RoboCop: plus science, moins fiction

En un quart de siècle, la science a évolué à un rythme exponentiel, au point... (Photo: fournie par Columbia/Sony)

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Sonia Sarfati
La Presse

(Los Angeles) En un quart de siècle, la science a évolué à un rythme exponentiel, au point que ce qui semblait être de la science-fiction il y a 25 ans est aujourd'hui à nos portes. C'est la carte que joue José Padilha dans son remake de RoboCop.

«Nous sommes plus près de la science que de la fiction», a assuré le réalisateur brésilien José Padilha (Elite Squad). En conférence de presse dans un hôtel de Los Angeles en compagnie de «ses» acteurs, il a répondu aux questions des journalistes au sujet de RoboCop, remake du film (culte, pour plusieurs) de Paul Verhoeven.

Une phrase qui n'est pas anodine. Là se trouve la pertinence de cette nouvelle mouture que les fans de l'original, sorti en 1987, attendent avec la brique et le fanal que l'on imagine: la seule idée de refaire le film, la présence accrue de la famille du policier transformé en robot, le costume noir et «batmanien», rien n'a été épargné par leurs critiques (certaines fondées).

Sauf que l'habit ne fait pas le moine ni l'armure, le robot. Regardons ce qu'il y a sous l'image, derrière cette histoire qui, à première vue, semble celle que l'on connaît: dans le Detroit hyperviolent de 2028, un policier est assassiné. Grâce aux soins du Dr Norton (Gary Oldman), qui est financé par OmniCorp - leader mondial en technologie robotique dirigé par Raymond Sellars (Michael Keaton) -, Alex Murphy (Joel Kinnaman, de la série The Killing) «survit». D'une certaine manière. Son cerveau, ses poumons, une main, sont intégrés à une entité robotique avec laquelle il ne fera désormais qu'un.

Mais... et si l'homme, ou ce qu'il reste de lui, combattait la machine?

«Alex est devenu un prototype, un produit. Il a été développé par une entreprise qui tente de mettre au point le robot idéal destiné à être vendu aux corps policiers. Cette idée était de la science-fiction lorsque Paul Verhoeven a réalisé RoboCop en 1987. Aujourd'hui, avec l'utilisation de drones par l'armée, elle fait partie d'un futur envisageable», croit José Padilha.

Et cela pose des questions éthiques et philosophiques, qui ont été incorporées au scénario.

«Qu'est-ce qui nous définit comme humain? Notre cerveau? Notre corps? demande le réalisateur. Si notre cerveau est géré par un logiciel, nous sommes quoi? Et si vous remplacez un soldat ou un policier par une machine et qu'une erreur est commise, qui est responsable? Qui est coupable? La société qui a fabriqué le robot? Le gouvernement qui a acheté le robot? Qui juger, poursuivre, si le «coupable» n'est pas un être pensant, mais une machine qui exécute un programme? Toute la question de la responsabilité devient alors nébuleuse.»

La science et l'art

Le réalisateur brésilien, qui aime les débats, mais carbure également à l'art, a insufflé ses passions à RoboCop. Dans le contenu, par les questions existentielles et politiques que soulève la thématique du film. Mais aussi par le contenant. L'emballage.

Ainsi, l'observateur attentif remarquera, dans la salle de réunion d'OmniCorp, la présence d'un triptyque de Francis Bacon. Ce n'est pas une coquetterie. «Quand Alex se réveille, son corps a été transformé. Sa personnalité a été remodelée. Son but dans la «vie», celui de RoboCop, n'est pas le but d'Alex Murphy. Ça m'a rappelé le travail de Bacon. Dans ses toiles, il prend des parties de corps, il les isole, il les tord. Il en fait ce qu'il veut. Or nous sommes ici en présence de gens, d'une société, qui veut faire ainsi. Modeler les gens selon leur volonté à eux, pour des raisons qui leur sont propres.» Et qui ne sont pas artistiques, s'entend.

Le réalisateur a ensuite confié des exemples du travail de Bacon à son directeur artistique, l'excellent Martin Whist (Super 8, Cloverfield, The Cabin in the Woods), afin qu'il dessine le laboratoire de l'entreprise. Que l'esprit des lieux et l'utilisation de la lumière soient «baconiennes». Une démarche qui parlera probablement surtout à l'inconscient de la majorité des spectateurs. Mais qui, auparavant, a inspiré les acteurs.

