L'outsider: histoire de requins

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(PARIS) Le réalisateur des Choristes et de Faubourg 36 change complètement de registre pour évoquer au grand écran le parcours de Jérôme Kerviel, un opérateur de marché dont les activités frauduleuses ont entraîné en 2008 des pertes vertigineuses - 4,9 milliards d'euros - pour la Société Générale, l'une des principales banques françaises. Rencontre avec le cinéaste Christophe Barratier et la tête d'affiche de L'outsider, Arthur Dupont.

Christophe, vos trois premiers longs métrages - Les choristes, Faubourg 36 et La nouvelle guerre des boutons - avaient tous pour décor la France du passé. Doit-on s'étonner de vous retrouver à la barre de ce drame financier évoquant une page toute récente de l'histoire contemporaine?

Christophe Barratier: Pas du tout. Je me suis passionné pour l'histoire de Kerviel de la même manière que je l'aurais fait pour une histoire sur la musique. Jamais je ne me suis dit que je changeais de registre pour montrer que je pouvais faire autre chose. Le monde de la haute finance ne m'intéresse pas particulièrement, cela dit. Si je n'avais pas rencontré Jérôme, ou si je n'avais pas été très intrigué par tous ces personnages qui ont gravité autour, je n'aurais pas fait ce film. On s'intéresse à des personnages parce qu'ils nous fascinent, mais ça ne veut pas dire qu'on les aime obligatoirement. Je me suis immergé dans un monde que je ne connais pas du tout et auquel personne n'a jamais accès. Même si nul n'a besoin de connaître ce milieu pour apprécier L'outsider en tant que spectateur, j'avais quand même la responsabilité de rendre tout cet environnement crédible.

L'outsider est inspiré de L'engrenage, mémoires d'un trader, un livre qu'a publié Jérôme Kerviel en 2010. Comment est née l'idée d'une adaptation au grand écran?

Christophe Barratier: Le sujet m'a d'abord été proposé par un ami producteur. L'élément déterminant fut surtout la rencontre avec Jérôme Kerviel. Plus je l'écoutais, plus je m'intéressais à la façon dont tout s'est mis en place avant d'arriver au drame. Jérôme a fait perdre des milliards d'euros à la Société Générale, c'est lui qui a été condamné, mais on a du mal à croire que personne n'ait pu agiter un drapeau rouge avant le fait accompli. Il était impossible de ne pas savoir. Personne n'a donné l'autorisation à Jérôme de faire ce qu'il a fait, mais personne ne l'a arrêté avant qu'il soit trop tard non plus. C'est là le grand paradoxe, la grande erreur. Il fallait un coupable et des innocents parce que ça arrangeait tout le monde. Je n'ai pas d'admiration du tout pour Kerviel, mais on a quand même toujours plus d'admiration pour celui qui se fait broyer par la machine que pour la machine elle-même.

Arthur Dupont, on vous connaît au Québec grâce à des films comme Bus Palladium ou Les saveurs du palais. Quelle fut votre réaction la première fois où l'on vous a offert d'incarner Jérôme Kerviel à l'écran?

Arthur Dupont: J'ai flippé et j'ai eu peur! Je connaissais l'affaire un peu comme tout le monde, sans plus. Ma crainte était de ne pas être capable de m'identifier à ce milieu, duquel je ne connais rien, qui est très éloigné du mien, et qui ne m'attire pas naturellement. Jusqu'à ce que je trouve un point commun entre l'exercice du métier de Jérôme et le mien. L'un comme l'autre carburons à l'adrénaline dans le feu de l'action. La Bourse emprunte d'ailleurs des allures de grand théâtre. À la différence qu'il y a là, en plus, la concurrence, l'appât du gain et beaucoup, beaucoup d'argent. Une violence s'installe alors dans les rapports humains, car il y a trop de fric en jeu. J'ai pu aller dans une salle de marché où des traders bossent pour eux-mêmes, mais aussi pour d'autres. J'ai pu sentir l'ambiance, voir comment ça fonctionne.

Pour un acteur, est-ce une difficulté supplémentaire d'incarner un personnage réel, toujours vivant et encore jeune?

Arthur Dupont: La beauté de la chose est que j'ai pu rencontrer Jérôme, lui poser des questions. Ce fut pour moi très utile. Depuis cette histoire, il y a quelque chose d'un peu fermé chez lui, comme un état de méfiance permanent. On ne peut pas s'en étonner. Après tout, voilà un homme qui a dû se battre tout fin seul contre une grande institution financière. Et qui a été assassiné socialement. Je me suis servi de ce que je voyais là pour les moments de crise. Pour le reste, je me suis plutôt référé à son bouquin. Ça m'intéressait d'explorer aussi les lacunes affectives qui font en sorte qu'un individu en vient un jour à tout miser sur le travail. Jérôme est aussi venu nous visiter pendant le tournage, mais seulement au tout début. J'ai donc pu bénéficier de son regard et ça, c'est vachement bien aussi. Ça m'a fait du bien de voir dans ses yeux que j'étais légitime.

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L'outsider prendra l'affiche le 17 mars. Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.




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