The Witch: il était une fois la sorcière, la vraie...

Anya Taylor-Joy dans le film The Witch.... (Photo fournie par A24/Remstar)

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Anya Taylor-Joy dans le film The Witch.

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Sonia Sarfati
La Presse

Grandir en Nouvelle-Angleterre, c'est baigner dans un passé toujours très présent. Vivre à proximité de cimetières abandonnés, de fermes aux abords inquiétants. S'imprégner de ces pages de folklore, de mythe et de contes écrites là. Sinon vécues. Et toujours vivantes. Surtout lorsqu'elles vous interpellent, vous fascinent. Vous inspirent.

Ainsi le cinéaste Robert Eggers, qui allait parfois passer l'Halloween à Salem, évoque-t-il les lieux de son enfance.

Et soudain, on comprend. On comprend The Witch, son sublime premier long métrage. L'horreur et la poésie y marchent main dans la main, la cruauté et la beauté aussi. Le normal et le surnaturel y sont si étroitement enlacés qu'il est impossible de les séparer.

« Je voulais mettre sur pellicule un cauchemar de puritain et le télécharger dans le cerveau des spectateurs », résumait, lors de l'entrevue téléphonique qu'il a accordée à La Presse, celui qui s'était jusqu'ici fait un nom comme directeur artistique de théâtre.

The Witch, donc, se déroule en 1630 - quelque 60 ans avant les événements qui ont secoué Salem - alors qu'une famille de puritains récemment arrivée d'Angleterre est bannie de sa communauté. William (Ralph Ineson), Katherine (Kate Dickie) et leurs cinq enfants repartent à zéro. S'installent à l'orée d'une forêt dense, sombre. Où le sort les frappera de nouveau : Samuel, le bébé, disparaît. Négligence de Thomassin (Anya Taylor-Joy), qui veillait sur lui ?

Ou le bois abrite-t-il vraiment, comme le veut la rumeur, des créatures sataniques qui se seraient emparées de l'enfant pas encore baptisé ?

Douleur. Accusations. Hystérie. Crescendo dans le malheur. Spirale dans la folie. Et une ambivalence voulue par le cinéaste. Horreur ou délire religieux ? Réalité ou cauchemar ?

«Je voulais créer une histoire d'horreur archétypale de la Nouvelle-Angleterre.»

Le cinéaste Robert Eggers
Le cinéaste Robert Eggers... (Photo Chris Pizzello, archives Associated Press) - image 3.0

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Le cinéaste Robert Eggers

Photo Chris Pizzello, archives Associated Press

Pour parvenir à ses fins, il a creusé du côté sombre de la sorcière : « Quand on pense aux sorcières de cette époque, on pense surtout à ces femmes qui soignaient par les plantes et ont été persécutées. Ce n'est pas d'elles que je voulais parler, mais de celles qui incarnent les peurs et les fantasmes des hommes envers les femmes, mais aussi les peurs et les fantasmes des femmes face à la maternité dans une société dominée par les hommes. »

Une fois cette décision prise, cet angle trouvé, il a consacré - entre deux projets de théâtre - cinq années à The Witch. La plus grande partie, à la recherche et à l'écriture d'un scénario qui mettrait de l'avant l'anglais châtié que parlaient ces dévots. Robert Eggers l'a « trouvé » dans des textes d'époque et l'a fait valider par des historiens. Faisant preuve d'un souci du détail qui habite l'oeuvre à tous les niveaux.

PARTOUT, L'HORREUR

Ce qui explique que l'horreur, quand elle s'insinue dans le récit, se fait très incarnée, réelle. Plausible. Et elle s'impose partout.

Dans les jeux d'ombre et de lumière : « Jarin Blaschke, le directeur photo, sait sculpter la lumière. Nous avons travaillé avec l'éclairage naturel, sauf dans les extérieurs de nuit. À l'intérieur, nous avons utilisé des chandelles à triple mèche. »

Dans la trame sonore atonale et aux dissonances étudiées : « Je tenais à n'avoir que des instruments du XVIIe siècle et, au départ, je ne voulais aucune voix humaine. Mark Korven, le compositeur, m'a convaincu de la pertinence d'un choeur de femmes dans certaines scènes et il avait raison. »

Dans les ruades de Black Phillip, le bouc noir (vraiment flippant) : « Ç'a été l'expérience la plus difficile de ma vie. Une fois le tournage terminé, à cause de lui, je n'étais même pas sûr qu'on avait un film. Je ne le blâme pas de se ficher de mon film... mais il s'en fichait vraiment ! »

Enfin, sur le visage d'Anya Taylor-Joy, ici, ouvert et serein, là, troublé et troublant : « Peu importe comment vous dirigez la caméra sur son visage, il est impossible de savoir ce qu'elle pense, mais vous avez envie de savoir », fait le cinéaste, qui a « protégé » de l'horreur les enfants plus jeunes de la production, en coupant leurs scènes par le menu - « Ici, tu respires fort ; là, tu ouvres grand les yeux ; là, tu ouvres la bouche » et en leur donnant « une idée très "disneyenne" de ce que le film était ».

Bref, devant tant de minutie dans le contenant et le contenu, de passion pour le réalisme et la vraie obscurité de l'âme, on ne s'étonne pas que Robert Eggers, à qui vient d'être confié le remake de Nosferatu, avoue ne pas être un grand amateur des films d'horreur contemporains : « Je préfère explorer quelque chose de plus ancien, la noirceur de l'humanité, plutôt que de faire sursauter en allumant brusquement une lampe de poche et détaler en riant. »

Ses influences s'appellent Kubrick (The Shining), Bergman (Cris et chuchotements). Elles s'ancrent dans les illustrations de contes signées Arthur Rackham et Edmond Dulac, dans les toiles de Goya. Autant d'oeuvres qui parlent aux tripes. Comme The Witch.

The Witch (La sorcière) est présentement à l'affiche.

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