Jean-Marc Vallée: comme à 20 ans...

Après Café de Flore, un film qu'il a imaginé... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Après Café de Flore, un film qu'il a imaginé et écrit, Jean-Marc Vallée a consacré pratiquement deux ans de sa vie à Dallas Buyers Club, un film américain au budget très modeste avec lequel il a le sentiment de repartir sur de nouvelles bases.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

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Le réalisateur de Café de Flore a tourné à La Nouvelle-Orléans un film sans artifices avec Matthew McConaughey, Jared Leto et Jennifer Garner. Avec Dallas Buyers Club, Jean-Marc Vallée repart sur de nouvelles bases.

Jean-Marc Vallée n'en est pas à sa première expérience américaine. Depuis la fin des années 90, le réalisateur de C.R.A.Z.Y. est allé rendre visite à nos voisins à quelques reprises, notamment pour tourner Los Locos, un western, et Loser Love, un thriller que personne n'a vu (pas même lui!). Même si The Young Victoria, lauréat de l'Oscar des meilleurs costumes, est un film essentiellement britannique, la postproduction du drame historique avait quand même été réalisée aux États-Unis. C'est d'ailleurs à cette étape que le cinéaste québécois avait dû «choisir ses combats». Et il en avait perdu quelques-uns.

«Ce fut une bonne expérience, rappelait-il cette semaine au cours d'une interview accordée à La Presse. On m'a laissé carte blanche pendant tout le tournage. Il y avait pourtant beaucoup de fric en jeu. C'est à l'étape du montage que je n'ai pas pu imposer tous mes choix. Je ne voudrais pas revivre ce genre d'expérience.»

Après Café de Flore, un film qu'il a imaginé et écrit, Jean-Marc Vallée a consacré pratiquement deux ans de sa vie à Dallas Buyers Club, un film américain au budget très modeste (à peine cinq millions) avec lequel il a le sentiment de repartir sur de nouvelles bases.

«Un très petit budget et 25 jours de tournage seulement, explique-t-il. Il n'y avait pas d'équipe électrique, car tout le film a été tourné à la lumière naturelle. Et que des plans caméra à l'épaule. Plus je peux alléger la technique, plus je suis heureux. Cela me permet une liberté créatrice totale. Je peux même capter des choses des comédiens sans qu'ils en soient conscients. J'aime tourner en numérique. La pellicule, c'est fini pour moi. Cette expérience de tournage fut très stimulante. J'ai l'impression de retrouver mes 20 ans, de repartir à zéro. Nous y sommes tous pour l'amour du projet. Cela dit, je n'ai jamais été aussi mal payé, ajoute-t-il en riant. Et Matthew aussi!»

Les années sida

Matthew, c'est Matthew McConaughey. Qui se glisse dans la peau de Ron Woodroof, un cowboy texan sexiste et homophobe qui, après avoir reçu un diagnostic de sida en 1986, organise tout un système afin de mettre la main sur des médicaments non autorisés par les agences gouvernementales. Pour les besoins du rôle, l'acteur, vu notamment dans Magic Mike l'an dernier, a beaucoup maigri. Au point même d'en inquiéter les producteurs. Les photos sur lesquelles l'acteur dévoile sa physionomie de personnage malade ont d'ailleurs beaucoup circulé.

«Matthew était en mission, fait remarquer le réalisateur. Rien ni personne ne pouvait l'arrêter. Quand nous avons commencé le tournage, il avait perdu 25 kilos. Jared Leto s'est aussi beaucoup investi dans son rôle. C'est impressionnant de voir ces acteurs s'oublier complètement pour se mettre au service d'un rôle. Sur le plateau, je n'utilisais pas les vrais noms, mais celui de leur personnage. Les acteurs américains n'ayant habituellement pas besoin d'arrondir leurs fins de mois en faisant aussi de la télé ou du théâtre, ils peuvent se permettre ce genre de dévotion.»

À l'instar de Denis Villeneuve, Philippe Falardeau, Ken Scott, Christian Duguay, Charles-Olivier Michaud et quelques autres, Jean-Marc Vallée fait partie des cinéastes québécois recrutés par des producteurs étrangers cette année. Le réalisateur s'en réjouit. «Je ne vois pas là-dedans un écueil pour le cinéma québécois, au contraire, dit-il. Ce boum veut simplement dire que nous avons reçu des offres intéressantes qui nous permettent de progresser, d'explorer autre chose. Nos films québécois ont brillé ailleurs et grâce à ce rayonnement, on vient nous chercher. Personnellement, je n'ai jamais eu l'intention de m'installer à l'étranger. D'ailleurs, je me suis beaucoup battu pour que la postproduction de Dallas Buyers Club soit faite à Montréal.»

Deux projets québécois

Jean-Marc Vallée a deux projets de films québécois dans ses tiroirs. Dans le premier, Temps magique, on retrouverait les personnages de ses courts métrages Les fleurs magiques et Les mots magiques 25 ans plus tard. Le second, Shoe Business, décrirait l'amitié de deux hommes depuis l'enfance, qui se ressemblent en tous points, sauf dans la manière avec laquelle ils mènent leur vie sexuelle. L'un est bien marié et fidèle; l'autre est célibataire et à voile et à vapeur. L'intrigue serait campée en 1975, l'Année internationale de la femme.

«On s'assoira bientôt pour décider quel projet on met en chantier, précise-t-il. J'aimerais tourner l'un ou l'autre l'an prochain.»

En attendant, Jean-Marc Vallée travaille présentement au montage de son nouveau film. Il compte lancer Dallas Buyers Club à l'automne, préférablement à Venise et à Toronto, deux festivals qu'il connaît déjà bien. «Mais tout dépendra de la stratégie qu'empruntera le distributeur américain, ajoute-t-il. Rien n'est encore signé, mais l'intérêt envers le film s'est accru depuis la présentation d'un extrait de cinq minutes au marché du Festival de Berlin.»

Dallas Buyers Club sera distribué au Québec par Remstar Films.




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