Un paradis pour tous: basses oeuvres

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Un paradis pour tous met en scène un seul acteur, ou presque, Stéphane Crête, qui incarne une trentaine de personnages.

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Mario Cloutier

Le 16e film de Robert Morin traite du mauvais goût, celui des riches sans scrupule, notamment. Et sur tous les tons, du clin d'oeil amusé au plus vulgaire cliché.

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L’esthétique d'Un paradis pour tous, de Robert Morin, comprend sa part de mauvais goût par rapport au vocabulaire habituel du cinéaste. Les champs-contrechamps abondent, les faux raccords et les faux effets visuels aussi. 

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Après avoir mis des bottes de pêcheur pour tourner dans un sous-sol inondé avec Le problème d'infiltration (en montage), Robert Morin descend encore plus bas, entre les latrines et les égouts, avec Un paradis pour tous.

Blague de mauvais goût, dites-vous ? Attendez de voir le film.

Petit long métrage de 76 minutes tourné avec une équipe de quatre personnes et 120 000 $, Un paradis pour tous met en scène un seul acteur, ou presque, Stéphane Crête, qui incarne une trentaine de personnages.

Il est Buster, un enquêteur défroqué du ministère du Revenu, qui explique aux spectateurs comment éviter le fisc. Et aussi une foule de personnages douteux, voire scabreux, évoluant dans les paradis fiscaux. 

« Robert aime aller dans les zones ni confortables ni politiquement correctes, décrit Stéphane Crête. J'aime aussi aller dans des scènes difficiles, plus costaudes que "veux-tu un autre café ?" Avec Robert, c'est jamais tout noir ou tout blanc. Mais peu importe le genre de mauvais goût que l'on pratique, il n'y a rien de plus indécent que les fonds dilapidés en évitement fiscal. »

GUÉRILLA

Un paradis pour tous est carrément un « film de guérilla », dit-il. Sans fusil, mais avec de l'humour acéré, gluant, méchant parfois. Et très peu de moyens. 

« J'étais seul à chaque fois pour faire chaque personnage, dit-il. On ne savait pas si le rythme était bon et si le ton était juste. C'était un vrai saut dans le vide. En termes de jeu, tout le film reposait sur moi. Buster est le straight man tandis que les autres tombent dans toutes sortes de styles de jeu. »

On y voit des clins d'oeil à Louis de Funès, au style Beaux dimanches de Radio-Canada, des ressemblances avec le Michel Côté de Cruising Bar autant que de vrais laids faux seins à la Dolly Parton. 

« C'était très low tech. Exemple : on me maquille, je trouve la façon de jouer, vite on tourne, et une heure après, c'est terminé, on passe à un autre personnage. »

- Stéphane Crête

Fan de Robert Morin, l'acteur s'est prêté à ce jeu en y apportant son grain de sel exotique, lui qui arrivait d'une année sabbatique.

« Je suis parti seul en Westfalia pendant cinq mois jusqu'en Amérique centrale. J'avais faim de nature. Je commence à être fatigué de la ville. Je reprends du service avec une perspective différente. »

On verra Stéphane Crête en policier dans la série Séquelles à Séries+. Il sera aussi du prochain spectacle d'Olivier Choinière au théâtre. 

TOURNAGE

Devant cet artiste caméléon, on imagine fort bien un Robert Morin hilare lors du tournage. 

« J'ai jamais autant ri en tournage, dit le cinéaste. On est devenus deux p'tits culs qui font ce qui dérange les gens. On s'est tout permis. L'idée, c'était de faire un film de polyvalente. Moi, je faisais de la peinture à l'époque pendant que mes amis tournaient avec la caméra super 8 de leur père. »

Le tournage d'Un paradis pour tous aura duré plus d'un an au gré des disponibilités de chacun. 

« J'étais à Berlin et Stéphane en France ; alors, on s'est rencontrés pour tourner à Genève, raconte Morin. On est allés en Floride pour imiter les Bahamas. Un ami ayant un bateau là-bas a fait des images ; un autre à Calgary en a fait aussi. Tout le reste a été fait à Montréal prétendant qu'on était ailleurs. À la bonne franquette. »

TOUS LES MAUVAIS GOÛTS

En toute logique morinienne, l'esthétique du film comprend sa part de mauvais goût par rapport au vocabulaire habituel du cinéaste. Les champs-contrechamps abondent, les faux raccords et les faux effets visuels aussi. 

Face à ce cinéma pauvre, les basses oeuvres, aux yeux de Robert Morin, restent les magouilles des riches.

« On est dans un monde de rectitude politique où on s'attaque aux gens qui font des black faces ou disent des stéréotypes sur les Juifs, les Arabes et les Chinois, alors que le mauvais goût suprême, c'est de ne pas donner à un pays l'argent que tu lui dois. Le pays qui te soutient et te fait vivre. C'est d'un mauvais goût total. Le mauvais goût, c'est légal, mais c'est beaucoup plus dommageable à une société que de porter des shorts roses quand tu es gros. Le vrai mauvais goût n'est pas celui qu'on pense. Il est fiscal. »

Un paradis pour tous prend l'affiche le 1er avril.

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