais impossible à faire. Et puis, Romain s'est beaucoup investi. Il est parti en retraite dans un monastère pour se préparer au rôle, même s'il ne s'agissait pas d'une exigence de ma part. J'en étais ravi. Quant à Marine, dont je n'avais encore vu aucun des films au moment de nos rencontres, elle m'a convaincu grâce à la puissance naturelle qui émane d'elle. 

Votre film précédent est Made in France, un film sur la radicalisation de quatre jeunes, qui devait sortir au moment même où les attentats de Paris ont eu lieu. Croyez-vous encore aux vertus sociales du cinéma?

Oui, encore. Ne pas y croire serait renoncer. En faisant un film comme La confession, vous êtes cependant conscient de ne pas être dans une logique de blockbuster. Je préfère quand même proposer un film qui, humblement, éclaire et interroge en mettant le spectateur face à lui-même, face à sa propre spiritualité. Quant à Made in France, je peux seulement dire que le film existe, mais je ne peux pas l'analyser à l'aune des drames qui sont réellement survenus. Si ce film a pu empêcher un seul jeune de basculer dans la radicalisation, j'en serai ravi.

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La confession prendra l'affiche le 9 février.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.




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