24 jours d'Alexandre Arcady: barbarie contemporaine

Les acteurs Syrus Shahidi (Ilan Halimi) et Zabou... (Photo: fournie par Google Images)

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Les acteurs Syrus Shahidi (Ilan Halimi) et Zabou Breitman (Ruth Halimi) dans le film 24 jours.

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Le film est bouleversant. Les scènes sont parfois à la limite du supportable. Et le fait qu'il décrive une histoire vraie qui s'est déroulée au XXIe siècle en Europe est particulièrement dérangeant.

Sorti il y a un mois en France, 24 jours, du réalisateur Alexandre Arcady (Le grand pardon, Ce que le jour doit à la nuit), relate le drame horrible qu'a vécu en 2006 un jeune juif parisien, Ilan Halimi, retrouvé agonisant près d'une route, 24 jours après avoir été enlevé, séquestré et torturé par une vingtaine de jeunes Français se faisant appeler «le gang des barbares». Le meneur de la bande, Youssouf Fofana, demandait une rançon de 450 000 euros contre la libération d'Ilan Halimi.

Les jeunes (de toutes origines) ont été arrêtés par la police et condamnés à de lourdes peines de prison. Mais leur antisémitisme avoué (ils ne visaient à enlever que des juifs) avait suscité à l'époque une vive émotion dans la société française. La mère d'Ilan Halimi avait reçu un grand nombre de témoignages de soutien provenant de Français de toutes confessions. Elle a ensuite raconté ce qu'elle a vécu dans un livre intitulé 24 jours, dans lequel elle affirmait: «Je veux que la mort d'Ilan serve à donner l'alerte.»

Mais depuis, la France a vécu le drame de Toulouse, en 2012, alors qu'un homme franco-algérien, Mohammed Merah, a tué trois enfants et un professeur dans un collège juif avant d'être abattu par la police. Le 24 mai dernier, un homme a tué quatre personnes après être entré armé au Musée juif de Bruxelles. La fin de semaine dernière, l'ex-président du Front national français, Jean-Marie Le Pen, a créé la controverse avec une déclaration perçue comme antisémite vis-à-vis du chanteur Patrick Bruel.

Venu à Montréal récemment pour préparer la distribution de 24 jours au Québec, Alexandre Arcady a répondu aux questions de La Presse sur son film et sur l'antisémitisme en Europe.

D'où est venue l'initiative de réaliser ce film?

Après le meurtre d'Ilan, je savais qu'un jour, je ferais un film pour honorer sa mémoire, car j'avais l'impression qu'il allait disparaître dans l'oubli. On a cette faculté, en France, d'être plus proches des bourreaux que des victimes. Avant le film, plus personne ne savait qui était Ilan Halimi, alors que quand on parlait de Youssouf Fofana et du gang des barbares, quelque chose s'allumait. Puis, le récit de la mère d'Ilan est sorti. Elle faisait état de son combat face à l'absurde, à l'incompréhension et à la bêtise humaine, un combat également pour faire admettre que le meurtre était antisémite et non pas un fait divers. J'ai alors décidé de faire le film.

Comment a-t-il été accueilli en France?

On a eu une réaction médiatique très forte. En revanche, il y a eu une certaine frilosité de la part des exploitants de salles, qui ont vu peut-être dans le film des problèmes de sécurité à venir. On a été très mal distribué. Et la population n'a pas répondu présente: 80% de la communauté juive française hésite à aller voir le film parce qu'il est un miroir dans lequel on se voit, et il fait très mal.

Pourquoi fait-il très mal?

Parce que pendant l'enquête, les policiers n'ont pas voulu voir ce qu'était vraiment cette affaire. C'est pour ça qu'ils se sont trompés. Quand Ilan est mort, la police n'y a vu qu'un fait divers. Le film dérange et provoque, car cette affaire est un cataclysme pour la France et pour l'Europe. C'est une déflagration totale de la communauté nationale. Le film dit les choses avec franchise et montre où on en est aujourd'hui en France. On kidnappe un garçon de 23 ans dans le magasin de téléphones où il travaille. Il est français, de confession juive, et on va le tuer. Pas dans une bagarre, mais pendant 24 jours, en le laissant mourir de faim, en le torturant, en ayant avec lui le comportement que les nazis ont eu avec les juifs.

La montée des partis d'extrême droite, notamment du Front national en France, vous inquiète-t-elle?

Ça inquiète tout le monde, mais le taux d'abstention aux dernières élections européennes a été très fort. Mais il faut être vigilant. On est aujourd'hui dans un antisémitisme beaucoup plus violent, beaucoup plus déterminé.

L'antisémitisme est-il plus fort en France qu'ailleurs en Europe?

J'ai l'impression que oui. On voit bien en France le succès d'un Dieudonné, dont le cheval de bataille est l'antisémitisme. C'est plus fort en France, car la communauté juive y est plus nombreuse, qu'elle est désignée comme ayant le pouvoir et comme étant riche, alors que 16% des Français vivent sous le seuil de pauvreté et que c'est le même pourcentage pour les juifs français. Avec l'internet, aujourd'hui, des réseaux extrémistes font beaucoup de dégâts. Mais je ne pense pas que la communauté nationale française soit plus antisémite aujourd'hui qu'il y a plusieurs années. La parole s'est libérée et dans certaines écoles de la région parisienne, il n'y a plus d'enfants juifs.

Vous n'êtes pas très optimiste.

Non. En France, non.

Quelle est la solution?

Reprendre à zéro l'éducation et rétablir l'autorité parentale, mais c'est difficile. Je pense que mon film va perdurer et j'espère qu'il jouera son rôle éducatif dans les écoles.




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