«Il y a des tas de mauvaises raisons pour lesquelles vous pouvez vouloir faire un remake. Il y en a aussi quelques bonnes. C'est quand j'ai su que José allait réaliser celui-là que mon idée sur les possibilités du projet a changé. Parce qu'au départ, quand mon agent m'a appelé, je lui ai répondu que c'était un film que j'irais peut-être voir au cinéma, mais que je ne pensais pas que c'était un rôle pour moi», admet Joel Kinnaman. Plus tard, il s'est assis avec le réalisateur dont il avait beaucoup aimé les documentaires afin qu'il lui raconte sa vision du film. «J'ai trouvé ça brillant de mêler ainsi des questions philosophiques, éthiques et politiques à un gros film d'action.»

Parce que, oui, il y a (quand même) de l'action dans cette nouvelle mouture de RoboCop.

Joel Kinnaman et Abblie Cornish... (Photo: fournie par Columbia/Sony) - image 2.0

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Joel Kinnaman et Abblie Cornish

Photo: fournie par Columbia/Sony

Les personnages

Joel Kinnaman est Alex Murphy/RoboCop

«Mes scènes les plus exigeantes à jouer sont celles où je devais être complètement immobile. Quand je me réveille, par exemple, que je suis face au Dr. Norton, que je lui demande de m'enlever cette armure et qu'il me répond: «Ce n'est pas une armure, c'est toi.» Pensez aux moments les plus difficiles de votre vie, quand vous êtes en douleur ou plongé dans l'anxiété extrême. Tout votre corps répond à cela. Je n'avais pas ce luxe, tout devait passer par mon visage. Heureusement, dans la plupart de ces scènes, je pouvais me «voir» jouer à travers le regard franc de M. Oldman», fait l'acteur qui a trouvé cette expérience d'intériorité au moins aussi difficile que celle de porter une armure pesant plus de 20 kilos: «Il m'a fallu 45 minutes pour l'enfiler la première fois, et 20 minutes après, je n'en pouvais plus. J'étais découragé à l'idée de devoir la porter 7 jours sur 7 pendant 5 mois. Mais ça m'a servi à construire le personnage, ce contraste entre ce «corps» mécanique puissant et ce sentiment de vulnérabilité venant du fait de se savoir amputé à partir de la gorge. Mon inconfort a nourri son inconfort.»

Gary Oldman est Dr. Denett Norton

«Je vois Norton comme un Dr. Frankenstein avec une âme. Frankenstein était un monstre. Norton, lui, bâtit un genre de relation père-fils avec Murphy/RoboCop. Mais il demeure un homme qui s'amuse avec les outils de Dieu... et ça donne ce que ça donne. Personnellement, en tant qu'acteur, ça donne un personnage formidable. D'autant qu'il était magnifiquement écrit. Tout était dans le scénario. Bien sûr, j'ai fait un peu de recherche sur Google mais vous savez comment c'est: vous tapez «neurochirurgie» et vous arrivez sur des sketches de Peter Sellers. C'est formidable», s'amuse l'acteur qui a, plus sérieusement, apprécié d'avoir l'occasion de répéter pendant deux semaines avant que le tournage ne commence. «Le scénario est devenu meilleur», croit-il. Ce sur quoi abonde José Padilha: «Pour moi, ne pas répéter est un non-sens. Parce que quand vous répétez, vous, le réalisateur, peaufinez l'histoire, dont vous voyez la logique interne, la structure, la signification. Quant aux acteurs, ils l'étudient du seul point de vue de leur personnage et ils peuvent ainsi les creuser. Au bout du compte, vous gagnez en qualité et vous économisez sur le plateau, en temps de tournage.»

