Paddington: au bonheur des ours

Le long métrage, produit par l'homme derrière les Harry... (Photo The Weinstein Company/AP)

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Le long métrage, produit par l'homme derrière les Harry Potter, prend racine dans la mythologie créée par Michael Bond qui, en 1958, a lancé A Bear Called Paddington.

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Sonia Sarfati
La Presse

(LOS ANGELES) Oh, pour tourner, ils ont tourné! Mais pas comme des ours en cage, bien au contraire, si l'on se fie à l'atmosphère détendue qui régnait lors de la conférence de presse réunissant, à Los Angeles, quelques-uns des artisans de Paddington: le producteur David Heyman, le réalisateur Paul King, Nicole Kidman - qui incarne une méchante taxidermiste dont le grand rêve est d'empailler l'ourson bien-aimé - et Sally Hawkins qui, en bonne mère adoptive, fera tout pour protéger l'animal.

Le long métrage, produit par l'homme derrière les Harry Potter, prend racine dans la mythologie créée par Michael Bond qui, en 1958, a lancé A Bear Called Paddington. Le livre fut suivi de plus d'une vingtaine d'autres, tant l'ourson né au Pérou profond, portant chapeau rouge et duffle-coat bleu, est devenu populaire.

Les origines (véritables!) de Paddington et son arrivée à Londres étaient mentionnées en quelques lignes dans les livres. Paul King les a explorées et creusées dans son scénario.

On y découvre la petite enfance de l'ourson, sa vie dans la forêt tropicale en compagnie de tante Lucy et oncle Pastuzo, les explications concernant son amour de la marmelade et sa maîtrise de l'anglais. Et le drame qui l'a conduit à Londres, où il arrive avec sa valise et une étiquette autour du cou: «Prenez soin de cet ours.»

S'ensuivent sa rencontre avec les Brown - Henry (Hugh Bonneville), Mary (Sally Hawkins) et leurs enfants - à la gare de Paddington, son installation sous le toit de ces derniers, et les gaffes qu'il commettra par naïveté et malgré sa bonne volonté.

Mais cela ne suffisait pas pour meubler un film. Il fallait augmenter les enjeux, tendre un arc dramatique tout en restant fidèle à l'univers de Michael Bond. Entrée de la vilaine Millicent, dont le but est de compléter la collection du Musée d'histoire naturelle avec un ours du Pérou profond. Pour cela, attraper Paddington. Le tuer. L'empailler.

Le plaisir dans la méchanceté

«Nous avons créé une méchante... mais une méchante qui fait partie de la famille: malgré ses mauvaises intentions, il fallait sentir qu'elle s'amusait à faire ce qu'elle faisait, qu'elle soit dans le même ton que le reste du film», explique Paul King, qui a envoyé son scénario à Nicole Kidman un peu comme on lance une bouteille à la mer. «Je me disais qu'elle avait peut-être envie de faire un film pour ses enfants ou même qu'elle avait lu les livres à ses filles...»

En fait, le lien entre l'actrice australienne et l'ourson était plus direct que le réalisateur ne l'avait imaginé. «J'ai grandi avec Paddington, en lisant ses aventures et en rêvant de le serrer dans mes bras, indique Nicole Kidman. Je n'ai pas hésité à accepter le rôle et je ne l'ai pas regretté une seconde.»

Même si, «pour la première journée de tournage, ils m'ont suspendue la tête en bas». Et même si, en cours de route, elle a eu maille à partir avec sa fille Sunday Rose, 6 ans: «Elle est venue sur le plateau et, dans un premier temps, elle me suppliait de ne pas faire mal à l'ours. Puis, tranquillement, «Cheveux blonds» - c'est comme ça qu'elle m'appelait - est devenu son personnage préféré. Ce qui m'inquiète un peu», s'amuse l'actrice.

Ce n'est toutefois pas le principal «écueil» qu'elle a heurté en cours de tournage: «Paddington était terrible, extrêmement égoïste. Il refusait de sortir de sa roulotte - il en avait d'ailleurs exigé une énorme - et il envoyait une balle de tennis sur le plateau pour jouer à sa place.»

Elle plaisante, bien sûr, mais le fait est que d'intégrer un personnage en images de synthèse parmi des acteurs en chair et en os n'est pas une mince affaire. «Il était impossible, il y a 10 ou 15 ans, de créer un personnage comme Paddington, que l'on a envie d'aimer, de serrer dans ses bras. Nous avons aujourd'hui la technologie qui permet de le faire», indique David Heyman.

Embûches

«Mais le défi, poursuit Paul King, était que ce personnage puisse prendre sa place de façon naturelle parmi les acteurs et au sein des décors. Pour parvenir à cela, nous avons beaucoup répété. Car en comédie, la différence est infinitésimale entre un gag qui marche et un autre qui est raté.»

