Joe Walker, maître du montage

C'est en voyant Incendies à Londres, sa ville... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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C'est en voyant Incendies à Londres, sa ville natale, que Joe Walker a découvert le travail du cinéaste Denis Villeneuve, avec qui il a eu envie de travailler.

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Lorsqu'elle a remporté l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour 12 Years a Slave, Lupita Nyong'o a remercié «l'interprète invisible dans la salle de montage, Joe Walker». C'est dire le respect qu'inspire le Britannique, lui-même finaliste à l'Oscar du meilleur montage pour l'émouvant film sur l'esclavage de Steve McQueen (Oscar du meilleur film en 2014).

Joe Walker, qui sera l'invité du Centre Phi lundi pour une classe de maître animée par l'auteur Samuel Archibald, est l'un des artisans les plus respectés de sa discipline. J'avais eu l'occasion de discuter avec lui au Festival de Cannes, en mai dernier, à la soirée consacrée à Sicario de Denis Villeneuve, dont il a aussi signé le montage.

Nous avions parlé de sa rencontre avec le cinéaste québécois et de sa collaboration avec Steve McQueen, dont il a monté tous les films depuis Hunger - qui a révélé le grand Michael Fassbender et reçu en 2008 la Caméra d'or du meilleur premier film à Cannes.

J'ai retrouvé Walker en début de semaine dans le studio de montage du Mile End où il planche sur le prochain film de Villeneuve, Story of Your Life, avec Amy Adams, Forest Whitaker et Jeremy Renner, tourné à Montréal l'été dernier et dont la sortie en salle est prévue l'automne prochain.

«Denis est très organisé, me dit son monteur. D'une certaine façon, il n'a pas besoin de moi! Avec Steve McQueen, c'est très différent. Il y a beaucoup plus d'improvisation. Le genre de film que fait Denis est plus précis. Il faut vraiment qu'il l'ait en tête avant le début du tournage. Il sait exactement où l'extraterrestre doit se tenir dans le cadre!»

À Montréal, sous le radar d'Hollywood

Story of Your Life est un film de science-fiction «sale», selon la description qu'en fait Walker. Une histoire fantaisiste d'invasion d'extraterrestres, loin d'être lisse, qui compte une multitude de plans et autant d'effets spéciaux. Bref, bien du pain sur la planche pour le monteur, qui a élu domicile dans la Petite Italie en août dernier.

«Ce que j'aime de travailler à Montréal, c'est qu'on est un peu sous le radar d'Hollywood, dit Walker, qui habite Los Angeles depuis 2012. C'est un processus plus secret.»

«On peut prendre des risques, faire des erreurs et les corriger nous-mêmes, sans avoir l'impression qu'on nous surveille constamment au-dessus de l'épaule.»

À Montréal, Walker a aussi l'occasion de collaborer avec plusieurs entreprises spécialisées dans les effets visuels de renommée internationale, parmi lesquelles Hybride, Fly et Oblique, dont l'expertise a été mise à profit sur Sicario. S'il préfère être le seul capitaine du montage, il coordonne son travail avec une vingtaine de personnes, ici à Montréal, mais également à Los Angeles, en Nouvelle-Zélande ou encore à Berlin (le réputé compositeur Johann Johannsson, qui était lui aussi de l'aventure Sicario).

«On essaie de conserver un esprit indie, tout en travaillant avec les moyens de nos ambitions. Ce sera certainement encore plus le cas avec Blade Runner», dit Walker, qui sera du prochain projet, très attendu, de Denis Villeneuve. L'occasion de tenter de lui soutirer quelques infos sur la suite du film culte de Ridley Scott, qui date de 1982. «Sincèrement, tu en sais probablement plus que moi sur Blade Runner 2!» Meilleure chance la prochaine fois...

Essentielle complicité

Le tournage de Blade Runner 2 doit commencer en juillet, dans le plus grand secret. Harrison Ford reprend son rôle de Rick Deckard. Ryan Gosling, Robin Wright et Dave Bautista sont aussi de l'affiche. La sortie en salle est pour l'instant prévue en janvier 2018. On a appris la semaine dernière qu'une suite de Sicario est aussi prévue, avec les mêmes acteurs, même si la présence de Denis Villeneuve, très sollicité, n'est pas encore confirmée. «On verra bien ce que l'avenir nous réserve!», me dit Joe Walker, sibyllin.

C'est en voyant Incendies à Londres, sa ville natale, que Joe Walker a découvert Denis Villeneuve. «J'ai été très ému par le film, qui est magnifique. Puis j'ai vu Prisoners avec ma fille et nous sommes sortis du cinéma avec le coeur qui débattait. J'ai dit à mon agent que je voulais travailler avec lui.»

Le montage est névralgique dans le processus de création d'un long métrage. Il est perçu avec raison comme une dernière réécriture du scénario. Un monteur peut faire ou défaire un film, et certainement le bonifier. Aussi, la complicité entre un réalisateur et un monteur est essentielle à la réussite d'un projet.

Joe Walker a travaillé sur les trois premiers - et excellents - films de Steve McQueen: Hunger, Shame et 12 Years a Slave. «La salle de montage est devenue un deuxième lieu de création avec Steve, dit Walker. Une alchimie s'est produite entre nous. Nous avons un peu le même héritage. Nous venons du même coin de Londres, près des studios Ealing. Nous avons fréquenté la même bibliothèque quand nous étions jeunes, où il y avait des disques de Keith Jarrett et des documentaires d'art sur Messiaen.»

Son désir de développer le même type de rapport avec Denis Villeneuve est manifeste. «J'ai fait trois films dont je suis très fier avec Steve, mais il était temps d'établir une nouvelle relation forte avec un cinéaste. L'une des raisons pour lesquelles je suis venu en Amérique du Nord était de pouvoir travailler sur ce genre de films. J'étais à Londres et j'avais envie de nouveaux défis. J'ai fait beaucoup de films à petits budgets, de 10 millions et moins, qui avaient peu de rayonnement. Il était temps pour moi de passer à autre chose.»

Diplômé en musique, Joe Walker a travaillé comme compositeur, notamment pour la télévision, pendant plusieurs années tout en faisant ses classes dans les salles de montage de la BBC. «Je monte comme un compositeur, dit-il. C'est comme une partition. On a monté plusieurs séquences de Sicario sans le son avec Denis. C'est une chose qui me fascine: utiliser les dialogues comme des effets sonores et me laisser guider par le rythme des images. Je m'en sers comme un compositeur se sert d'instruments. Dans le fond, je suis un compositeur qui s'est trompé de porte dans un corridor, et qui s'y est plu assez pour y rester.»

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