Michael Keaton est Raymond Sellars, PDG d'OmniCorp

«Que de choses je me suis rappelé, juste là, en l'écoutant parler!» s'est exclamé Michael Keaton en regardant Joel Kinnaman. C'est que celui qui, dans RoboCop, préside à la destinée de la corporation qui fabrique ces robots envoyés outremer et voudrait bien voir le marché américain s'ouvrir à elle, a «goûté» au costume: il a incarné Batman dans les deux films de Tim Burton. «On était encore plus sous les projecteurs que cette équipe-ci, se souvient-il, puisque personne avant Tim n'avait, à l'époque, fait quelque chose comme ça. Et le costume! (soupir) Jusqu'au début du tournage, on ne savait pas s'il fonctionnerait! Et d'une certaine manière, il ne fonctionnait pas. On n'arrêtait pas de le modifier. Et je me suis soudain rendu compte que tout ce pourquoi je m'étais entraîné, toute ma préparation physique, n'allait servir à rien. Tous mes mouvements étaient restreints. Et, en passant, je suis très claustrophobe», raconte celui dont le personnage, dans Robocop, «veut aveuglément être de ceux qui vont changer le monde. C'est un homme brillant, extraordinairement ambitieux, un grand penseur. Il manipule Norton non parce qu'il est mauvais mais parce qu'il a un plan et qu'il est convaincu d'avoir raison.»

Abbie Cornish est Clara Murphy

«Robocop, l'original, c'est mon enfance. J'ai grandi sur une ferme, avec trois frères, et on a regardé ce film à répétition. Quand j'ai entendu parler du remake, j'ai immédiatement été intéressée et j'ai envoyé un courriel à José afin de lui faire part de mon intérêt», raconte la comédienne. Qui a obtenu le rôle de l'épouse d'Alex Murphy... alors que le scénario final n'était pas prêt. «Au départ, je ne devais avoir que quatre ou cinq scènes mais plus le développement avançait, plus Clara et la famille Murphy prenaient de l'importance. C'est ce qui ancre le cheminement d'Alex dans quelque chose de plus profond que la seule vengeance, cette idée d'avoir été «amputé» de sa famille et ce désir de la retrouver», explique celle dont le personnage, au début du long métrage, est aux prises avec le plus douloureux des dilemmes: «Sellars et Norton ne cherchent que le meilleur «candidat» pour être transformé en RoboCop. Alex n'est que cela pour eux. Pour Clara, il est son mari, son amour. Et on lui demande de signer des papiers. Si elle refuse, Alex va mourir. Si elle signe, il va «survivre» sans plus jamais être lui-même. Que faire à sa place?»

Un parcours difficile

Dès l'annonce de leur mise en chantier, certains remakes provoquent des tollés. Ç'a été le cas pour RoboCop, qui arrive sur les écrans après avoir traversé un parcours du combattant digne de celui que franchit Alex Murphy dans le film.

> 2005: premières mentions, par Sony, de la mise en chantier d'un RoboCop nouvelle mouture.

> 2006: le projet est mis sur la glace.

> 2008: MGM annonce que RoboCop ira de l'avant. Darren Aronofsky (Black Swan) confirme à Comic-Con qu'il s'attache au remake.

> 2009: le projet est reporté à cause des problèmes financiers de MGM.

> 2011: le réalisateur brésilien José Padilha se met aux commandes du remake. Tom Cruise, Johnny Depp, Keanu Reeves sont pressentis - sans succès - pour incarner le rôle-titre. Michael Fasbender, Russell Crowe et Matthias Schoenaerts auraient aussi été envisagés.

> 2012: Joel Kinnaman (de la série The Killing) obtient le rôle d'Alex Murphy/RoboCop. Hugh Laurie, qui devait incarner le PDG d'OmniCorp, rend les armes. Il est remplacé par Michael Keaton.

> 2012 (août): déclaration-choc du réalisateur Fernando Mereilles, un ami de Padilha: «J'ai récemment parlé à José au téléphone. Il va commencer le tournage de RoboCop. Il dit que c'est la pire expérience de sa vie. Sur dix idées qu'il propose, neuf sont refusées. Il m'a dit: «C'est un enfer. Le film sera bon, mais je n'ai jamais souffert à ce point et je ne le referai plus.» Il est amer, mais c'est un combattant.»

> 2012 (septembre): la production commence à Toronto. Les premières photos de Joel Kinnaman en RoboCop apparaissent sur la Toile. Nouveau tollé, car le design original a été écarté au profit d'un costume noir rappelant celui du Batman de Chris Nolan.

> 2013: José Padilha parle du film avec enthousiasme à Comic-Com, où il dévoile la deuxième bande-annonce.

> 2014 (12 février): sortie de RoboCop en Amérique du Nord

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RoboCop prend l'affiche le 12 février. Les frais de voyage ont été payés par Sony Pictures.




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