Manchester by the Sea: la mer, le feu et une rumeur d'Oscar

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NATHALIE PETROWSKI 
La Presse

Manchester by the Sea est une petite ville côtière du comté d'Essex, au Massachusetts. Le réalisateur Kenneth Lonergan, un New-Yorkais pur béton de 54 ans, scénariste d'Analyse This et de Gangs of New York, n'y avait jamais mis les pieds avant d'entreprendre l'écriture du scénario de Manchester by the Sea.

Lancé au festival de Sundance et repêché par Amazon, qui a payé 10 millions pour ses droits de distribution, ce drame mettant en vedette Casey Affleck, le frère cadet de Ben Affleck, n'a cessé d'accumuler les critiques enthousiastes lui prédisant une ou plusieurs sélections aux Oscars, dont celles du meilleur scénario, de la meilleure interprétation masculine (Affleck) et du meilleur film de l'année. Rien de moins.

Pour Kenneth Lonergan, c'est un revirement inespéré après le calvaire de Margaret, son film précédent, qui est resté captif de la salle de montage pendant cinq ans, victime de la guerre entre le cinéaste et ses producteurs. Le film est finalement sorti en catimini en 2011, récoltant un box-office anémique.

Passer de zéro à héros n'est pas donné à tout le monde, mais au TIFF, où il était venu présenter Manchester by the Sea, Lonergan n'avait rien à dire à ce sujet sinon que c'était du passé et qu'il préférait regarder devant.

Or, devant, il y a Manchester by the Sea, son troisième long métrage, une oeuvre sensible et en demi-teintes, qui raconte l'histoire de Lee, un concierge solitaire ramené à Manchester by the Sea, dans son village natal, à la mort de son frère.

Alors qu'il cherche à maintenir le monde à distance et camoufle ainsi une profonde blessure, Lee devra apprendre à vivre avec les fantômes du passé et avec ce neveu orphelin dont il est devenu le gardien.

L'idée de départ du film était de Matt Damon, un ami de Lonergan, qui devait aussi le réaliser. «Mais c'est en lisant le journal, en voyant tous ces drames insupportables que les gens traversent et en me demandant comment ils faisaient pour continuer à vivre que l'idée s'est concrétisée», a expliqué Kenneth Lonergan en septembre à Toronto.

Michelle Williams et Casey Affleck dans Manchester by the Sea.... (Photo Claire Folger, fournie par Amazon Studios et Roadside Attractions) - image 2.0

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Michelle Williams et Casey Affleck dans Manchester by the Sea.

Photo Claire Folger, fournie par Amazon Studios et Roadside Attractions

Cru et vrai

Juste avant lui, Casey Affleck, 41 ans, s'est présenté devant les journalistes avec une grosse barbe fournie de coureur des bois pour son prochain rôle dans My Abandonment. Ce jour-là, contrairement à son personnage de peu de mots, Affleck s'est montré d'une grande volubilité, racontant comment son plongeon au coeur d'un personnage sombre, qui refoule une montagne de désespoir et de détresse, a été à la fois dur et stimulant.

«Arriver sur le plateau tous les jours en me sentant mal, c'est mon boulot, dit l'acteur. La moindre des choses quand on est un acteur, c'est de se présenter sur le plateau, avec les émotions appropriées.» 

«Moi, je ne suis pas assez bon pour arriver de bonne humeur et parler de la pluie et du beau temps avant de commencer à tourner. Ce que je fais en route vers un rôle, c'est de m'enfoncer graduellement dans mes pires émotions.»

Affleck a poursuivi en expliquant que même s'il y avait dans le sous-texte de son personnage une immense tragédie, il avait tout fait pour éviter de verser dans le mélodrame.

«Notamment parce que je suis allergique au sentimentalisme, mais aussi pour garder tout cela cru et vrai et pour être en mesure de jouer la retenue sans pour autant diluer l'impact émotif.»

Michelle Williams, qui interprète l'ex-femme de Lee, n'a pas un grand rôle dans Manchester by the Sea. Elle appartient surtout au passé de Lee. Mais selon le réalisateur, elle est arrivée incroyablement préparée, avec des idées de jeu comme de look.

En table ronde avec une poignée de journalistes à Toronto, avec son visage de porcelaine, mais avec ce qui ressemblait à une humeur massacrante, elle a toutefois admis s'être sentie comme un imposteur.

«En préparant le rôle, je me suis souvenue d'une maison qui avait brûlé dans Brooklyn et qui avait décimé une famille juive. J'ai regardé une vidéo à ce sujet sur le Net et je me suis sentie comme une voyeuse qui tire profit de la douleur des autres. Je prenais des notes et je me sentais mal, mais en même temps, j'imagine que tout cela m'a aidée à exprimer la rage du personnage.»

Jusqu'à la scène parfaite

Le film, comme son titre l'indique, se passe à Manchester by the Sea, où il a été tourné dans des conditions loin d'être idéales, selon le réalisateur.

«C'était stressant comme tous les tournages le sont, à cause de l'argent, du temps et, dans ce cas-ci, d'un environnement hostile, du moins sur le plan de la météo, mais Casey, qui est pratiquement dans tous les plans, a été d'un grand soutien. Il s'assurait toujours que j'avais la scène que je voulais. Et même si on avait fait six prises, toutes meilleures les unes que les autres, et que l'équipe avait hâte de passer à la scène suivante, il était toujours prêt à recommencer la prise une dernière fois», a raconté Lonergan.

À Toronto comme partout où il passe pour faire la promotion du film, Lonergan évite le sujet des Oscars. Peut-être est-ce parce que son premier film - You Can Count on Me - s'est retrouvé en lice pour deux Oscars en 2001, mais n'a rien remporté. Le passé l'a rendu prudent, même si dans ce cas-ci, le passé n'est pas nécessairement garant de l'avenir. 

Manchester by the Sea est l'affiche à Montréal en version originale et en version sous-titrée en français. Une version doublée en français prendra l'affiche plus largement au Québec le 9 décembre.

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