Michael Dudok de Wit: la belle aventure humaine

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Reconnu dans le domaine du film d'animation grâce à ses courts métrages, dont l'un a déjà obtenu un Oscar, Michael Dudok de Wit propose un premier long métrage, coproduit par le prestigieux studio d'animation japonaise Ghibli. La Presse a pu s'entretenir avec le cinéaste.

Q: Vous réalisez des films d'animation depuis 25 ans. En 1995, Le moine et le poisson vous a valu un César, de même qu'une citation aux Oscars. Six ans plus tard, vous avez obtenu la statuette dorée à Hollywood grâce à Père et fille. La tortue rouge est votre premier long métrage. Quel en a été le point de départ?

R: Cela remonte à 2006! Le processus a été beaucoup plus long que je ne l'aurais cru. Au début, les producteurs m'ont dit qu'il faudrait probablement y mettre cinq ans de travail. On en aura finalement mis deux fois plus ! J'ai pris beaucoup de temps pour l'écriture du scénario, auquel la cinéaste Pascale Ferran a aussi collaboré. Je tenais à ce que l'histoire soit très solide, d'autant qu'elle a pour moi des connotations très personnelles. Pour un premier long métrage, j'estime qu'il vaut mieux réunir une petite équipe et travailler sur une longue période plutôt que le contraire.

Q: Isao Takahata, cofondateur du studio Ghibli, est le producteur artistique de votre film. Avez-vous hésité quand les directeurs de cette société japonaise vous ont proposé cette collaboration exceptionnelle, la première qu'elle fait avec un artiste étranger?

R: Quand j'ai eu vent de cette proposition, je leur ai franchement posé la question: pourquoi moi? Les gens de Ghibli m'ont répondu avoir beaucoup aimé Père et fille, voyant même quelque chose de très «japonais» dans mon film. Il est vrai que je suis très influencé par la culture nippone, particulièrement celle du XIXsiècle. J'aime l'encre sur papier, la pureté esthétique qu'on retrouve là-bas dans l'architecture, les jardins, la cuisine, partout. J'aime aussi beaucoup le cinéma japonais.

Après avoir obtenu un Oscar pour Père et... (Photo FRANÇOIS GUILLOT, Agence France-Presse) - image 2.0

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Après avoir obtenu un Oscar pour Père et fille, le réalisateur Michael Dudok de Wit propose un premier long métrage d'animation intitulé La tortue rouge.

Photo FRANÇOIS GUILLOT, Agence France-Presse

Q: Vous êtes d'origine néerlandaise, vous avez fait vos études en France et vous vivez aujourd'hui à Londres. Les différences culturelles entre le Japon et l'Europe ont-elles constitué une source de préoccupation pendant le processus créatif?

R: Pour faire un film au Japon, il faut impérativement être japonais. J'ai fabriqué La tortue rouge en France. Même si Ghibli est très ouvert sur l'Europe et que j'ai toujours l'oeil sur le Japon, j'avoue qu'au départ, j'appréhendais quand même un peu les différences à propos de nos visions respectives. À ma grande surprise, il y en a eu peu. Isao Takahata est d'ailleurs très francophile. De mon côté, je tenais à ce que mon film soit compris dans tous les pays. En tant que dessinateur, les symboles me fascinent, particulièrement les symboles culturels. Il y a, par exemple, des choses très étranges dans un film comme Le voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki, qu'on peut quand même comprendre de façon intuitive, peu importe d'où l'on vient.

Q: La tortue rouge est un conte qui relate les grandes étapes de la vie d'un être humain à travers l'histoire d'un naufragé qui se retrouve seul dans une île tropicale. Des élans poétiques ponctuent ce film dont l'une des particularités est l'absence totale de dialogues.

R: La décision de supprimer les dialogues n'a pas été prise d'emblée. Au début, je trouvais même plutôt naturel que les gens parlent. Or, les efforts en ce sens échouaient toujours dans la phase préliminaire du processus. En fait, l'idée d'un film sans paroles est venue des gens de Ghibli. Le défi m'a semblé intéressant. Pour compenser l'absence des dialogues, il y a les bruits ambiants. D'entendre discrètement la respiration des humains crée quand même un lien empathique. Cela accentue aussi le caractère universel de cette histoire.

Q: Le monde du film d'animation évolue à une vitesse vertigineuse. En quoi cette évolution modifie-t-elle votre approche en tant que cinéaste?

R: À mes yeux, chaque film est un nouveau défi. Il est vrai que sur le plan technique, tout change très rapidement. Je dirais toutefois que la principale évolution s'opère en moi, en tant qu'artiste. De plus en plus, je me dirige vers une animation que je souhaite divertissante, certes, mais pas seulement. Je cherche la subtilité, la profondeur.

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La tortue rouge prendra l'affiche le 27 janvier.




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