Chine: le cinéma français peine pourtant à s'imposer

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Le petit prince

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Ludovic Ehret
Agence France-Presse
Pékin

Si la Chine a été en 2015 le principal débouché du cinéma français à l'étranger, les films hexagonaux, «trop franco-français», peinent toujours dans ce marché en pleine expansion mais verrouillé, porté par les blockbusters chinois et hollywoodiens.

Les films français y ont réalisé 14,7 millions d'entrées l'an passé, soit, pour la première fois, davantage qu'en Amérique du Nord (14,4 millions), selon Unifrance, l'organisme chargé de la promotion du cinéma français à l'international.

Seuls 60 à 70 films étrangers sont autorisés chaque année par la Chine dans ses cinémas - où ils font face à quelque 300 films locaux -, des quotas dont Hollywood se taille la part du dragon, la France devant se contenter de six films en moyenne.

Et seulement quatre l'an passé: Le petit prince - à l'univers bien connu des Chinois -, la fable animalière Amazonia, et deux productions de Luc Besson, Le transporteur: Héritage et Taken 3, le plus gros succès tricolore 2015 en Chine (31 millions de dollars), loin cependant derrière Fast and Furious 7 (339 millions), meilleur hollywoodien, d'après le site China Box Office.

Une délégation de VRP français de haut niveau (CNC, Gaumont, Wild Bunch...) est venue à Pékin la semaine dernière plaider auprès des autorités une ouverture plus généreuse au cinéma hexagonal.

«C'est un dialogue sur la durée, il faut être patient», concède Jean-Paul Salomé, président d'Unifrance. «On le fait de manière humble, parce qu'on n'a pas à donner des leçons à la Chine», explique le réalisateur de Belphégor, le fantôme du Louvre et Arsène Lupin.

«Trop culturels»

La Chine est aujourd'hui incontournable: son «box-office» - les recettes des ventes de billets - explose (+48,7% en 2015), au point d'avoir dépassé pour la première fois l'Amérique du Nord en février, et le nombre d'écrans y a été multiplié par 3 en cinq ans (plus de 31 000 désormais), selon l'agence Chine nouvelle.

Si les Chinois connaissent presque tous Jean Reno, Sophie Marceau, Gérard Depardieu (surnommé «Gros Nez»), La grande vadrouille ou Léon, leur passion pour le cinéma tricolore reste limitée, aucun film français n'étant présent dans le top 100 du box-office local.

«Les films hexagonaux, souvent, sont trop culturels et leurs thématiques trop franco-françaises. Les Chinois, ça ne leur parle pas trop», analyse Dong Ming, membre du comité de sélection du Festival international de Shanghai et critique de cinéma.

«D'ailleurs, pour certains films français diffusés ici, aucune promo n'est faite, à part les affiches. Ça ne suffit pas à attirer les spectateurs chinois.»

Ceux-ci, âgés de 21-22 ans en moyenne, sont surtout friands de films d'action, d'animation et de comédies romantiques.

«Le César 2016 du meilleur film (Fatima, l'histoire d'une femme de ménage immigrée) n'aurait ainsi aucune chance d'être vendu ici», estime M. Dong.

«Spiderman 14»

Afin d'assurer une présence en Chine à ce type de films, la France y milite depuis plusieurs années pour le lancement d'un réseau de salles «art et essai» diffusant des productions chinoises et étrangères plus «artistiques».

«Pour l'instant, les spectateurs en sont à Transporteur 4 et Spiderman 14. Mais d'ici trois-quatre ans, peut-être qu'une partie, avec l'âge, aura envie d'autre chose», anticipe Jean-Paul Salomé, assurant que «les prémices commencent à exister» sur la création de ce réseau.

La Chine serait d'autant plus disposée à aider les Français si ceux-ci assuraient la promotion de sa technologie d'écrans géants concurrente de l'Imax américain, le CGS (China Giant Screen), assure Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français.

«Même si ce n'est pas dit directement, on entend bien que si on était capables de l'introduire en Europe, ça pourrait servir un meilleur développement des films français en Chine.»

En attendant, pour contourner les quotas, les coproductions franco-chinoises constituent toujours une alternative de choix, ces films étant considérés en Chine comme locaux.

Le dernier loup, tourné par Jean-Jacques Annaud dans les steppes mongoles, en a profité à plein (107 millions de dollars au box-office en Chine) et a été désigné meilleur film lors des «Coqs d'or» 2015, les Césars chinois.

Fort de ce succès, le cinéaste français est actuellement en discussion avec un groupe local pour une nouvelle coproduction, a-t-il déclaré lundi à l'AFP.

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