Montréal, cinéma à ciel ouvert

En regardant l'avalanche de programmations de projections en... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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En regardant l'avalanche de programmations de projections en plein air pour l'été 2017, on constate que les cinéphiles montréalais pourraient facilement voir trois ou quatre films par semaine sans avoir à débourser un sou.

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L'offre de projections en plein air atteint un paroxysme cet été à Montréal, alors que des centaines de films seront présentés gratuitement aux quatre coins de la ville. Une tendance lourde qui confirme à la fois notre besoin d'une vie communautaire... et notre besoin de profiter du beau temps.

Le 14 juin dernier, les Rencontres internationales du documentaire... (Photo Catherine Lefebvre, collaboration spéciale) - image 1.0

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Le 14 juin dernier, les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) ont donné le coup d'envoi à leur programmation extérieure estivale en présentant le docu-fiction Swagger au Parc du Portugal.

Photo Catherine Lefebvre, collaboration spéciale

« En plein air, on démocratise l'expérience »

En regardant l'avalanche de programmations de projections en plein air pour l'été 2017, on constate que les cinéphiles montréalais pourraient facilement voir trois ou quatre films par semaine sans avoir à débourser un sou. De quoi tuer les ciné-parcs !

Mais regarder un film à la belle étoile, c'est beaucoup plus qu'un simple divertissement. C'est une expérience. En particulier pour Funambules Médias, organisme qui s'est donné une mission de changement social par le documentaire.

Avec sa programmation « Cinéma sous les étoiles », Funambules Médias apporte directement dans les quartiers des documentaires qui, bien souvent, n'ont droit qu'à une courte période de visibilité, quand ils ne sont pas absents des écrans.

« C'est une manière conviviale de s'informer et de prendre part au débat, explique le programmateur Nicolas Goyette. Nous traitons d'actualité politique nationale et internationale, dans un éventail d'enjeux comme le racisme, les luttes autochtones, la crise des réfugiés, le néolibéralisme, les luttes environnementales... »

« Notre spécificité, c'est que les gens ne voient pas juste des films, car c'est souvent suivi d'une discussion avec le réalisateur ou des spécialistes des sujets. »

- Nicolas Goyette, de Funambules Médias

L'an dernier, par exemple, le documentaire Requiem for the American Dream a attiré au parc Laurier 500 personnes, dont 300 sont restées ensuite pour discuter, alors que le film n'avait été projeté qu'une petite semaine dans une salle.

Pionnier dans son créneau, Funambules Médias collabore avec les arrondissements et de nombreux partenaires et événements. 

« Nous avons commencé en 2010 avec huit projections au parc Laurier, et nous sommes rendus à 70 projections gratuites partout dans l'île de Montréal, à Longueuil et à Val-David », note Nicolas Goyette, qui constate un grand engouement pour les projections publiques en plein air. 

« Ç'a un lien avec la réappropriation des espaces urbains : les gens ont envie d'être ensemble, croit-il. Ils vont se croiser à l'épicerie, mais le fait de se voir entre voisins de quartier et de discuter d'enjeux communs, ça tisse des liens. »

Et cela démocratise l'accès au documentaire, confirme Bruno Dequen, directeur de la programmation des RIDM en plein air, partenaire entre autres de Funambules Médias et de la Société des arts technologiques (SAT). « Nous mettons tous nos forces en commun. Et je dirais que les spectateurs réagissent plus au documentaire qu'à la fiction : il y a des questions immédiates qu'ils se posent face aux sujets. »

INITIATIVES DE QUARTIER

C'est justement par son implication sociale que Serge Turgeon a eu l'idée de lancer Film noir au Canal, une programmation de classiques du cinéma policier sur les berges du canal de Lachine.

Après avoir créé un organisme de corvée de propreté dans son quartier, il avait envie de quelque chose de plus festif. « Nous avons ici un peu un décor de film noir ; on cherchait quelque chose qui allait fonctionner, et ça a été le cas. Les gens mettent des vêtements vintage. Il y a beaucoup de nouveaux habitants dans Griffintown, l'un des quartiers avoisinants, mais il n'y a pas encore d'esprit communautaire. Alors ça fait du bien de savoir qu'il y a 300 personnes qui s'amusent avec beaucoup de civisme en regardant un film sur le bord du canal. »

C'est pour contrer le sentiment d'insécurité dans le quartier Hochelaga qu'est né l'événement Cin'Hoche, qui présente tout l'été des films choisis par les résidants dans le stationnement du Dairy Queen de la rue Sainte-Catherine, nous explique Delphine Ah-Koi, coordonnatrice aux communications de la SDC Hochelaga-Maisonneuve. 

« Ça grossit d'année en année ; nous voyons les enfants grandir, confirme-t-elle. C'est très familial, et ça encourage la mixité sociale. Ça apporte une vie de quartier, l'occasion de se détendre un vendredi soir, comme un point de rencontre. »

RÉINVENTER LE « VOIR-ENSEMBLE »

Il y a certes une sorte de magie à regarder un film en groupe, sous le ciel étoilé de l'été. Les spectateurs sont libres d'aller et venir, et même d'apporter un pique-nique. Une ambiance que ne peut offrir une salle de cinéma.

« C'est devenu une épidémie, souligne Mario Fortin, PDG du Cinéma Beaubien, qui participe à plusieurs projections au grand air. Mais c'est une bonne épidémie ! Et c'est dû à la démocratisation de la technique, la possibilité d'avoir des projecteurs numériques de qualité à bas prix, alors que notre premier projecteur, nous l'avions payé 35 000 $ il y a 15 ans... »

« Voir du cinéma à l'extérieur, c'est exactement ce que le cinéma doit être : une aventure sociale et de groupe. Il y a des gens autour de nous qui vont rire, pleurer, partager une histoire racontée sur l'écran. » 

- Mario Fortin, PDG du Cinéma Beaubien

« C'est tout à fait normal que l'humain découvre sa nature profonde en allant vivre cela dans les parcs, poursuit-il avec passion. Et cela enlève la formalité de l'expérience en salle, où il y a un certain décorum à respecter, alors que vos voisins ont payé leurs places pour ne pas être dérangés. En plein air, on démocratise l'expérience. »

Pour Jarrett Mann, fondateur du Festival SPASM, qui fêtera cet été les 30 ans du film-culte Spaceballs par une projection en plein air agrémentée de gens en costumes, voir des films dehors est une tendance mondiale, où l'événementiel réinvente l'approche du cinéma. « Et puis, l'été est tellement court au Québec, on a moins envie de s'enfermer dans une salle de cinéma. C'est comme se retrouver tous autour d'un feu de camp, sauf que c'est un écran ! »

Une tendance confirmée par Bruno Dequen. « Ce qui est assez remarquable, c'est que même si les spectateurs restent de plus en plus chez eux, tout ce qui est événementiel fonctionne très bien. Il y a un réel intérêt de la part des spectateurs à faire des expériences de visionnement communautaire. Rien ne remplace le fait d'être nombreux au même endroit. » 

Et de vivre nos émotions à l'unisson.




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