Un sac de billes: une ode à l'amour

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Dorian Le Clech et Batyste Fleurial dans Un sac de billes, un film de Christian Duguay.

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À travers le récit autobiographique de deux enfants de la guerre qui ont dû utiliser toutes leurs ressources intérieures pour survivre, Christian Duguay propose un film à caractère historique qui, plus que jamais, trouve une résonance contemporaine. Un sac de billes a aussi donné au cinéaste québécois l'occasion d'une rencontre exceptionnelle avec Patrick Bruel.

Une ode à l'amour

Au lendemain de la première montréalaise d'Un sac de billes, Christian Duguay était encore sous le coup de l'émotion. Non seulement a-t-il senti la sincérité de l'accueil, mais la présentation de son film au Théâtre Outremont revêtait à ses yeux une valeur symbolique.

«Mon envie de cinéma est née là, a-t-il confié au cours d'un entretien accordé à La Presse. Roland Smith a largement contribué à mon éducation cinématographique. Comme je suis un petit gars d'Outremont, je me suis souvent retrouvé là à voir des films de Sam Peckinpah, de Ken Russell, et aussi plein de spectacles. J'ai vu Harmonium jouer L'Heptade sur cette scène-là!»

Un cinéaste populaire

Un sac de billes est le troisième film consécutif de Christian Duguay ayant attiré plus de 1 million de spectateurs dans les salles françaises. Ses deux longs métrages précédents, Jappeloup et Belle et Sébastien, l'aventure continue, ont même frôlé les 2 millions d'entrées là-bas. Son statut de valeur sûre le place dans une position enviable, confirmée aussi par l'accueil plutôt favorable qu'a reçu son film auprès de la presse française.

Quand on lui a proposé la réalisation de cette adaptation du bouquin de Joseph Joffo, après le départ d'un autre cinéaste (avec qui la production ne s'entendait plus), Christian Duguay a beaucoup hésité. Le récit, très ancré dans l'histoire de la France occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, n'est pas aussi célèbre au Québec. Aussi a-t-il commencé, à la suggestion des producteurs, de lire le livre plutôt que le scénario qui en avait été tiré en vue d'une nouvelle adaptation.

«J'ai été emporté par cette lecture. J'y ai aussi vu la responsabilité qui incombe à tout devoir de mémoire, mais aussi la volonté d'éviter d'en faire un truc lourd ou poussiéreux. Il y a beaucoup de lumière dans ce récit.»

Christian Duguay ne s'en cache pas: il fait... (Photo Martin Tremblay, La Presse) - image 2.0

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Christian Duguay ne s'en cache pas: il fait du cinéma en fonction des attentes du public. «Comme je veux entraîner le spectateur dans l'émotion, il est certain que je vais mettre de la musique et que je ferai tout ce que je peux pour qu'il se laisse emporter par l'histoire, dit-il. Tout est une question de dosage.»

Photo Martin Tremblay, La Presse

Un scénario québécois

Les jeunes Dorian Le Clech et Batyste Fleurial, choisis parmi 1500 enfants, incarnent Maurice et Joseph Joffo, deux garçons qui, alors que Paris et une grande partie de la France se retrouvent sous le joug allemand, doivent gagner par eux-mêmes la zone libre, sous l'insistance de parents (Elsa Zylberstein, Patrick Bruel) qu'ils retrouveront là-bas plus tard. Dans le livre, la présence du père se fait plutôt discrète. En prenant lui-même en charge le scénario, qu'il a coécrit avec son collaborateur québécois Benoît Guichard (La bouteilleCadavres), Christian Duguay a tenu à mettre la figure paternelle au coeur du récit, une récurrence dans pratiquement tous ses films.

«Il fallait sentir davantage le legs que Roman, le père, laisse à ses fils afin qu'ils apprennent à survivre. C'est l'axe central autour duquel le récit a été construit. Comme nous étions alors à trois mois du début du tournage, Joseph Joffo était un peu réticent au départ, à cause des délais trop serrés, mais il m'a fait confiance. J'ai été heureux de pouvoir discuter avec lui et d'obtenir son accord. Il est même venu nous rendre visite sur le plateau à quelques reprises.»

Même si, au Québec, cette histoire ne s'inscrit pas dans l'ADN du peuple de la même manière qu'auprès du peuple français, le cinéaste évoque l'universalité du propos et la résonance qu'a aujourd'hui le drame survenu en Europe il y a sept décennies. Aussi a-t-il pu décrire la société française de l'époque avec justesse.

«Il s'agit du troisième long métrage consécutif que je tourne en France. S'il s'était agi du premier, je ne suis pas certain que j'aurais pu accepter de le faire. Le fait d'être étranger peut aussi constituer un atout, je crois. Cela apporte une vision différente.»

La vie est belle

Aux yeux du cinéaste, Un sac de billes constitue une ode à l'amour, à la famille, aux grandes valeurs qui nous ramènent à notre propre humanité. Comme le récit évoque les efforts que fait un père pour éviter à ses fils les horreurs de la guerre, le souvenir de La vita è bella remonte forcément à la surface.

«Je ne peux revendiquer cette filiation parce que je n'ai pas la prétention d'avoir les vertus de Roberto Benigni, souligne le réalisateur. Mais il est vrai que ça procède de la même démarche: entraîner le spectateur dans une bulle d'espoir malgré la réalité horrible dans laquelle se trouvent les personnages. Le regard des enfants permet de faire ça. Il n'y a rien d'autre que l'affection des gens qui t'aiment, ou la mémoire de ceux qui t'ont aimé, qui peut te faire passer à travers les pires épreuves.»

