Tree Man : l'homme qui vendait des arbres

Chaque mois de novembre, François quitte ses Laurentides... (Photo Juan Proll, collaboration spéciale)

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Chaque mois de novembre, François quitte ses Laurentides pour construire un village de Noël et vendre des sapins sur Broadway à New York.

Photo Juan Proll, collaboration spéciale

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(New York) «Ici, on est un happiness factory, lance François, vendeur de sapins montréalais et star de Tree Man, plus récent film des documentaristes new-yorkais Jon Reiner et Brad Rothchild. La Presse est allée à la rencontre du sympathique commerçant à l'accent québécois bien assumé, dans son «village de Noël» devenu une institution rue Broadway, à l'angle de la 102e Rue.

«Ostie, ici, tout le monde tripe! Happy Holidays!», lâche le grégaire père Noël honorifique de l'Upper West Side qui, entre ses sapins, ses sculptures de rennes et ses couronnes, a inséré des exemplaires de DVD du film Tree Man à vendre ainsi qu'un écran pour les projections. Pendant notre interview - l'une des nombreuses qu'il a accordées ces derniers jours! -, ses assistants Nelson et Jason s'occupent des clients.

«Je les adore. Je les appelle mes p'tits gars», indique François, qui est devenu un mentor pour les deux jeunes employés portoricains. Ces derniers, depuis quatre ans, l'aident à scier les troncs, emballer les sapins et les livrer sur demande.

Le New York Times, Fox News, le New York Post, entre autres, se sont intéressés depuis quelques jours au destin de François, «migrant venu du Nord». Dans Tree Man, on voit François filmé auprès de sa jeune famille dans son chalet des Laurentides, avant de faire ses adieux et de prendre la route vers New York, sur une trame sonore comprenant des musiques de Loudon Wainwright III, Laurie Berkner et Erik Della Penna.

Les instants familiaux se passent sur Skype, pendant les cinq semaines annuelles où François gagne sa vie sur le trottoir de Broadway, côtoyant les grincheux, les dames à caniche, les étudiants de Columbia, les promeneurs de chiens excentriques... Tree Man nous rend aussi témoin de son amitié de la première heure avec Jill Chase, résidante juive du quartier et survivante de l'Holocauste qui, chaque année, lui donne les clés de son appartement pour qu'il puisse se doucher.

«Jon Reiner et sa femme sont mes clients depuis une dizaine d'années. Il est juif, sa femme est chrétienne, et ils s'arrangent pour célébrer toutes les fêtes de l'un et de l'autre. Ils sont une des petites familles merveilleuses qui viennent me voir chaque année: on chante, on danse, on a du fun! Une année, pendant la crise économique de 2008, je crois, les choses n'allaient pas très bien pour Jon financièrement. Il a donc décidé d'acheter son arbre dans un deli. L'arbre n'était pas de bonne qualité, le gars à la caisse était un peu grincheux, il n'avait pas beaucoup de plaisir. Au moment de payer l'arbre, il a regardé le gars et lui a dit «désolé, je ne suis pas capable!» et lui a offert 10 $ de compensation pour son temps et est revenu me voir...»

La suite, digne d'un conte de Noël, est donc Tree Man, projet qui a coûté 100 000 $ et s'est finalement concrétisé grâce à une collecte sur Kickstarter en 2013, et dont la vie se prolonge dans plusieurs festivals.

«Je veux des sourires»

En visionnant Tree Man, on rencontre aussi plusieurs commerçants saisonniers de sapins qui, chaque année, partent du Québec, du Nouveau-Brunswick ou du Vermont et élisent domicile sur les trottoirs de la Grosse Pomme. Pendant les cinq semaines de la saison des sapins, plusieurs travaillent 20 heures par jour, bravent le froid et l'humidité et trouvent à se loger comme ils le peuvent dans cette ville où le coût de la vie est prohibitif.

François, lui, dort dans sa wagonnette baptisée Elvis installée au fond du «village Noël» qu'il construit de ses propres mains, chaque mois de novembre.

«Aux grincheux qui arrivent ici, moi, je dis: "Écoutez, là, on a [le] choix: soit vous prenez vos cliques pis vos claques, pis vous partez, soit on a du fun à choisir un arbre. Je veux des sourires, je veux qu'on ait du fun!"»

Chose certaine, ce «Crazy French Man» qui égaie le quartier avec son rire chaleureux, ses blagues saisonnières («vous cherchez un sapin qui parle français ou anglais?») et son sens de la communauté est à l'aise comme un bûcheron dans les bois avec la faune new-yorkaise. Celle-ci retrouve chez lui la nostalgie du rituel saisonnier qui tend à s'effriter, dans une ville où le rythme est effarant.

Curieusement, la projection du film au dernier Festival des films du monde est passée inaperçue, de sorte que le film ne peut pas encore être vu au Québec. En attendant, Tree Man poursuit sa percée dans les festivals de films indépendants, donc le DOC NYC en novembre dernier, où François s'est prêté à une rencontre avec le public.

«Le plus difficile pour moi, c'est de savoir que j'ai vendu des milliers d'arbres à des centaines de familles, mais je n'ai jamais acheté de sapin pour la mienne. Quand je vois les gens marcher vers l'école le matin, avec leurs enfants, ça me fait mal.»

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