Nelly: quatre femmes pour une Nelly

Mylène Mackay incarne l'écrivaine Nelly Arcan dans le... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Mylène Mackay incarne l'écrivaine Nelly Arcan dans le film de la réalisatrice Anne Émond (à gauche), produit par Nicole Robert (à droite).

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Sonia Sarfati
La Presse

Elles étaient quatre filles autour du comptoir de cuisine d'un appartement de la rue Saint-Zotique. Superbes. Moulées de peu. Sexy. «T'as un super beau top.» «Oh, my God, tes cheveux!» «Nice, tes sandales.» Plus tard, elles parleront de leurs clients. Pas la langue dans leur poche, les belles.

«Vous revenez d'un 5 à 7, vous êtes déjà un peu saoules. Et vous êtes là pour boire, manger du spaghetti pis avoir du fun.» C'est Anne Émond qui parle à présent. Donne des directives, claires, à Catherine Brunet, Audrey-Ann Tremblay et Leila Louchem - qui incarnent trois escortes et amies de celle qui les reçoit, interprétée par Mylène Mackay.

Laquelle, hier, se glissait dans la peau de Cynthia. L'un des quatre visages? Des quatre personnalités? Des quatre facettes de la figure centrale de Nelly, la biographie-pas-classique qu'a écrite et que dirige la réalisatrice de Nuit #1 et Les êtres chers sur Nelly Arcan.

La Presse en a visité le plateau, hier, en cette 11e journée d'un tournage qui en durera 29 (dont deux à Paris). Et a rencontré quatre des femmes qui sont à l'origine ou au service de ce projet que le public découvrira quelque part en 2016. Bribes de conversation.

Nicole Robert, productrice

Nicole Robert devait produire l'adaptation cinématographique de Putain. Le projet avait été annoncé au printemps 2004, le tournage devait débuter à l'automne 2005. François Létourneau avait été attaché au projet à titre de scénariste, Nelly Arcan serait à ses côtés. Il y a eu désistement, essais et (peut-être) erreurs. Le projet n'a jamais vu le jour. 

Mais Nicole Robert sentait un genre de dette envers la romancière. L'idée d'une biographie filmée lui a été suggérée par un voisin de celle qui s'est donné la mort en septembre 2009 à l'âge de 36 ans.

«Sa suggestion est restée en moi. Mais il me fallait quelqu'un à qui confier cette idée, ce projet. J'avais rencontré Anne Émond au moment de la sortie de Nuit #1 et je lui avais dit que je voulais travailler avec elle un jour.» La productrice ignorait alors que le jour du suicide de l'auteure de Folle, la réalisatrice avait ouvert un fichier dans son ordinateur. Appelé Nelly. Pour un jour, qui sait...

Bref, il y a eu rencontre vraie. Accouchant d'un projet qui a déboulé. Nicole Robert a parlé avec la famille, les proches, les amis, les ayants droit de Nelly Arcan. A obtenu les droits nécessaires. Et un budget d'un peu plus de 4 millions. Silence, on tourne!

Anne Émond, réalisatrice

Quand elle pense biographie filmée, Anne Émond pense à Last Days sur Kurt Cobain ou à I'm Not There sur Bob Dylan plus qu'au biopic classique. On ne s'étonnera pas que son scénario portant sur la vie de l'auteure de Putain n'emprunte pas les voies conventionnelles du genre. Nelly ne s'y appelle Nelly que dans sa personnalité «écrivain». Elle est Marilyn dans sa phase star. L'amoureuse sera Amy. Cynthia, l'escorte.

Quatre femmes, quatre prénoms avec Y. Comme le chromosome masculin, dans cette vie, cette oeuvre et cette mort placées sous le signe du paradoxe féminin? Il y aura sûrement beaucoup à décrypter dans ce Nelly (qui est d'ailleurs un titre de travail).

«Je ne sais pas si c'est ce que les gens attendent et comment ce sera reçu, je vis avec cette angoisse-là, mais pour moi, c'était la manière la plus respectueuse et la plus intelligente de raconter quelqu'un d'aussi complexe et qui est décédé il y a si peu de temps», fait la réalisatrice qui a terminé la semaine dernière de tourner le volet Marilyn et qui fera, plus tard cette semaine, un court détour par Isabelle.

Isabelle. Le véritable prénom de Nelly. Ici présentée, brièvement, à cette période charnière qu'est l'adolescence. La seule que n'interprète pas celle qui est chargée de toutes les autres Nelly. Mylène Mackay. Que la réalisatrice voit aller avec bonheur. Choisir sa tête d'affiche est une chose. 

«Mais jusqu'au moment du début du tournage, il y a des doutes. Maintenant, je suis rassurée. Elle a tout, en elle, pour jouer ces quatre personnages. Elle est sexy, elle est frondeuse, elle est fragile, elle est intelligente. Elle est formidable.»

Mylène Mackay, actrice

Crinière longue, longiligne, moulée de pâle, elle est magnifique en Cynthia, Mylène Mackay. Magnifique, mais complètement différente de celle qu'elle était la semaine dernière. Marilyn. La chevelure avait été pâlie. La silhouette, arrondie. 

«Le compliment ultime, ce serait que les gens pensent que des actrices différentes incarnent les quatre personnages», dit en souriant la comédienne qui a, elle aussi, connu sa part de doutes.

Obtenir le(s) rôle(s), yé! Mais les jouer. Être de toutes les scènes. Expérience intense. Très. C'est ce qu'il lui fallait, en fait. «C'est un plongeon total, il faut le faire, c'est tout. Je suis tellement imbibée par le personnage, le travail, le rythme que... c'est très particulier, mais je ne suis pas nerveuse.»

Peut-être parce que sa jeune carrière l'avait préparée à Nelly. Dont elle connaît très bien l'oeuvre, qu'elle a plus ou moins directement côtoyée à travers son travail personnel avec sa compagnie de théâtre Bye Bye Princesse: à travers des pièces comme ELLES XXx, elle a en effet abordé des thèmes comme «la compétition féminine, l'obsession de la beauté et de la perfection». Bref, ce paradoxe féminin qui est/était au coeur (des romans) de Nelly Arcan.

Sylvie Drapeau, actrice

Sylvie Drapeau était à quelques heures de la générale de Ce que nous avons fait (Théâtre d'Aujourd'hui) et même si sa participation à Nelly consiste en quatre jours de tournage, elle a répondu à l'appel de la production. Parler de ce projet spécial, elle est pour.

«J'ai été éblouie par le scénario», fait celle qui interprète Suzanne, la gérante de Marilyn. Incursion, ici, dans «l'univers glamour et les affres de la réalité que Nelly Arcan a connues en compagnie des riches et célèbres». Nelly Arcan qu'elle n'a croisée qu'une fois, au restaurant, remarquant «sa très grande beauté».

Mais celle qui a bouleversé le Québec dans la peau d'Henriette de Lorimier du 15 février 1839 de Pierre Falardeau n'a jamais pu lire l'oeuvre de la belle. 

«Je ne me suis pas rendue au bout de Putain. C'était trop autodestructeur. J'ai compris la démarche, vu la qualité d'écriture, mais je ne pouvais pas aller dans cet univers.» Pas sur papier. Mais y entrer sur pellicule, elle n'a pas hésité tant est grande l'importance de cette femme - qu'elle soit dite Cynthia, Amy, Marilyn. Ou Nelly.

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