Guillaume Gallienne: au nom de l'art

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(Paris) Dans Cézanne et moi, le nouveau film de Danièle Thompson, Guillaume Gallienne « retrouve [ses] poils » en incarnant le peintre Paul Cézanne, dont la sincère et longue amitié avec l'écrivain Émile Zola a pris fin au nom de l'art...

Quand elle lui a fait parvenir son scénario, Danièle Thompson avait la ferme intention de lui confier le rôle d'Émile Zola, le « moi » du titre de son nouveau film. Le personnage, plus cérébral, a tout pour lui : le succès, la gloire, la reconnaissance, une femme magnifique, une vie de famille. Rien à voir avec l'existence difficile que mène son meilleur ami Paul Cézanne, un peintre aux prises avec ses démons, dont le génie ne sera reconnu que très tard. Mais Guillaume Gallienne a vu les choses autrement.

« Le personnage de Cézanne est celui qui me touchait le plus à la lecture, a confié l'acteur au cours d'un entretien accordé à La Presse au début de l'année. J'ai ressenti sa colère, sa douleur, sa frustration d'être incompris par son meilleur ami. Et puis, j'avais déjà rempli la fonction dramaturgique de Zola en campant Pierre Bergé dans Yves Saint Laurent. Le rôle de celui qui encaisse, qui soutient et qui supporte le maniaco-dépressif, je l'ai fait. Là, j'avais envie d'être de l'autre côté. Aussi, après trois ans à jouer Lucrèce Borgia à la Comédie-Française en portant un corset, des talons, et à me faire violer tous les soirs, j'avais vraiment envie de me retrouver avec mes poils ! » 

Une histoire d'amitié

C'est « l'autre » Guillaume, Canet de nom, qui a finalement prêté ses traits à l'auteur de L'OEuvre, un récit dévastateur à propos d'un peintre « raté », quatorzième tome de la série Les Rougon-Macquart. Ce livre sonnera le glas d'une amitié longue de trois décennies. Dans la vie, les deux Guillaume partagent aussi une affection véritable, qui remonte à leurs années d'études au Cours Florent.

« La tendresse entre nous était déjà là, indique Guillaume Gallienne, qui, grâce à son premier long métrage, Les garçons et Guillaume, à table !, a fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma. Mais notre façon d'aborder un rôle est très différente. Et nous le savions. Guillaume est un taiseux. Il se protège beaucoup. C'est sa nature, et il s'en est bien servi. De mon côté, j'avais envie de jouer plus large. Cela veut dire faire confiance à son instinct de telle manière qu'on peut tout péter s'il le faut, décloisonner les règles. Cela demande beaucoup de travail en amont afin de pouvoir complètement lâcher prise. »

Un travail de détective

Reconnue pour des comédies comme La bûche ou Fauteuils d'orchestre, Danièle Thompson, qui a aussi signé le scénario de La reine Margot pour Patrice Chéreau, affirme avoir effectué un véritable travail de détective afin d'accoucher du scénario de Cézanne et moi.

« J'ai découvert cette relation entre Cézanne et Zola il y a une quinzaine d'années en lisant un article, explique la cinéaste. Je me suis dit qu'un jour, je prendrais le temps de creuser ce sujet. Il existe une énorme correspondance entre eux, intime et passionnelle. Des biographies de l'un et de l'autre ont bien sûr été publiées aussi, mais on évoque rarement leur relation. Et puis, il y a le fameux livre de Zola, L'OEuvre. À 46 ans, il a choisi de sacrifier une amitié et de faire mal à l'autre au profit d'un livre. Je me suis mise dans la peau de Cézanne quand il a dû lire ça. Ç'a dû être terrible ! »

Trois ans de recherches ont été nécessaires pour l'élaboration du scénario. La réalisatrice s'est totalement immergée dans la vie quotidienne que les gens menaient au XIXe siècle. Des lieux de cette époque sont encore intacts, notamment la maison de Zola. Certaines séquences ont d'ailleurs pu être tournées dans quelques-uns de ces endroits. Pendant ce temps, Guillaume Gallienne s'est exercé à l'art de Cézanne.

« Nous avons travaillé différents looks, explique l'acteur. Mais surtout, j'ai effectué un travail plus intérieur avec un peintre marseillais, Gérard Traquandi. Car au-delà de la technique, j'ai voulu observer la peinture de Cézanne, comprendre son chemin artistique afin de pouvoir évoluer de la même façon que lui dans le film. Cette évolution se sent dans son énergie physique, dans le ressenti. »

L'après-coup

Sociétaire de la Comédie-Française, Guillaume Gallienne confie que chaque rôle le marque de plus en plus. Paradoxalement, le choix qui s'offre à un acteur en mûrissant est plus intéressant.

« C'est qu'il faut aller creuser, toujours un peu plus, dit-il. Parfois, on se rend compte que ça fait mal seulement après coup. J'espère pouvoir atteindre un jour le stade où je me dirai que ‟ce n'est qu'un film" ou que ‟ce n'est qu'une pièce". J'en suis incapable pour le moment. J'aimerais être pile dedans, mais en plus simple, en plus calme. Parfois, je me demande même pourquoi je continue, mais il y a toujours une proposition d'aventure humaine avec quelqu'un, ou avec une histoire, qui me ramène. Avec Danièle, par exemple, ce fut une vraie rencontre. Et la naissance d'une véritable amitié. »

L'acteur proposera cette année son deuxième long métrage à titre de réalisateur. Maryline, dont il a aussi écrit le scénario, est un drame campé dans les années 70 qui relate le parcours à Paris d'une apprentie actrice issue d'un milieu difficile dans un village de province. Autour de la jeune Adeline D'Hermy gravitent quelques pointures, parmi lesquelles Vanessa Paradis et Xavier Beauvois.

« Je dirais qu'il s'agit d'une odyssée de l'humilité, précise Guillaume Gallienne. L'inspiration de ce scénario m'est venue d'une femme que j'ai rencontrée à l'âge de 15 ans. Et le réalisateur a décidé qu'il n'y avait pas de rôle pour moi dans ce film ! »

Cézanne et moi prendra l'affiche le 21 avril.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.




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