Anne Hathaway et Colossal: le monstre en soi

Dans Colossal, un film aux nombreux rebondissements, Anne... (Photo Cate Cameron, Associated Press)

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Dans Colossal, un film aux nombreux rebondissements, Anne Hathaway joue le rôle de Gloria, jeune femme un peu perdue à New York dans une vie de beuverie, qui se fait larguer par son copain et qui doit retourner dans sa petite ville natale pour remonter la pente.

Photo Cate Cameron, Associated Press

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La comédienne oscarisée Anne Hathaway nous surprend dans Colossal, où ses gestes irresponsables de fille soûle ont des conséquences catastrophiques... à Séoul. Entretien avec l'actrice qui porte sur ses épaules l'un des films les plus bizarres de l'année.

Lorsqu'on lui demande ce qui a bien pu l'attirer dans cet inclassable film qu'est Colossal - assurément l'une des productions les plus originales de l'année -, sa réponse est toute simple: «L'étrangeté.»

En effet, Colossal, film indépendant du cinéaste espagnol Nacho Vigalondo (connu pour VHS Viral et Open Windows), n'a rien d'ordinaire, même simplement dans son synopsis. On y suit Gloria (Anne Hathaway), jeune femme un peu perdue à New York dans une vie de beuverie, qui se fait larguer par son copain et qui doit retourner dans sa petite ville natale pour remonter la pente. Elle renoue avec un ami d'enfance, Oscar (Jason Sudeikis), propriétaire d'un bar qui lui offre un job, et elle retombe ainsi facilement dans ses travers en buvant comme un trou avec des piliers de zinc. 

Pendant ce temps, les médias n'en ont que pour un monstre qui ravage Séoul, en apparaissant toujours au même endroit sans prévenir. Gloria finit par comprendre que ce monstre, c'est elle. Par une espèce de tour de passe-passe spatio-temporel, dès qu'elle met le pied dans le parc pour enfants de sa ville, elle apparaît transformée en monstre à Séoul, et disons que sa démarche titubante d'alcoolique fait des dégâts...

«J'ai aimé le fait que je n'avais jamais lu quelque chose comme ça avant, explique Anne Hathaway dans une entrevue téléphonique avec La Presse. Ça n'arrive pas très souvent. J'aimais beaucoup aussi ne pas savoir où le film s'en allait.»

On peut dire que c'est la principale qualité de Colossal: impossible de deviner comment cette histoire-là, qui contient de nombreux revirements, va se terminer, ce qui est assez inhabituel dans le genre fantastique, souvent prévisible. «Comme membre du public, je me sens parfois un peu spoliée. J'ai l'impression que la plupart des gens peuvent dire où ça s'en va dès les 10 premières minutes d'un film. Aucune chance que cela se produise avec celui-ci ! J'ai été très heureuse de voir que ça se traduisait dans le produit final.»

Elle est d'ailleurs si protectrice de l'effet de surprise de Colossal qu'elle refuse de répondre à certaines questions qui pourraient dévoiler ne serait-ce qu'une parcelle du dénouement de l'intrigue. Mais peut-on dire que le monstre qu'elle y incarne est la représentation, en quelque sorte, d'un hangover (ou lendemain de brosse, en bon québécois) titanesque, avec les angoisses et la culpabilité qui l'accompagnent? 

«Mes cuites sont tellement monstrueuses, alors je pense que la comparaison est honnête!», dit celle qui a déjà incarné une alcoolique repentante dans le film Rachel Getting Married, de Jonathan Demme. Ce qui la fascine tout particulièrement, ce sont les multiples interprétations que font les gens de Colossal.

«Depuis Rachel Getting Married, c'est quelque chose qui m'est familier. Mais une amie à moi qui venait de rompre m'a confié qu'elle sortait d'une relation de violence, et que le film lui avait parlé à ce niveau.»

«J'ai entendu plein d'interprétations, et ça me rend tellement contente de voir que tant de gens différents peuvent recevoir autant de ce film.»

Est-ce qu'on peut dire alors qu'il y a un monstre en chacun de nous? «Probablement pas dans le dalaï-lama, répond-elle, pince-sans-rire. Je ne suis pas certaine qu'il y en a un dans le pape François non plus... Je pense que nous naissons tous avec un potentiel pour n'importe quoi. Et le plus tôt nous comprenons que de se juger soi-même ou de juger les autres ne sert à personne, mieux nous sommes. Je sais que j'ai été par moments un monstre, mais aussi une bonne personne.»

L'après-Oscar

Anne Hathaway a tourné avec les plus grands cinéastes (Demme, Nolan, Burton, etc.), et a reçu un Oscar en 2013 pour son interprétation de Fantine dans Les Misérables de Tom Hooper. Un projet comme Colossal, coproduction Espagne-Canada au budget modeste, peut sembler un risque dans une carrière comme la sienne, mais cela prouve qu'il y a une vie après un Oscar, dont on dit souvent qu'il est «maudit» pour les actrices. 

«Voulez-vous dire que je suis maudite?», demande-t-elle, avant d'éclater de rire. «Je ne sais pas, c'est quelque chose d'adorable à recevoir, d'avoir une performance reconnue et récompensée, mais cela ne change pas ce que vous êtes. Faire un film comme Colossal, c'était pour moi un rêve avant même de faire des films. J'ai toujours voulu être dans des films comme ceux que j'aimais regarder quand j'étais une adolescente. Je ne sais pas si un Oscar rend les choses plus faciles ou plus difficiles, mais ça peut faire que les gens croient plus en vous.»

De son côté, elle croyait totalement au talent de Nacho Vigalondo. «Tout ce que je peux dire, c'est qu'il est la "vraie affaire", le vrai créateur. Il est de ces gens qui ne s'assoient pas en attendant une occasion, il la crée pour lui-même. Il est tellement drôle, il me racontait qu'il voulait faire un film d'extraterrestres du point de vue de l'extraterrestre... On ne rencontre pas des gens comme ça tous les jours.»

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Colossal est à l'affiche.




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