Trois acteurs, des balles de tennis montées sur des manches à balai, des marionnettistes ont contribué à donner vie à la créature qui prendrait finalement corps dans des ordinateurs, grâce à des animateurs et des spécialistes en effets spéciaux ayant travaillé sur Gravity, aussi produit par David Heyman.

Le tout a été complété par le travail vocal de Ben Whishaw. La voix de Paddington dans la version originale du film, c'est la sienne. Au départ, ce devait être celle de Colin Firth. Mais dès le début, l'acteur lui-même affichait des doutes. Et une fois le personnage né, numériquement parlant, il est devenu évident qu'il avait raison.

«Il était impossible de croire que cette voix-là sortait de cet ourson, fait Paul King. Nous avons tenté de la modifier par ordinateur, mais ça donnait un effet «schtroumpfant» qui n'allait pas du tout.» La décision, assure David Heyman, n'a pas été facile à prendre. «Mais Colin, qui était d'accord avec nous, a été extrêmement élégant et a laissé sa place. Puis, il a fallu recommencer une grande partie de l'animation quand Ben est arrivé, car l'acteur, sa gestuelle et sa voix influencent le travail des animateurs.»

Sauf que tout s'est fait, assure-t-il, sans douleur. «On dit toujours que si on a du plaisir à faire un film, le résultat sera raté. Paddington fait la preuve du contraire», conclut Nicole Kidman qui dit avoir eu le bonheur de voir le long métrage en compagnie «de ma mère, qui a 74 ans, et de mes filles, qui en ont 4 et 6. Tout le monde riait au même moment, pour les mêmes raisons. C'est un sentiment extrêmement agréable. J'aime que ce film existe».

Paddington a pris l'affiche vendredi.

Les frais de voyage ont été payés par Les Films Séville.

Sally Hawkins... - image 2.0

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Sally Hawkins

Sally Hawkins: tendre maman (d')ours

La Mrs. Brown qu'incarne Sally Hawkins dans Paddington est à ce point chaleureuse, doucement excentrique et gentiment opiniâtre que, peu importe votre âge, vous voudriez qu'elle soit votre maman. Alors imaginez Paddington, ourson fraîchement arrivé à Londres, sa valise à la main, une étiquette «Prenez soin de cet ours.» autour du cou!

Tandis que Mr. Brown, vendeur d'assurances toujours à évaluer les risques et les dangers, passerait tout droit, sa femme, Mary, se penchera vers l'animal, lui parlera. Ira même jusqu'à l'inviter sous le toit familial, à Notting Hill. Et à lui donner le nom de la gare où ils se sont rencontrés.

«Il est tellement facile de s'identifier à cette histoire, à ce réfugié, cet étranger qui fait face à l'inconnu, qui cherche sa place dans un monde nouveau pour lui: on s'est tous sentis comme cela un jour. La vie fait parfois peur. Jusqu'à ce que quelqu'un vous tende la main», racontait l'actrice britannique lors de l'entrevue qu'elle a accordée à La Presse.

Plongée dans le milieu des arts dès l'enfance - son père et sa mère écrivaient et illustraient des livres jeunesse -, elle est sensible aux univers créés par les mots et les images: «Je ne me souviens pas d'avoir lu Paddington, mais je suis sûre que, quelque part dans l'incroyable bibliothèque que nous avions à la maison, se trouvaient les livres de Michael Bond. Chose certaine, je connaissais cet ourson et son histoire.»

Que son ami Paul King l'ait contactée pour être de ce projet «dont il m'avait parlé et qui semblait si important pour lui» a été «un cadeau». «Il m'a envoyé le scénario, accompagné d'une lettre, mais avant d'avoir lu quoi que ce soit, je savais que j'accepterais. Vous ne laissez pas tomber un ami! (rires) Puis, j'ai lu, j'ai été touchée par ce qu'il m'avait écrit et j'ai aimé, vraiment beaucoup, le scénario.»

De Leigh à King en passant par Allen

Et celle que l'on a découverte grâce à Mike Leigh (elle a joué dans Vera Drake et a tenu le rôle principal dans Happy-Go-Lucky) et qui a aussi fait merveille dans Blue Jasmine de Woody Allen de plonger dans l'univers plus familial qu'est celui de Paddington. Où Paul King a permis aux acteurs... d'être des artistes, pas seulement des outils.

«Nous avons pu répéter, improviser autour du scénario. Pour moi, c'est essentiel. C'est là que les relations se construisent, que l'acteur trouve le personnage, le construit et l'amène à la vie.»

