Musique classique et cinéma: un mariage passionnel

Au XXe siècle, le cinéma et la télévision ont eu une influence... (Photomontage La Presse)

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Au XXe siècle, le cinéma et la télévision ont eu une influence considérable sur la popularisation de certaines oeuvres du répertoire classique. Pour le meilleur... et pour le pire.

Un des plaisirs de Danick Trottier, professeur au département de musique de l'UQAM, est de faire entendre à ses étudiants des pièces de musique contemporaines qu'ils trouvent au départ rébarbatives. Comme du Penderecki, par exemple. Puis, il leur montre son utilisation dans le film The Shining de Stanley Kubrick. 

Et la magie opère. «C'est bien la preuve que notre écoute peut se transformer au contact de l'image, observe-t-il. Une musique dissonante aide à un contexte d'horreur. On recherche souvent les deux mêmes émotions dans la musique, la joie ou la tristesse, mais il y a d'autres émotions. Le cinéma a permis au grand public de voir la valeur de certains répertoires qui étaient exclus.»

Mais pour cela, il faut que le réalisateur ait lui-même une culture musicale, et à ce chapitre-là, Danick Trottier estime que Stanley Kubrick était exemplaire. Tout le monde se souvient, par exemple, de son utilisation d'Also Sprach Zarathustra de Strauss dans 2001: A Space Odyssey.

«Souvent, ce qui va amener une oeuvre à devenir un "hit", c'est la relation qu'elle va avoir avec un médium de diffusion, note Michel Duchesneau. Le cinéma va jouer un rôle considérable pour une diffusion à grande échelle. Pensez au succès étonnant de la musique baroque après un film comme Tous les matins du monde d'Alain Corneau.» En effet, au début des années 90, ce film a fait du musicien Jordi Savall, spécialiste de la viole de gambe (un instrument plutôt singulier), une star du disque! «L'engouement était hallucinant, de la part de gens qui n'avaient jamais entendu de la viole de gambe. Ça a carrément donné un boom à la musique baroque!» 

Pour sa part, Marie-Hélène Benoit-Otis est très impressionnée par les choix musicaux de certains films d'animation. «Fantasia, c'est un film modèle de ce point de vue là. Les choix sont super intéressants, ça marche. Les Schtroumpfs aussi. C'est incroyable, la musique de Gargamel. Ou Bugs Bunny. Il y a tout un clip sur un opéra de Wagner.» 

Voilà des exemples de beaux mariages entre deux arts. «Mais la musique est un art qui renvoie à lui-même, souligne Danick Trottier. Les mots d'un roman renvoient à une réalité, tandis que la musique, quand on pèse sur la note la, c'est un la. Elle ne renvoie pas à un objet extérieur, mais la musique peut être accolée à toutes sortes de réalités, et surtout des images. Et dans la surenchère des "hits", il y a beaucoup d'utilisations contradictoires.»

Mais il arrive parfois, malheureusement souvent même, que la musique classique soit utilisée sans imagination, comme une solution de facilité. 

«La culture musicale de beaucoup de réalisateurs est plutôt moyenne, ils vont chercher une pièce qu'ils aiment, simplement», pense Michel Duchesneau, directeur de l'Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique.

«Ceux qui ont des choix musicaux à faire, dans des contextes de cinéma ou de publicité, devraient s'associer à des spécialistes, estime Danick Trottier. Ne serait-ce que pour avoir quelques conseils, il y a parfois des erreurs qui se font, des enregistrements qui sont mauvais, des choix ridicules. On voit bien parfois que la personne n'a rien compris de la pièce. Il faut oser le dire quand c'est mal utilisé.»

Ce qui nous mène à l'inévitable sujet de la publicité. Matraqué plusieurs fois par jour, l'auditeur finit par associer certains chefs-d'oeuvre... à des produits. «Quand j'entends le Duo des fleurs de Lakmé, je vois toujours une pub de British Airways, soupire Marie-Hélène Benoit-Otis. L'association, ça marche dans les deux sens, c'est très dur de sortir ça de son esprit. C'est un élément de la vie médiatique moderne qu'on peut difficilement éviter. Ça contribue curieusement à populariser certaines oeuvres, et si ça peut avoir cet effet-là, pourquoi pas...» 

Le plus triste est lorsque l'association nuit à l'oeuvre, dit Michel Duchesneau. «Dans un contexte médiocre, cela peut créer un phénomène de rejet, dévaloriser une pièce, et c'est regrettable. Mais on ne peut pas empêcher les gens d'utiliser la musique.»

Quand même, on a l'impression que Carmina Burana n'a pas été très avantagée dans sa métamorphose en pub de Pie-IX Chrysler...

Quelques mariages célèbres

L'Adagio pour cordes de Samuel Barber, pour la mort de Merrick dans Elephant Man de David Lynch.

Encore l'Adagio pour cordes de Samuel Barber, pour la mort d'Elias dans Platoon d'Oliver Stone.

La sonate Clair de lune de Beethoven dans la plus terrifiante scène de Misery de Rob Reiner.

La chevauchée des Walkyries de Wagner, pour la fameuse scène des hélicoptères dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola.

Le Lac des cygnes de Tchaïkovski dans Black Swan de Darren Aronofsky.

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