Christian Duguay revendique aussi le droit à l'émotion, quitte à laisser derrière une partie de la critique.

«Contrairement à d'autres cinéastes, je lis les critiques et j'essaie d'en tirer profit. Cela dit, je continuerai à faire ce qui me plaît au cinéma. Comme je veux entraîner le spectateur dans l'émotion, il est certain que je vais mettre de la musique et que je ferai tout ce que je peux pour qu'il se laisse emporter par l'histoire. Tout est une question de dosage. Je fais toujours mes films en fonction des attentes du public. Et ils sont tous coproduits avec le Québec. J'y tiens, car cela me permet d'emmener mes équipes sur les tournages à l'étranger.»

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Un sac de billes prendra l'affiche le 16 juin.

Deux projets en marche

Christian Duguay jongle présentement avec deux projets. Il compte tourner dans le Grand Nord canadien une nouvelle adaptation du roman de Jack London L'appel de la forêt, pour lequel il offrira le rôle principal à Kevin Costner. Il espère aussi bientôt mettre en chantier un projet qui marquerait son retour professionnel au Québec. Il s'agit d'une adaptation de la bande dessinée Magasin général, écrite et dessinée par Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, produite par Roger Frappier. Pour incarner le Français qui débarque dans un petit village québécois des années 20, le cinéaste souhaite attirer Pierre Niney.

Patrick Bruel dit avoir beaucoup hésité avant d'accepter... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE) - image 3.0

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Patrick Bruel dit avoir beaucoup hésité avant d'accepter le rôle de Roman Joffo dans Un sac de billes. «Je me demandais ce qu'on allait apporter de nouveau sur le sujet, raconte-t-il. Le scénario était très bien écrit et ma rencontre avec Christian Duguay m'a vraiment séduit.»

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

«Cette histoire peut se reproduire...»

Vendu à plus de 20 millions d'exemplaires dans le monde, Un sac de billes fait partie des lectures obligatoires dans les écoles françaises pour sa portée historique. Discussion avec Patrick Bruel, qui interprète Roman Joffo, père des jeunes frères juifs Maurice et Joseph, dans l'adaptation de Christian Duguay.

De passage à Montréal pendant le premier tour de l'élection présidentielle française, Patrick Bruel s'est entretenu avec La Presse au lendemain de la remise en question par Marine Le Pen de la responsabilité de son pays dans la rafle du Vél'd'Hiv' sous le régime de Vichy, épisode historique tragique survenu en pleine collaboration de la France pendant l'occupation allemande, en 1942.

«Ce film est important pour une raison fondamentale : on arrive aujourd'hui à une période où l'on peut rentrer dans l'oubli. La génération des 10-13 ans n'est pas forcément au courant de ce qui s'est passé. Il y a beaucoup d'établissements où l'on aborde la Seconde Guerre mondiale, mais où l'on peut survoler cet épisode», regrette Patrick Bruel, qui est allé à la rencontre de nombreux élèves dans la foulée de la sortie d'Un sac de billes en France. 

«Il y avait des enfants qui ne comprenaient pas et qui m'interrogeaient: "On leur a fait ça juste parce qu'ils sont juifs?" C'était très touchant. Et expliquer cette partie de l'histoire, c'est un peu expliquer ce qui arrive aujourd'hui dans le monde. On est au lendemain d'une crise économique aussi forte qu'en 1929 et qui a donné lieu à la montée des nationalismes dans toute l'Europe et à des crises identitaires», observe le comédien.

Au-delà du «film de plus»

Avec le recul, Patrick Bruel ne voit que de bons côtés à sa participation à Un sac de billes. Pourtant, il a longtemps hésité avant d'accepter de jouer dans cette nouvelle adaptation du roman éponyme de Joseph Joffo. L'acteur-vedette du film Un secret réalisé en 2007 par Claude Miller craignait en effet de faire «le film de plus» sur la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais il est rapidement revenu sur sa position après avoir rencontré le réalisateur Christian Duguay. 

«Je me demandais ce qu'on allait apporter de nouveau sur le sujet. Le scénario était très bien écrit et ma rencontre avec Christian Duguay m'a vraiment séduit. Mais le plus important était d'avoir deux enfants formidables pour faire ce film. Devant mes craintes, Christian a sorti son iPad et m'a montré les essais : je n'avais jamais vu des acteurs aussi talentueux!» se rappelle Patrick Bruel.

Inspiré par le jeu de Dorian Le Clech et de Batyste Fleurial, Patrick Bruel sera également porté par de tristes évènements lors du tournage d'Un sac de billes: les attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

«Mes fils se trouvaient au Stade de France ce soir-là et j'ai dû leur expliquer ce qui venait de se passer. Trois jours plus tard, sur le plateau, j'avais l'impression de jouer avec mes propres enfants, leur expliquant l'inexplicable, en 1942», se souvient-il avec émotion.

Présent de manière récurrente pendant toute la durée du tournage, Joseph Joffo a exprimé à de nombreuses reprises à Patrick Bruel sa reconnaissance quant à son interprétation de son père au grand écran. «Ce film aura été lourd à porter, non seulement parce que c'est une histoire vraie, mais aussi parce qu'elle peut se reproduire. Soyons réalistes...», conclut Patrick Bruel.




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