Omar Sy: à la rencontre de son double, Chocolat

«Un clown noir, en France, qui fait partie... (Photo TIZIANA FABI, Archives Agence France-Presse)

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«Un clown noir, en France, qui fait partie d'un duo: je m'y suis tout de suite retrouvé et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai accepté. Ça me parle, ça me ressemble», avoue Omar Sy.

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Intouchables a changé sa vie. Tout juste après le fulgurant succès de cette comédie qui aura attiré plus de 20 millions de spectateurs en salle, Omar Sy décide de se plonger dans l'histoire de Rafael Padilla, premier artiste noir de l'Hexagone. Entrevue avec la personnalité préférée des Français et vedette du film Chocolat.

Le 25 février 2012, Omar Sy entre dans l'histoire du cinéma français en devenant le premier acteur noir lauréat du prestigieux César du meilleur acteur pour sa performance dans Intouchables. Pour échapper à la pression d'un succès devenu trop grand pour lui, le comédien qui a grandi à Trappes, en banlieue parisienne, décide de partir vivre à Los Angeles. C'est d'ailleurs en pleine promenade avec son chien dans la Cité des anges qu'Omar Sy nous contacte pour parler de Chocolat.

«Il n'y avait même pas de scénario quand j'ai accepté le film, explique Omar Sy. Mon statut d'acteur avait un peu changé à l'époque et les producteurs m'ont fait découvrir Rafael Padilla, dont je n'avais jamais entendu parler. Ils m'ont donné un document de 12 pages de recherches. Je me suis connecté avec cette histoire, mais tout restait à faire», se rappelle le comédien.

Omar Sy prend rapidement conscience de l'occasion qui s'offre à lui: celle de mettre en lumière la mémoire d'un artiste tombé dans l'oubli, mais aussi de porter au grand écran l'histoire de Footit et Chocolat, duo à l'origine du concept du clown blanc et de l'Auguste sur la piste des cirques de monde entier. «Un clown noir, en France, qui fait partie d'un duo: je m'y suis tout de suite retrouvé et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai accepté. Ça me parle, ça me ressemble», avoue Omar Sy, dont le parcours fait étrangement écho à celui de Rafael Padilla, l'esclave affranchi devenu le clown Chocolat, une célébrité sur les scènes françaises à la fin du XIXsiècle.

Deux autodidactes

Fils d'un père ouvrier et d'une mère femme de ménage ouest-africains, Omar Sy a grandi dans une tour HLM dans le même quartier que Jamel Debbouze. Ce dernier le remarque dans la cité à force d'entendre retentir les rires de ses amis. L'humoriste lui propose en 1996 de faire un sketch à la radio. Omar Sy fait ensuite son entrée à Canal+ avec son complice Fred Testot pour présenter chaque soir pendant plus de six ans les capsules humoristiques Le Service après-vente des émissions.

Le jeune autodidacte qui a raté son bac ne tarde pas à se tailler une place dans le paysage audiovisuel français, jusqu'à la consécration avec Intouchables.

«J'ai vraiment pris conscience des points communs entre moi et Chocolat lorsque j'ai visionné le film pour la première fois. Quand j'ai préparé ce rôle, j'étais tellement profondément plongé dans Rafael que je ne les voyais pas. Depuis Intouchables, je fais bien attention à ce que les gens ne me voient pas, moi, mais uniquement le personnage. J'ai tout fait pour ne pas rester prisonnier de Driss, ce personnage qui m'a apporté beaucoup, mais qui aurait pu me nuire», confie Omar Sy.

Refuser le racisme

Au-delà du récit du fabuleux destin de Rafael Padilla, Chocolat dénonce avec force le racisme d'une France colonialiste pendant la Belle Époque. «On a eu la chance d'avoir Roschdy Zem comme réalisateur. Je savais qu'il n'irait jamais dans le pathos, qu'il aurait une finesse et une modernité dans la manière de raconter l'histoire. Mais surtout qu'il serait juste, sans être trop accusateur», explique Omar Sy.

Alors que, sur scène, Footit et Chocolat forment un duo de choc, ils sont dans la vie du Paris du XIXsiècle un couple artistique complètement illégitime.

«Même s'ils s'aimaient beaucoup et se respectaient, ils se sont rencontrés à la mauvaise époque. Dans cette adversité, ils ont tout de même fait de grandes choses et, pour cela, je les respecte», précise le comédien.

