Dancing Arabs: le peuple invisible

Un élève arabe et une camarade de classe... (Photo fournie par Strand Releasing/Métropole)

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Un élève arabe et une camarade de classe juive vivent une histoire d'amour à l'insu de leurs parents respectifs.

Photo fournie par Strand Releasing/Métropole

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Les Arabes israéliens, ou Palestiniens d'Israël, comptent pour 20 % de la population israélienne. Quelque 1,6 million de citoyens plus ou moins ignorés par la majorité juive depuis la création de l'État hébreu en 1948. C'est à leur sort que s'intéresse le cinéaste israélien Eran Riklis dans son plus récent film, Dancing Arabs.

Scénarisé par le journaliste palestinien israélien Sayed Kashua, d'après deux de ses romans autobiographiques, Dancing Arabs raconte l'histoire d'Iyad, un jeune élève doué qui quitte son village à l'ouest de la Cisjordanie au début des années 90 pour étudier dans un collège réputé de Jérusalem, où il est le seul Arabe. Il y tombera amoureux d'une camarade de classe juive, à l'insu de leurs parents respectifs, et deviendra le meilleur ami d'un jeune élève juif atteint d'une grave maladie dégénérative.

«C'est une histoire atypique, qui se passe en deux temps: l'enfance et la fin de l'adolescence. C'est un récit inspiré d'une expérience personnelle qui est à la fois réaliste et tiré d'une fantaisie poétique», explique en entrevue téléphonique Eran Riklis, réalisateur de La fiancée syrienne, grand lauréat au Festival des films du monde en 2004.

Dancing Arabs se déroule entre 1982, à l'époque de la guerre au Liban, et 1991, au moment de l'attaque américaine en Irak et de la riposte de Saddam Hussein. L'espoir de certains Arabes israéliens que le dictateur irakien puisse faire plier les États-Unis a inspiré le titre du film, illustration d'Arabes «dansant» en voyant des missiles irakiens menacer Tel-Aviv.

«La guerre du Liban a été pour Israël ce que le Viêtnam a été pour les États-Unis, croit Eran Riklis. On s'y est enlisé, sans vraiment savoir pourquoi. Beaucoup de Palestiniens sont devenus réfugiés, et ceux qui sont restés en Israël sont devenus des citoyens israéliens. Ils sont 1,6 million, mais ils sont invisibles chez nous. Pourtant, on ne peut les ignorer.»

Jeter des ponts

C'est pour jeter un pont entre les communautés juive et arabe que le cinéaste de 60 ans fait des films, de son propre aveu. Le fossé entre Palestiniens et Israéliens ne cesse pourtant de se creuser. La projection en plein air de Dancing Arabs, l'été dernier au Festival de Jérusalem, a d'ailleurs dû être annulée au dernier moment en raison du conflit à Gaza.

«C'est un sujet délicat et très émotif en Israël, souligne Eran Riklis. La plupart de mes films traitent du conflit israélo-palestinien, mais celui-ci l'aborde de manière plus intime. Les Juifs ont souvent fait partie de minorités qui ont souffert. Il y a eu des persécutions de toutes sortes, sans compter l'Holocauste. Mais parfois, les minoritaires deviennent majoritaires et le contexte change.»

Le début de son film aurait pu être campé n'importe où, dit Riklis, dans n'importe quelle famille, aux États-Unis, en Chine ou en Italie à l'époque de Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore (que Dancing Arabs évoque à certains égards). 

«Le cinéma est un langage universel. Mais j'ai voulu conserver à l'écran l'authenticité des valeurs des Arabes israéliens, pour briser les barrières. C'était important pour moi que le personnage principal soit sympathique, que l'on s'attache à lui. Il était mon arme pour combattre les préjugés.»

Dancing Arabs s'intéresse à l'identité, à ce que l'on retient du passé, au chemin parcouru et à celui que l'on veut emprunter pour les années à venir. «Je me suis posé beaucoup de questions sur ce que cela signifie d'être une minorité. C'est une question universelle que se posent beaucoup de peuples. J'ai tenté d'appréhender cette histoire de plusieurs points de vue», dit Eran Riklis, qui est né à Jérusalem, mais a vécu les deux premières années de sa vie à Montréal, où son père faisait un doctorat à l'Université McGill.

Le cinéaste, qui a aussi vécu aux États-Unis et au Brésil, trace un parallèle entre la situation des Arabes israéliens et celle des Noirs aux États-Unis. 

«Les tensions actuelles aux États-Unis peuvent nous faire oublier que les choses ont évolué, qu'un président noir dirige pour la première fois le pays. En Israël, c'est pareil. Évidemment que ça fait des siècles que le conflit perdure, mais les choses évoluent. Malheureusement, la mémoire humaine est courte. On me demande parfois si je suis las de livrer le même message dans mes films. Non. Les gens oublient!»

Optimiste malgré tout

S'il reste lucide vis-à-vis de la complexité inextricable du conflit au Moyen-Orient, et préoccupé par la reprise des hostilités entre Israël et les territoires occupés, Eran Riklis demeure malgré tout optimiste.

«Il y a évidemment des nouvelles terribles et de l'injustice tous les jours dans ce pays, dit-il. Mais il y a aussi des histoires plus joyeuses. Lorsqu'on est pessimiste, on n'a plus grand-chose à dire. Le Moyen-Orient est toujours aussi complexe, mais au moins, les gens continuent de discuter. Mon film parle d'une histoire d'amour entre un Palestinien et une Israélienne, et d'une amitié profonde entre un musulman et un juif. Il a été scénarisé par un Arabe, réalisé par un Juif, avec des acteurs palestiniens et israéliens. Il y a de l'espoir. C'est un cliché, mais demain est un autre jour...»

Dancing Arabs prend l'affiche le 15 mai.

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