C'est donc bien avant que les caméras ne se mettent à tourner qu'avec Hugh Bonneville, le comte de Grantham de Downton Abbey qui incarne ici son mari, elle a exploré le passé de ce couple au premier abord très disparate. Elle, fantaisiste, originale. Lui, coincé, préoccupé. Elle, l'artiste. Lui, le cartésien. «Il fallait travailler leur dynamique pour que les spectateurs croient à leur couple», explique l'actrice, rendant à César (ici, Paul King) ce qui lui revient: le court retour en arrière auquel le réalisateur-scénariste convie les spectateurs est formidablement éclairant quant au parcours de Henry et Mary Brown.

Et comment s'y est-elle prise pour répéter avec Paddington, le principal intéressé brillant par son absence sur le plateau? «Parfois, quelqu'un lisait ses lignes. Parfois, quelqu'un prenait physiquement sa place. Et parfois, je parlais à une balle de tennis placée au bout d'un manche à balai. Mais bon, quand on joue, on n'est pas en relation uniquement avec les autres acteurs. Toute l'équipe est là, et importe. Quand tout le monde est bien préparé, quand on a une histoire aussi belle que celle-ci, si vous devez communiquer avec une balle de tennis, vous communiquez. Ça marche», dit-elle en riant. Avant de conclure: «Je ne suis pas objective, je sais, mais je suis très fière de ce film.» Elle peut l'être.

Paddington a d'abord été un griffonnage publié en août... (Illustration de R.W.Alley, fournie par les Éditions Michel Lafon) - image 3.0

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Paddington a d'abord été un griffonnage publié en août 1958.

Illustration de R.W.Alley, fournie par les Éditions Michel Lafon

Ours en pages

La littérature jeunesse compte nombre d'ours... non pas en cages, mais en pages. Si populaires qu'ils ont franchi les frontières et sont même partis à l'assaut des écrans, petit et grand. Voici quelques-uns d'entre eux.

Le vétéran : WINNIE THE POOH

Il a été créé en 1926 par l'auteur britannique Alan Alexander Milne, dont les écrits ont été illustrés par Ernest Howard Shepard. L'auteur observait son fils jouer avec des peluches, et c'est ainsi que le personnage serait né. Adopté par Disney, il s'est « américanisé » et a fait l'objet de nombreuses adaptations, dont le merveilleux Winnie the Pooh

de Stephen J. Anderson et Don Hall (2011).

Le plus british : PADDINGTON

Il a été créé en 1958 par l'auteur britannique Michael Bond et, dans un premier temps, a été dessiné par Peggy Fortnum. La série compte 23 livres qui ont été traduits dans une quarantaine de langues et vendus à quelque 35 millions d'exemplaires. Il a fait l'objet de plusieurs séries télévisées, mais il vient de faire le saut au grand écran avec Paddington de Paul King.

Le meilleur ami : ERNEST

Il a été créé en 1981 par l'écrivaine et illustratrice belge Gabrielle Vincent. Et il est inséparable de Célestine, la petite souris qui est sa meilleure amie. Ils sont en vedette dans une trentaine d'albums tendres, beaux et poétiques. Leur créatrice a toujours refusé qu'ils sortent de la page. Elle est morte en 2000 et, 12 ans plus tard, Ernest et Célestine, le film, arrivait au grand écran, scénarisé par Daniel Pennac.

Le voyageur du froid : PLUME

Il a été créé en 1987 par l'auteur et illustrateur néerlandais Hans de Beer, et ses aventures, qui se déroulent dans la neige et le froid - Plume est un ours polaire -, ont été traduites en 27 langues et se sont vendues à plus de 10 millions d'exemplaires. Il fait l'objet de diverses adaptations (films, courts métrages, comédie musicale) et de bien des produits dérivés (jeux, jouets, calendriers, vêtements).

Le « communautaire » : PETIT OURS BRUN

Il a été créé en 1975 par la rédaction du magazine français Pomme d'api (publié par Bayard) et par l'illustratrice Danièle Bour. Depuis, ses aventures sont écrites par différents auteurs, ont été traduites en espagnol et en allemand, de même qu'en néerlandais et en breton. Elles sont aussi publiées sous forme d'albums et ont fait l'objet de deux séries télévisées.

Le délinquant : TED

Puisqu'il est délinquant, il n'a aucun problème à s'imposer parmi ses... semblables, au sein desquels il (d)étonne. Créé en 2012 par l'ineffable Seth MacFarlane (Family Guy), Ted est le Teddy Bear (ben oui !) de John Bennett. Enfant, celui-ci a souhaité que ce cadeau de Noël soit son « meilleur et seul ami pour la vie ». Son voeu a été exaucé. Mais le garçon est maintenant trentenaire. Son ourson aussi. Aïe...

Paddington

Cote La Presse

Un ourson parlant, descendant d'une espèce rare issue des forêts profondes du Pérou, sème la joie et la pagaille dans la famille qui l'a recueilli...
Fiche du film
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