Chocolat ne fait-il pas également écho au manque de diversité dénoncé en France comme aux États-Unis au grand écran? «C'est un débat, pour ma part, qui est obsolète. C'est un débat des années 80. On est en 2016, je ne veux plus parler de ça, ce n'est plus un sujet. Tant que ça en sera un, on ne va pas avancer. Ça suffit! Ça ne veut pas dire que je vis dans le déni.» 

«Être noir fait partie de mes atouts d'acteur, ce n'est pas tout ce que je suis. Je ne laisse pas sa place au racisme, ni dans ma vie ni dans ma carrière. Je ne donne pas le choix au cinéma de me proposer autre chose!»

«On m'emploie aux États-Unis pour jouer le Français. Pas le Noir. Et en France, je viens de faire un film avec votre compatriote Antoine Bertrand, Demain tout commence, et mon personnage n'est pas écrit forcément pour un acteur noir, tout comme DKnock, que je vais interpréter prochainement. Après, je peux faire des films comme Chocolat ou Samba où je me sers de la négritude, car ça renforce le propos.»

Abonné aux duos

Après Omar et Fred qui a longtemps sévi sur Canal+, puis son tandem avec François Cluzet dans Intouchables et Charlotte Gainsbourg dans Samba, Omar Sy a cette fois-ci dû travailler en duo avec James Thierrée, petit-fils de Charlie Chaplin et enfant de la balle, interprète du clown Footit dans Chocolat.

«Un duo est difficile à jouer. Il faut le vivre. Roschy Zem avait confié la direction artistique des numéros de cirque à James. Il a été un bon instructeur, mais il a l'habitude de travailler seul. Par moments, ça a chauffé un peu ! Mais au premier jour de tournage, après quatre semaines à se voir suer, à avoir nos victoires, mais aussi nos défaites et nos disputes, on était un vrai duo», se souvient Omar Sy, pour qui Chocolat a été un défi d'acteur à de nombreux égards.

«Je n'avais jamais touché au cirque. Pas plus que je n'avais joué du Shakespeare. Je n'ai même jamais suivi de cours de théâtre!», avoue le comédien dont le personnage interprète Othello dans un théâtre parisien.

«C'était le plus gros défi de ce film pour moi. Je me suis même posé la question de ma légitimité à toucher à du Shakespeare! En plus, si je foirais cette partie dans le film, je me mettais dans la merde et mon personnage aussi! Ça m'a un peu questionné sur la technique et je crois que je vais devoir m'y frotter», conclut Omar Sy.

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Chocolat est à l'affiche.

Omar Sy et François Cluzet dans Intouchables (2011).... (Photo fournie par Alliance Vivafilm) - image 2.0

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Omar Sy et François Cluzet dans Intouchables (2011).

Photo fournie par Alliance Vivafilm

Omar Sy en cinq personnages

Driss, Intouchables (2011)

Omar Sy incarne ce personnage inspiré d'Abdel Yasmin Sellou, aide à domicile de Philippe Pozzo di Borgo, tétraplégique depuis 1993, interprété par François Cluzet. Le film raconte la relation entre ces deux hommes issus de milieux bien différents qui vont vivre une touchante histoire d'amitié.

Samba, Samba (2014)

Illégalement en France depuis 10 ans, Samba se retrouve dans un centre pour immigrés en attente d'un procès, où il fait la rencontre d'Alice (Charlotte Gainsbourg), bénévole dans une association qui vient en aide aux sans-papiers. Au fil des démarches juridiques, les deux protagonistes s'engagent dans une histoire d'amour.

Lucas Bishop, X-Men: Days of Future Past (2014)

Pour son premier film américain (il n'apparaît à l'écran que quelques minutes), Omar Sy se glisse dans la peau de Lucas Bishop, un mutant dont le pouvoir consiste à absorber l'énergie, soit celle ambiante, soit celle dirigée vers lui, qu'il peut ensuite décharger sous différentes formes: rafales, explosions, laser.

Barry, Jurassic World (2015)

Une autre apparition éclair d'Omar Sy dans une superproduction américaine. Il y incarne Barry, dresseur de vélociraptors qui a le droit à un petit bout de course en moto et se fait sauver par Chris Pratt.

Christophe Bouchard, Inferno (2016)

Sorti en salle récemment, le film de Ron Howard met en scène Omar Sy dans un rôle un peu plus consistant que dans ses précédentes expériences américaines. Il donne cette fois la réplique à Tom Hanks en incarnant Christophe Bouchard, un scientifique français qui fait tout pour mettre la main sur un virus devant décimer la quasi-totalité de la planète.

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