Maïwenn: mal à l'amour

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(Paris) Le cinéma de Maïwenn enchante les uns et enrage les autres. Il provoque même parfois les deux effets auprès d'un seul et même spectateur. La réalisatrice le sait bien. Parce que ses films correspondent à sa nature.

Quand elle arrive sur le plateau d'un film qu'elle réalise - Mon roi est son quatrième long métrage - Maïwenn n'a que faire de son image. Ni même de sa féminité.

«Ce sont mes hormones masculines qui ressortent à ce moment-là! a-t-elle lancé lors d'une rencontre de presse tenue à Paris il y a quelques mois. Je ne suis alors pas du tout dans un mode de séduction. Toute mon énergie est concentrée sur le film. Je ne me préoccupe de rien d'autre, ni de quoi j'ai l'air, ni de mon haleine, ni de ma coiffure, rien. Mon rôle est de rassurer et de poser un regard amoureux sur les acteurs. À la fin d'un tournage, je suis épuisée, car je n'ai pas senti de féminité en moi pendant des mois!»

Autrement dit, son travail de cinéaste n'a pratiquement plus rien à voir avec son métier d'actrice, même si, parfois, elle a porté les deux chapeaux dans ses films précédents.

«Quand je joue dans le film d'un autre, c'est tout le contraire, explique-t-elle. J'aime alors séduire et être séduite, me sentir aimée et regardée. Ma féminité est exaltée. Nous avons tous cette dualité en nous, j'imagine. On a besoin de se sentir viril à un moment donné et féminine à un autre.»

Une actrice qui doute

Une chose est sûre, rares sont les spectateurs qui restent tièdes devant l'un de ses films. On adore ou on déteste, c'est selon. Après Pardonnez-moi, un premier long métrage qui empruntait la forme d'une thérapie sur grand écran, et Le bal des actrices, Maïwenn a été vraiment reconnue à titre de cinéaste grâce à Polisse. Il y a cinq ans, cet excellent film lui avait d'ailleurs valu le Prix du jury au Festival de Cannes. 

La réalisatrice était de retour sur la Croisette l'an dernier. Mon roi n'a pas fait l'unanimité - loin de là - mais il a valu à l'actrice principale du film, Emmanuelle Bercot, le Prix d'interprétation féminine (ex aequo avec Rooney Mara pour Carol). Il est vrai que face à Vincent Cassel, la comédienne, aussi cinéaste (La tête haute devrait bientôt gagner nos écrans), offre une performance aussi incandescente qu'épuisante. Le tournage de Mon roi fut d'ailleurs marqué par le doute qu'éprouvait Emmanuelle Bercot du fait de sa simple présence.

«Quand Emmanuelle me demandait pourquoi je l'avais choisie, je lui répondais que le fait qu'elle pense ne pas être la bonne actrice pour le rôle était exactement la raison pour laquelle j'ai été attirée vers elle, fait remarquer Maïwenn. C'est irrationnel. J'avais besoin d'une actrice peu connue, qu'on n'associe pas au glamour. Mon désir s'est arrêté sur quelqu'un qui ne sait pas pourquoi un homme comme lui tombe amoureux d'elle.»

Les comédiens Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel discutent... (PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE) - image 2.0

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Les comédiens Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel discutent avec la réalisatrice Maïwenn lors du tournage de Mon roi.

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

Cet «homme comme lui» est interprété par Vincent Cassel, bien sûr. Son personnage - mari de la dame pendant 10 ans - est charmeur, enjôleur, coureur de jupons, souvent de mauvaise foi. 

«L'amour est la pire des maladies, même si c'est très beau dans les contes de fées!»

De son côté, elle est un peu beaucoup hésitante, sanguine, et pète souvent les plombs. Ils ne peuvent se passer l'un de l'autre, mais ne peuvent vivre ensemble non plus. On suivra l'évolution d'une relation amoureuse passionnée à travers les souvenirs de cette femme qui, à la suite d'un accident de ski, doit passer quelques semaines dans un centre de rééducation.

À l'écoute des acteurs

Lors d'une conférence de presse tenue à Cannes l'an dernier, Maïwenn expliquait que pour capter de vrais moments de vérité, elle laisse les acteurs jouer une scène pendant longtemps - 25 minutes parfois - sans jamais dire «coupez». Elle leur parle aussi pendant la scène et leur demande souvent d'improviser. Interrogée de nouveau sur sa méthode, la réalisatrice tient à préciser qu'une improvisation est quand même très préparée.

«L'élément le plus important pour moi sur un plateau, c'est le son, explique-t-elle. Le naturel - mes films sont naturalistes -, c'est dans les oreilles que ça se passe. Quand je sens que les acteurs ne s'écoutent plus, qu'ils ne font que balancer leur texte, je ne suis pas heureuse. Je préfère quand même tirer d'eux des choses plus spontanées et tourner la scène sans qu'on se soucie des répliques. Cela les oblige à s'écouter vraiment. C'est mon obsession. Les acteurs ont parfois tendance à penser que s'ils écoutent sans rien dire, ils ne sont pas intéressants. Ils doivent se faire confiance.»

La réalisatrice est par ailleurs bien consciente que cette autopsie d'un couple hyper survoltée, pleine de bruit et de fureur, risque de provoquer des réactions épidermiques.

«Tous mes films sont hystériques, reconnaît-elle. Peut-être est-ce ma façon de m'exprimer. Peut-être le suis-je moi-même aussi. Mais la façon dont le spectateur perçoit le film en révèle aussi beaucoup sur lui-même. Jusqu'où est-on prêt à aller pour vivre une histoire d'amour? Quelle est la limite? La passion amoureuse m'intéresse. Je souhaite que le spectateur se projette dans l'histoire. Après, le film ne m'appartient plus.»

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Mon roi prendra l'affiche le 15 avril.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

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